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interviewRadio J — L'interview politique· 26 janvier 2026 13 min

Bruno Fuchs - L'interview politique du 26/01/26

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:07
Présentateur

Bonjour Bruno Fuchs, député Modem du Haut-Rhin, président de la commission des affaires étrangères à l'Assemblée Nationale. Et en matière d'affaires étrangères, il y a beaucoup, beaucoup à dire ces jours-ci. D'abord un mot sur l'onde de choc créé ces derniers jours par l'attitude très agressive, c'est le moins qu'on puisse dire de Donald Trump à l'égard de l'Europe et de l'OTAN, sur le Groenland, les droits de douane. On comprend que le danger vient aussi de Washington aujourd'hui, non ?

0:32
Bruno Fuchs

Je pense que dans tous les scénarii qu'on avait imaginés depuis la fin de la guerre mondiale, avec un nouvel ordre mondial qu'on a réussi à créer, sur lequel il faut bien sûr encore procéder à des améliorations, on n'avait pas imaginé ce revirement total d'alliances. Dans aucun scénario, il y a, on devient des ennemis directs des Etats-Unis, ou en tout cas des Etats-Unis dirigés par le président Trump. Et donc ça c'est un scénario dans lequel on doit maintenant se projeter, se plonger et donc réagir très vite.

Et à 27 c'est plus difficile, mais on le voit à Davos notamment, que les Européens, le président Macron en premier, ont réagi extrêmement fortement, et que lorsqu'on est unis, qu'on réagit fortement, on est capable de faire valoir son point de vue.

1:13
Présentateur

C'était une bonne idée que de faire valoir le rapport de force, le président Macron avec ses lunettes aviateurs dont on a beaucoup parlé, mot-delà de l'anecdote, l'Europe qui envoie quelques soldats, opération symbolique qui décide de brandir le mécanisme anti-coercition, voire de suspendre le processus de ratification de l'accord commercial entre l'Union Européenne et les Etats-Unis. Il faut manier la force face à Donald Trump ?

1:39
Bruno Fuchs

Je pense qu'il y a les deux niveaux, il y a le niveau de la communication, on a même vu le président Trump faire allusion aux lunettes du président Macron, donc au centre du jeu de la communication.

1:47
Présentateur

Il l'a accusé de jouer le « tough guy », c'est-à-dire le « duracuit ».

1:51
Bruno Fuchs

Mais il en a fait la promotion, donc le référentiel en termes de com' le dernier week-end, c'est le président Macron, mais le plus important, évidemment, c'est la réaction forte et quasi unie des Européens. Donc plus de puissance, plus d'unité, c'est une des solutions, avec un risque quand même, c'est de ne pas se laisser entraîner dans cette fuite en avant d'éléments de communication permanents tous les jours. Il faut nous revenir à un référentiel qui est le nôtre, ne répondre qu'à des actes et ne pas répondre à la communication. Sinon, on va être entraîné dans une logique, dans un scénario et dans un référentiel qui est issu du président Trump.

Donc il faut revenir à nos propres référentiels, notre propre rythme et ne répondre qu'aux actes et pas à la communication.

2:31
Présentateur

D'autant que sa communication, elle-même, varie souvent, change de position d'un jour à l'autre. Un mot sur l'Algérie. Le ministère des Affaires étrangères algérien a convoqué samedi le chargé d'affaires de l'ambassade de France à Alger après la diffusion sur France 2 d'un numéro d'émission complément d'enquête. Consacré à la guerre secrète France-Algérie, le ministère des Affaires étrangères algérien a qualifié le programme, je cite, de véritable agression contre l'État algérien, ses institutions, ses symboles. Il estime que France 2, je cite encore, ne se serait jamais autorisé une telle agression sans la complicité ou l'assentiment de sa tutelle publique.

Dégradation des relations franco-algériennes, épisode 257 ?

3:12
Bruno Fuchs

Oui, je pense qu'il faut regarder les relations dans la durée, dans les prochaines semaines et les prochains mois, avec une vraie volonté de part et d'autre de dégel. Et puis, de part et d'autre, il y a toujours ceux qui ne veulent pas que ça se dégèle. Et donc, là, on a donné du grain à moudre. Mais je pense que tout le monde sait en Algérie que France Télévisions et France 2, en l'occurrence, est une chaîne publique et pas une chaîne d'État. Et donc, là, ils font un amalgame qui leur permet de créer un peu d'antagonisme avec la France. Mais je ne pense pas que ce soit un épisode structurant, en tout cas, de la relation avec l'Algérie. En tout cas, ça ne s'arrange pas.

Non, ça ne s'arrange pas. Mais je pense que c'est un épiphénomène dans la relation de longue durée avec l'ensemble des sujets qui lient la France et l'Algérie.

3:55
Présentateur

Il y a quelques jours, vous avez rencontré le prince Reza, Palaville, l'héritier du Shah d'Iran, qui est en exil. C'était une vision. Il était aux États-Unis. Il a évoqué le terrible bilan du massacre perpétré par le régime des Mollahs contre les manifestants. Il a parlé de 30 000 morts. Et il a appelé, je cite, à une opération militaire ciblée, conditions nécessaires pour permettre la chute du régime. Vous êtes d'accord ?

4:17
Bruno Fuchs

Alors, moi, je parle avec tout le monde. Et donc, c'est un interlocuteur qui, aujourd'hui, est aux États-Unis, est connu. Et comme depuis plus de 50 ans, l'ensemble de l'opposition iranienne est réprimée, être dans une violence forte, il n'y a plus beaucoup d'opposants qui ont une stature internationale. Donc l'idée, c'est de parler un peu avec tout le monde. Son avis, effectivement, c'est que, et ça a été vrai à plusieurs reprises, toutes les tentatives de révolte ou de révolution par le peuple iranien ont été matées dans le sang, et là, de façon absolument barbare, par les autorités iraniennes.

Et donc, son sentiment, c'est que sans opération militaire, ça va être difficile de faire tomber le régime. Il ajoute aussi une autre condition, qui est celle d'un blocus beaucoup plus fort, économique et financier, pour faire tomber un régime qui est en grande difficulté financière. Voilà les deux grands leviers. Après, il y en a d'autres, mais c'est les deux grands leviers. Donc, je pense qu'il est très... Quand on voit le nombre d'opérations militaires lancées par les États-Unis dans cette région, elles n'ont jamais abouti, à l'issue de ces opérations, à quelque chose de stable, avec des gouvernances solides qui ont donné plus de bien-être aux populations.

5:29
Présentateur

Le régime change, comme on dit, le changement de régime, ça n'a pas forcément marché.

5:32
Bruno Fuchs

Moi, dans l'idéal des choses, ce serait que la pression militaire soit suffisamment forte, économique et financière, et militaire, pour que le régime tombe de lui-même.

5:41
Présentateur

Vous êtes optimiste sur une chute du régime ?

5:42
Bruno Fuchs

Non, je ne suis pas optimiste, mais c'est un scénario, c'est une voie avec une pression tellement forte que le régime de lui-même s'effondre ou décide de quitter le pouvoir. Et puis, s'il devait y avoir une opération militaire, ce qu'il ne faut pas exclure, je crois que ce soit dans le cadre de l'ONU et que les Américains sollicitent le Conseil de sécurité pour avoir un avis positif du Conseil de sécurité.

6:03
Présentateur

Revenons à la politique française. Aujourd'hui, il est débattu à l'Assemblée. C'est une PPL, une proposition de loi qui vise à interdire les réseaux sociaux au moins de 15 ans. Certains partis politiques sont contre, je pense notamment aux Insoumis et à LR. Qu'est-ce que vous en pensez ? C'est une bonne chose, cette interdiction ?

6:19
Bruno Fuchs

Alors, d'abord, il faut regarder le constat. On a aujourd'hui, dans les écoles maternelles et même un peu plus, des enfants qui ne peuvent plus se concentrer, qui n'ont plus de pensées déductives, raisonnables, mais qui sont uniquement en train de scroller et d'avoir une vision très impressionniste et complètement incontrôlée du monde, sans référentiel. Et donc, il faut répondre à cette dimension-là. Il faut répondre à une deuxième dimension qui est celle également du débat public. C'est que dans une foison d'informations vraies, fausses, fabriquées, un client, c'est encore pire, il n'y a plus de vérité. En réalité, chacun partage sa propre vérité.

Il n'y a plus de débat public possible, donc la démocratie. Les fameuses vérités alternatives, chères à Donald Trump. Voilà, mais c'est sa propre réalité. Enfin, il n'y a pas de question là-dessus, donc je ne vais pas revenir sur Donald Trump. Donc, la question est d'assurer, un, la capacité d'un cerveau de nos enfants de se développer normalement, dans une vision d'un développement normal, et deux, d'assurer un débat public et une capacité d'échanger entre nous de façon respectueuse et donc démocratique, pour être dans une terminologie un peu générale. Et ces deux dimensions sont aujourd'hui extrêmement menacées. Donc oui, moi, je suis pour.

Il n'y a pas d'autre solution pour moi pour l'instant. Il y en a peut-être d'autres plus tard. Mais aujourd'hui, il faut donner à nos enfants la chance d'être élevés normalement, de se développer d'un point de vue neuronal normalement, et de pouvoir contribuer au bien public et à la puissance de la France.

7:48
Présentateur

Un mot sur le budget. Il était d'ailleurs temps que ça se termine. Je crois que ça va se terminer dans quelques jours, parce que le Premier ministre Sébastien Lecornu s'est enfin, enfin résolu à activer le 49.3 pour faire passer le projet de loi de finances.

8:00
Bruno Fuchs

C'est une bonne chose qu'on puisse passer à autre chose ? C'est plus qu'une bonne chose. C'est nécessaire. Moi, je suis tous les week-ends dans ma circonscription et tout le monde me dit, quand est-ce que ça s'arrête ? À un moment, les citoyens ont besoin de stabilité, un peu de vision, et que nous, on passe à autre chose. On a tellement de sujets sur lesquels on est attendus pour légiférer ou pour faire évoluer positivement la vie de nos concitoyens.

8:23
Présentateur

Ils sont énervés, vos concitoyens ? Intérêts, inquiets, en colère contre la classe politique ?

8:27
Bruno Fuchs

D'abord, moi, pensez-nous au mouvement Les Démocrates qu'il fallait engager le 49.3 avant, qu'il ne fallait pas laisser durer cette séquence jusqu'au bout, et l'engager avant la fin de l'année 2025. Voilà, maintenant, elle est engagée. J'espère que les motions de censure ne sont pas votées. Deux réactions. D'abord, les citoyens, tant enfin, voilà, on peut passer à autre chose. Et puis, on a des élections en 2027, quand même, présidentielles. Et deux, voilà, beaucoup de personnes sont déstabilisées, certaines écœurées par le spectacle donné à l'Assemblée, notamment le spectacle des Insoumis qui cherchent à bordéliser l'Assemblée. Et ça, ça passe très, très mal.

Et donc, on est tous dans le même bain, si vous voulez. Donc, oui, une partie des gens me disent, moi, j'irais plus voter, bien sûr. Et je peux les comprendre. Quand on voit le spectacle, je peux les comprendre. Donc, il y a deux choses. Il y a le budget, le 49.3, mais aussi le comportement, en tout cas, dans l'hémicycle. On parle au mieux de salle de classe, de salle de maternelle. Et ce n'est pas digne, en tout cas, du niveau de ce qu'on attend d'un débat parlementaire dans un certain nombre de cas.

9:29
Présentateur

Alors, vous êtes du MoDem, le parti de François Bayrou, qui, on le sait, est très attaché à la bonne gestion des finances publiques, à la réduction des déficits et de la dette. Est-ce qu'on va tenir ces fameux 5 %, je rappelle que c'est l'objectif du gouvernement, 5 % de déficit public dans le budget 2026 ?

9:45
Bruno Fuchs

Alors, il faut attendre le budget. En tout cas, les recettes telles qu'elles vont être votées. Mais on a maintenant la copie du gouvernement, qui est en 49.3, donc qui n'est pas modifiable. Moi, j'espère que oui, mais on n'a aucune marge de manœuvre s'il y avait une crise politique majeure, une crise environnementale majeure, une crise sociale majeure, une crise militaire importante. Donc, on a zéro matelas. Nous, on visait plutôt 4.6, voire 4.7, de façon d'abord à réduire la dette beaucoup plus fortement. Et ensuite, d'avoir... Ça veut dire que si jamais il y a

10:20
Présentateur

quelque crise que ce soit, on n'a rien pour y faire face.

10:22
Bruno Fuchs

Eh bien, on va monter à 5.1, 5.2, 5.3, bien évidemment, oui. Donc, on est à la merci, effectivement, d'aléas. Et on voit bien que la situation internationale et nationale est facteur de production d'un nombre d'aléas important. Donc, on a zéro matelas, zéro réserve. Et ça, c'est un risque, effectivement.

10:38
Présentateur

Alors, après le budget, il y aura les municipales. Je rappelle que c'est les 15 et 22 mars prochains. On parle beaucoup d'une poussée du RN un peu partout dans le pays, notamment dans l'arc méditerranéen. On parle d'une possible chute de Toulon dans l'ex-carcelle du RN, de Marseille, voire d'autres villes.

10:56
Bruno Fuchs

Est-ce que ça vous inquiète ? Oui, c'est inquiétant, bien sûr, parce que quand on le voit au plan national, en tout cas, le RN n'a pas un programme très rassurant. Ils ont, aujourd'hui, ils critiquent... C'est facile, on est dans son siège, on critique tout. Ils ont fait voter, notamment, près de 40 milliards de dépenses nouvelles dans le débat sur le projet de finance. Ils ont voté eux-mêmes des amendements pour 40 milliards d'impôts nouveaux. Et donc, maintenant, ils... Voilà. Donc, dans l'opposition, on peut faire un peu ce qu'on veut. Comme il y a un... Je voulais vous le dire, les citoyens déplorent le niveau de débat public à l'Assemblée, le comportement de certains groupes politiques.

Eh bien, derrière, la seule, aujourd'hui, alternative qui semble plus rassurante pour les Français, c'est le RN, quand on n'est pas content de ce qui se passe. Et donc, oui, moi, je suis très inquiet, parce que, un, il n'y a pas réellement de plan sur la suite de la France. Et puis, le seul plan que je vois, moi, c'est un plan nationaliste, c'est-à-dire proche de ce que fait le président Trump, avec des modalités, bien sûr, différentes, des opératoires différentes. Et donc, on va encore vers une France plus d'affrontements, plus d'antagonismes, plus de violences, moins de respect et moins de solidarité. Donc, c'est ça qui m'inquiète.

12:09
Présentateur

Justement, pour la présidentielle, c'est un peu la même chose. Les sondages annoncent une présence quasi certaine du candidat du RN ou de la candidate, quelle qu'elle soit, et une énorme avance sur ces poursuivants dès le premier tour. Quel candidat est aujourd'hui le meilleur pour vous pour, déjà, être au... Avant de gagner le deuxième tour, être au deuxième tour. Parce qu'on sait qu'il y a beaucoup, ça se bouscule au portillon, dans l'espace du socle commun du Bloc central et que ça complique la donne.

12:34
Bruno Fuchs

Je viens de vous le dire, il y a une grosse offensive dans le monde entier, idéologique et donc politique, vers une vision plus souverainiste, ce qui est plutôt acceptable, mais nationaliste. Et donc, le risque est là qu'on ait des petits régimes illibéraux un peu partout en Europe, et en France en particulier. Donc, le candidat, pour moi, c'est celui qui défendra le mieux un modèle multilatéral d'État de droit, de liberté publique et de démocratie, d'ébat public, qui soit respectueux et une vision solidaire de la société.

13:08
Présentateur

Merci Bruno Fuchs et à très bientôt sur Radio-J. Merci beaucoup David. On vous retrouve demain matin à 7h45. Votre invité sera Olivier Grégoire, député Renaissance de Paris. Sous-titrage Société Radio-Canada