Pouvoir d'achat : à la rentrée, l’inflation atteindra presque 7% sur un an, selon Jean-Luc Tavernier, directeur général de l'Insee
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Bonsoir Jean-Luc Tavernier, vous venez de publier votre bilan économique et vos prévisions pour la fin de l'année.
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Qu'est-ce qui va encore augmenter ? Qu'est-ce qui va continuer à augmenter ?
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Qu'est-ce qui vous permet de dire qu'on va atteindre un plateau pendant l'automne ?
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Les ménages auront perdu 1% de pouvoir d'achat cette année malgré les mesures de soutien.
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Comment expliquez-vous le décalage entre les statistiques et le ressenti des Français sur le pouvoir d'achat ?
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Sur l'ensemble de l'année, vous attendez 260 000 créations d'emplois et un taux de chômage à 7%.
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« Vous calculez, Jean-Luc Tavernier, qu'au mois de septembre, à la rentrée, le taux d'inflation sera de presque 7%, 6,8% sur un an. »
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« Nous estimons que de septembre à décembre, en gros, sur un an, l'inflation sera entre 6,5% et 7%. »
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« Les ménages auront, d'après vos calculs, perdu du pouvoir d'achat cette année, malgré les mesures de soutien comme le bouclier tarifaire sur le gaz et l'électricité. 1% de pouvoir d'achat en moins, d'après vos estimations. »
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« Sur l'ensemble de l'année, vous attendez 260 000 créations d'emplois et un taux de chômage encore légèrement baisse à 7%. »
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« Une croissance estimée à 2,3% du PIB pour cette année. »
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Bonsoir à tous et à toutes. Les prix vont continuer à augmenter au moins cet été. Bonsoir Jean-Luc Tavernier, directeur général de l'INSEE. Vous venez de publier votre tout dernier bilan de la situation économique et vos prévisions pour la fin de l'année. Vous calculez, Jean-Luc Tavernier, qu'au mois de septembre, à la rentrée, le taux d'inflation sera de presque 7%, 6,8% sur un an. Qu'est-ce qui va encore augmenter ? Qu'est-ce qui va continuer à augmenter ?
Oui, en effet. Nous estimons que de septembre à décembre, en gros, sur un an, l'inflation sera entre 6,5% et 7%. Ce n'est pas tant les prix de l'énergie qui sont élevés mais qui ne bougent plus tellement. Les prix sont fixés, notamment pour le gaz et l'électricité, que la diffusion dans le secteur des produits alimentaires ou des produits manufacturés, des hausses de production qui sont très très fortes en amont. Et puis aussi, les prix des services vont accélérer parce que les salaires s'accroissent un petit peu. Et ça joue beaucoup dans le secteur des services, à commencer par le salaire minimum.
Donc, tout ça fait un ensemble de contributions, en fait, une diffusion de la hausse des prix dans plusieurs secteurs de l'économie. Comme un effet boule de neige ? Pas uniquement l'énergie. Alors, boule de neige, ça signifierait que ça irait toujours en accélérant, etc. Et donc, je n'irai pas jusque-là. Il est possible que ce soit un pic, cette inflation de 6,5% à 7% qu'on prévoit pour la fin de l'année. Ça dépendra de beaucoup de choses, à commencer par les évolutions géopolitiques, les évolutions sur les marchés de l'énergie. Donc, je n'irai pas jusqu'à dire boule de neige. Mais il y a une diffusion, en fait, dans l'ensemble des secteurs de l'économie qu'on commence à observer.
Vous dites à la fin de l'année, parce que quand on regarde les choses plus précisément dans vos prévisions, on voit donc poursuite de la hausse pour cet été et puis une espèce de plateau. Qu'est-ce qui vous permet de dire qu'on va atteindre une espèce de plateau, là, pendant l'automne, Jean-Luc Tavernier ?
Ce qui nous permet de le dire, c'est qu'il y a beaucoup de hausses qui sont aujourd'hui des hausses de prix de produits alimentaires, des prix à la production, à la ferme et des prix de production à l'usine. Bon, on les voit passer dans les prix de détail à horizon de quelques mois. Ce qu'il y a aussi dans nos prévisions, c'est qu'on stabilise le prix du pétrole à 120 dollars le baril. C'est une hypothèse un peu conventionnelle qu'on fait. Et donc, évidemment, à un moment donné, tout cela ralentit. Donc ça, c'est plutôt la bonne nouvelle dans toute la liste des turbulences. C'est la bonne nouvelle ou c'est l'hypothèse favorable, peut-être, mais oui.
Prudence, on va en reparler dans un instant. Les ménages auront, d'après vos calculs, perdu du pouvoir d'achat cette année, malgré les mesures de soutien comme le bouclier tarifaire sur le gaz et l'électricité. 1% de pouvoir d'achat en moins, d'après vos estimations. Et pourtant, vous le savez, certains Français ont l'impression de perdre déjà beaucoup plus, selon la zone dans laquelle ils habitent, selon leurs habitudes de vie, de consommation, de travail aussi. Comment est-ce que vous expliquez ce décalage qu'on souligne souvent quand on regarde les statistiques ?
Oui, alors il y a plusieurs choses. Il y a d'une part que c'est une moyenne et qu'effectivement, et on le montre d'ailleurs dans notre note de conjoncture, selon la situation dans laquelle on se trouve, on est confronté à une évolution des prix très différente, si on est en milieu rural ou en milieu urbain, etc. Donc la moyenne cache des choses qui peuvent être beaucoup plus importantes pour certaines catégories de ménage. D'autre part, bien sûr qu'il y a un problème entre le ressenti et l'observation. Lorsque nous, depuis des années, on dit que le pouvoir d'achat est en gros stabilisé, les Français ont déjà l'impression qu'ils en perdent.
Donc il y a toujours un décalage entre le ressenti et l'observation. Donc là, le moins 1% peut être considéré comme quelque chose de relativement ténu. Mais des baisses de pouvoir d'achat de moins 1% dans le pays, on n'en a pas eu si souvent. Elles sont dues beaucoup aux baisses de pouvoir d'achat qu'on a en début d'année, qu'on avait déjà souligné dans des travaux précédents. En deuxième partie de l'année, avec les mesures de soutien qui vont être annoncées et sur lesquelles on a pris un certain nombre d'hypothèses, le pouvoir d'achat remonterait un petit peu. Mais sur la moyenne annuelle, ça serait quand même une baisse.
On regarde la situation de l'emploi qui progresse malgré les difficultés. Sur l'ensemble de l'année, vous attendez 260 000 créations d'emplois et un taux de chômage encore légèrement baisse à 7%. Et pourtant, Jean-Luc Tavernier, beaucoup de chefs d'entreprise, explique qu'ils ont beaucoup de mal à recruter. Est-ce que vous le voyez, ça aussi, dans le tableau économique général, cette difficulté de recrutement ? Est-ce que ça apparaît ?
Les difficultés de recrutement, ça apparaît dans les enquêtes de conjoncture. On a publié hier ou avant-hier les enquêtes de conjoncture du mois de juin. On voit dans la plupart des secteurs un nombre d'entreprises, une proportion d'entreprises très considérable qui déclare avoir des difficultés de recrutement. Ce qui n'empêche pas quand même, on voit ça depuis plusieurs trimestres, ce qui n'empêche pas trimestre après trimestre des créations d'emplois. Donc pour l'instant, ce n'est pas un facteur, je dirais, bloquant. Parce qu'on a des difficultés, c'est plus compliqué qu'avant, mais on finit par trouver les emplois pour l'essentiel, je dirais.
Mais c'est évidemment une vigilance pour l'avenir. Et de fait, dans nos prévisions, les créations d'emplois des trimestres à venir ralentissent compte tenu de la conjoncture par rapport à ce qu'elles étaient précédemment.
Au milieu de ces turbulences mondiales, encore une fois, parce que les crises sont nombreuses et pas seulement en France, est-ce que vous diriez que l'économie française résiste ou pas ? Quand vous regardez le tableau général.
Oui, elle a résisté. Elle résiste, bien sûr. Elle résiste parce qu'elle est moins exposée que d'autres pays aux difficultés d'approvisionnement qui pèsent sur le secteur industriel, notamment le secteur automobile, qui frappe vraiment l'Allemagne au premier chef, par exemple. Et elle résiste aussi parce qu'on a un effort budgétaire tout à fait important. C'est le quoi qu'il en coûte. Et évidemment...
Et l'accroissement de la dette corollaire de cette situation.
Et l'accroissement de la dette, on l'a vu au premier trimestre, qui nous rappelle qu'il faut être vigilant et qu'il n'y a pas de repas gratuits, comme même à dire les économistes.
Mais quand vous voyez une croissance estimée à 2,3% du PIB pour cette année, là encore, c'est votre estimation, conforme d'ailleurs à celle de la Banque de France. Est-ce que vous vous dites que c'est peu ou que c'est pas si mal, finalement ?
On peut voir le verre à moitié vide et le verre à moitié plein. Dans un schéma de reprise post-Covid, c'est moins que ce qu'on attendait, il faut le dire. Parce que de toute façon, il y a une augmentation mécanique de l'activité dans des tas de secteurs qui étaient exposés à la pandémie, l'hébergement, restauration, le tourisme, etc. Donc c'est ça qui fait la croissance en moyenne annuelle sur l'année. Bon, maintenant, 2,3% dans les situations de choc qu'on connaît, la politique zéro Covid en Chine, évidemment la guerre en Ukraine, c'est pas si mal, il faut reconnaître. Et ça se compare à peu près à ce qu'on aura cette année dans la plupart des pays européens.
Dans votre note de conjoncture, c'est le nom officiel de ce document, le mot incertitude revient beaucoup, Jean-Luc Tavernier. Quelle est la plus grande incertitude pour vous aujourd'hui ?
Vous savez, les économistes, dans les notes de conjoncture, disent toujours qu'il y a plein d'aléas, que c'est incertain, etc. Mais là, il faut reconnaître qu'on est vraiment... Surtout des aléas qui ne sont pas du domaine économique. Donc il y a toujours... Je ne saurais pas en isoler un seul. Il y a toujours les évolutions de la pandémie qui n'est pas terminée, qui peut rebondir. Il y a bien sûr la géopolitique, le conflit en Ukraine, tout ce qui se passe sur les marchés de l'énergie et sur les marchés alimentaires. Et puis il y a maintenant l'inflation qui vient, pas seulement en France, encore plus dans les pays européens.
C'est encore possible de faire des prévisions dans ce paysage-là ?
Et les réponses de politique monétaire. Écoutez...
Est-ce qu'elles tiendront encore, vos prévisions, si je les regarde dans un mois, dans deux mois ?
J'avais un chef qui me disait, il y a longtemps, quand j'ai commencé, les économistes ne parlent pas parce qu'ils savent et parce qu'on les interroge. Donc au-delà de ça, non, mais... Ce que je veux dire plus sérieusement, c'est qu'on a un consensus autour de 2,3% de croissance, par exemple, pour cette année. Il ne faut pas y voir ça comme quelque chose de certain. Il y a autour de ça énormément d'incertitudes encore.
La prudence aussi du prévisionniste. Merci Jean-Luc Tavernier, directeur général de l'INSEE, invité éco de France Info ce soir. Merci à vous.