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InterviewLe Média (sur YouTube)· 16 mai 2018 7 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesSolidarités & familleInstitutions & élections

RAPPORT OXFAM : L'APPÉTIT DÉLIRANT DU CAC 40

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 70 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 90 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteRéponse directe

    Tu es avec nous sur le plateau pour évoquer le récent rapport d'Oxfam France intitulé : "CAC40 des profits sans partage".

  • 2:00RelanceRéponse directe

    Qui sont les actionnaires français qui bénéficient de ces dividendes généreux ?

  • 4:00OuverteRéponse partielle

    Est-ce qu'on peut imaginer que c'est pour compenser les sommes partagées aux actionnaires que l’État français a créé le CIR ou le CICE ?

  • 8:00OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'on peut imaginer que les entreprises redistribuent aussi aux salariés via l'intéressement ?

  • 10:00ComplaisanteRéponse directe

    Ce que tu m'expliques là ça me donne presque l'impression que Nicolas Sarkozy était un gauchiste.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 4:00ThéophileChiffre
    « 41,7% des propriétaires d'actions en France en 2015 étaient inconnus. »
  • 4:00ThéophileChiffre
    « 8 groupes familiaux et fonds d'investissement contrôlaient 1 action sur 8. »
  • 4:00ThéophileChiffre
    « 44,5% des actions sont désormais détenues par des acteurs étrangers. »
  • 6:00ThéophileChiffre
    « ces dispositifs coûtent 21,5 milliards d'euros soit à peu près tout ce que la taxe d'habitation rapporte aujourd'hui aux finances publiques. »
  • 6:00ThéophileChiffre
    « seuls 10% des groupes du CAC40 déclarent clairement les sommes reçues en crédit d'impôts. »
  • 8:00ThéophileChiffre
    « seuls 5.3% des bénéfices des entreprises du CAC40 sont redistribués en primes pour les salariés. »
  • 8:00ThéophileChiffre
    « les rémunérations des patrons du CAC40 ont augmenté de 46%, deux fois plus vite que la moyenne des salaires au sein de leurs entreprises. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

– Théophile bonsoir – Bonsoir Réda – Tu es avec nous sur le plateau pour évoquer le récent rapport d'Oxfam France intitulé : "CAC40 des profits sans partage". Un rapport qui décrit – je le cite- "comment les grandes entreprises françaises alimentent la spirale des inégalités". Un rapport très riche de plus de 80 pages dans lequel tu t'es plongé pour nous. – Oui Réda et disons que je vais moins m'attarder sur les aspects sociaux mis en avant par ce rapport que sur ce qu'il permet d'entrevoir des choix et du comportement du capitalisme français, c'est-à-dire, des grandes entreprises mais également de leur actionnaires et de leurs PDG.

Ce n'est un secret pour personne, depuis déjà un certain temps, l'économie française ne va pas très bien et l'on parle régulièrement de l’État français qui vit au dessus de ses moyens, qui s'endette, ou on parle aussi des privilèges des citoyens français qui alourdissent les charges de l’État en question. Les chiffres mis en valeur par ce rapport d'Oxfam mettent en lumière l'incroyable gourmandise des actionnaires du CAC40. Une gourmandise qui met en danger, au delà de toute considération morale, l'avenir des entreprises qui les nourrissent et qui sont littéralement leur poule aux œufs d'or.

On apprend ainsi que depuis 2009, les entreprises du CA40 ont distribué 67,4% de leurs bénéfices en dividendes aux actionnaires et n'en ont réinvestit que 27,4% dans leurs boîtes. Cela n'a pas toujours été ainsi, dans les années 2000, ces firmes ne reversaient que 30% de leurs bénéfices aux actionnaires, c'est extrêmement important parce que cette extrême générosité d'aujourd'hui nuit à ce que l'on appelle la capacité à réinvestir des grands groupes français et donc elle nuit à l'avenir de l'économie française, sacrifiée sur l'autel du "court terme" le plus irresponsable. Plus grave, nos grand groupes distribuent de l'argent qu'ils n'ont pas.

Entre 2009 et 2016, Arcelor-Mital par exemple a versé 3,4 milliards de dividendes en dépit de plus de 7 milliards de pertes cumulées. Depuis 2009 Engie a reversé à ses actionnaires une somme trois fois plus importante que ses bénéfices. Au final, la France que l'on nous décrit comme "un pays qui déteste les riches etc." est le champion mondial des dividendes quand on les met en relation bien sûr avec les bénéfices générés.

Alors du coup... – Attends, attends, Théophile je t'interromps parce que : qui sont les actionnaires français qui bénéficient de ces dividendes généreux ? – On peut imaginer que c'est un grand nombre de petits épargnants, c'est un peu une image d'Épinal : qui profite du CAC40, des gens qui économisent un peu, le Français ordinaire, dans la mesure où les chroniques boursières occupent quasiment la même place dans certains médias que la météo.

En fait non, c'est vrai qu'il y a une grande opacité et selon les données d'Euronext, 41,7% des propriétaires d'actions en France en 2015 étaient inconnus mais on sait que 8 groupes familiaux et fonds d'investissement contrôlaient 1 action sur 8 quand même, le groupe Arnaud contrôle le plus gros portefeuille, devant l'État français, puis la famille Bettencourt et en 4ème position le fond américain BlackRock, le CAC40 est en France, mais plus tout-à-fait français. 44,5% des actions sont désormais détenues par des acteurs étrangers, le plus souvent situés dans des paradis fiscaux. Des paradis fiscaux au sein desquels nos champions nationaux des services et de l'industrie multiplient les filiales où ils transfèrent, par divers moyens, une bonne partie de la valeur ajoutée.

Bref, l’État français est tondu de diverses manières, mais on ne peut pas dire qu'il s'en plaint, la preuve… quand Emmanuel Macron limite l'impôt sur la fortune aux actifs immobilier, il enrichit encore plus ce petit monde du parasitisme spéculatif. Il se montre fidèle à son image de Président des très riches car selon les chiffres mis en avant par Oxfam le patrimoine des 0,1% les plus riches est composé à 90% d'actifs financiers qui ne représentent même pas le tiers du patrimoine moyen des français dans la constitution. Ce sont ces milliardaires dont la richesse est hyper-mobile et facilement exportable hors de France qu'il enrichit davantage. – Est-ce qu'on peut imaginer que c'est pour compenser les sommes partagées aux actionnaires, donc non réinvesties dans l'avenir, que l’État français a justement créé le fameux Crédit Impôt Recherche ou le CICE : le Crédit Impôt Compétitivité Emploi, qui sont censés redonner les moyens aux entreprises de stimuler l'innovation ? – Peut-être, même si on peut s'interroger sur cette manière détournée de subventionner finalement les profits de milliardaires un peu trop gourmands.

Mais rien ne prouve que cet argent offert par l’État sert à ce à quoi il doit servir. Oxfam note quelque chose d'assez éclairant : entre 2008 et 2012 Sanofi a bénéficié de deux milliards d'euros de crédit d'impôt recherche tout en supprimant 2400 emplois dans ses labos, plus généralement c'est l'opacité qui règne, ces dispositifs coûtent 21,5 milliards d'euros soit à peu près tout ce que la taxe d'habitation rapporte aujourd'hui aux finances publiques, c'est énorme ! Et pourtant seuls 10% des groupes du CAC40 déclarent clairement les sommes reçues en crédit d'impôts.

Mais ces entreprises, ces 10% ne détaillent pas les usages qui en sont faits et, plus grave, jamais aucune évaluation de l'efficacité de ces cadeaux n'a été publiée. – Tu me connais, j'aime bien jouer l'avocat du diable, est-ce qu'on peut imaginer que les entreprises qui les redistribuent à leurs actionnaires le font également à leur salariés via les logiques d'intéressement et de participation aux bénéfices ? – Non, non, on ne peut pas l'imaginer, enfin.… seuls 5.3% des bénéfices des entreprises du CAC40 sont redistribués en primes pour les salariés.

Prenons l'exemple de Carrefour : son PDG a gagné en moyenne 306 fois le salaire moyen dans sa boîte, 553 fois le SMIC, 509 fois le revenu moyen des agriculteurs français dont les produits remplissent les rayons de Carrefour justement et 19 276 fois le revenu moyen d'une cueilleuse de thé indienne travaillant pour un de ses fournisseurs. Depuis 2009, les rémunérations des patrons du CAC40 ont augmenté de 46%, deux fois plus vite que la moyenne des salaires au sein de leurs entreprises, selon Oxfam et quatre fois vite plus que le SMIC. Alors on va faire une dédicace spéciale à Carlos Ghosn, le patron de Renault dont le salaire a connu une croissance de 469% en sept ans, en gros la théorie du ruissellement ça marche mais seulement pour les premiers de cordée.

Plus fondamentalement les salaires des dirigeants du CAC40 contrairement à ceux des employés sont plus ou moins indexés, souvent très indexés même, sur les cours de l'action de leurs entreprises ce qui les poussent à conforter la logique financière à courte vue et à négliger les considérations industrielles de long terme. À long terme donc, cette attitude va affecter la compétitivité des entreprises françaises et ouvrir la voie à des concurrents issus de pays où les actionnaires ont moins tendance "à manger leur blé en herbe", comme on dit. – Ce que tu m'expliques là ça me donne presque l'impression que Nicolas Sarkozy avec son : 1/3 pour les actionnaires, 1/3 pour le réinvestissement, 1/3 pour les salariés, dans la répartition des bénéfices des entreprises, était un gauchiste.

Merci Théophile. – En tout cas peut-être plus à gauche que le Président de la transformation de l'ISF en impôt sur les fortunes immobilières. – Merci beaucoup, on retrouve tout de suite Serge Faubert.

Bonsoir Serge. – Et bonsoir Réda. [Musique]