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interviewBFMTV· 29 avril 2025 20 min

Arcelor, Cyril Hanouna, importations chinoises... L'interview en intégralité de François Ruffin

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour François Ruffin. Bonjour. Merci d'être dans ce studio ce matin. Vous êtes député de la Somme, député Picardie Debout désormais, puisque vous avez quitté la France Insoumise au moment des élections législatives de 2024. Vous siégez d'ailleurs désormais avec le groupe écologiste à l'Assemblée. Vous battez la campagne littéralement et notamment sur les questions d'industrie. On va revenir dans un instant sur ces postes qui risquent d'être supprimés chez Arcelor, Mittal. Mais je ne sais pas si vous avez vu, Cyril Hanouna, s'il était candidat, est crédité par Jérôme Fourquet et l'IFOP de 10% d'intention de vote.

Vous pensez que vous feriez autant ?

0:38
François Ruffin

Écoutez, là il n'y a pas de sujet. En tout cas, je suis heureux que Cyril Hanouna sorte du bois, vous savez. Il est toujours mieux qu'il y ait de la clarté qui soit portée. Ça fait maintenant des années qu'il propage une idéologie dans son émission comme animateur. Je préfère qu'il le fasse en assumant qu'il est un porteur, un émetteur politique.

0:57
Présentateur

Pour vous, il fait déjà de la politique en fait ?

0:59
François Ruffin

Oui, il fait déjà de la politique. Il fait de la politique dans son émission tous les soirs. Et même à raison de plusieurs heures par jour.

1:06
Présentateur

Et vous dites idéologie ? Ça veut dire quoi idéologie ?

1:09
François Ruffin

C'est-à-dire que manifestement, il a quand même une propension à inviter beaucoup plus l'extrême droite que la gauche et à avoir des relations de complicité avec les dirigeants de l'extrême droite française, avec les idéalistes de l'extrême droite française et avec un des médias d'extrême droite dans notre pays, plutôt que d'être un journaliste qui voudrait être en position d'objectivité, de neutralité ou simplement d'honnêteté. Vous aussi, vous êtes journaliste ? Oui, moi aussi, je suis journaliste.

1:32
Présentateur

D'ailleurs, vous vous présentez comme un député journaliste.

1:35
François Ruffin

Je suis député reporter, je le fais régulièrement. Partout où je vais, j'ai mon cahier, j'ai mon stylo. Et vous estimez plus objectif ?

1:42
Présentateur

Vous n'avez pas l'impression qu'il les écoute ? Enfin, lui, il dit les écouter.

1:44
François Ruffin

Vous savez, il y a une différence entre la presse écrite, qui est une tradition où il y a des médias qui sont des médias d'opinion, et un média télévisé qui, normalement, est supposé contenir toutes ses opinions et contenir le pluralisme à l'intérieur. Or, aujourd'hui, ce n'est pas le cas sur les médias du groupe Bolloré.

1:59
Présentateur

Vous estimez donc, notamment, que la fermeture de C8 était une bonne chose ?

2:03
François Ruffin

En tout cas, ça a été un choix de l'ARCOM. Et au vu des multiples condamnations de Cyril Hanouna, en la matière, je veux dire que oui, ça me paraissait être une bonne nouvelle.

2:14
Présentateur

François Ruffin, je le disais, vous, en tout cas, vous ne cachez pas non plus vos ambitions. Vous êtes, vous aussi, sorti du bois. Vous dites qu'il faut, alors, vous ne dites pas « je suis candidat pour 2027 », mais vous dites qu'au fond, vous aimeriez être celui qui incarne toute la gauche, aujourd'hui.

2:29
François Ruffin

Non seulement toute la gauche, mais tout le pays. Ne pas avoir une France à moitié, mais avoir une France en entier, une France rassemblée. Et à mon avis, sur deux mots d'ordre, un mot d'ordre qui est une France qui partage et une France qui protège. Une France qui partage parce qu'aujourd'hui, on a des grandes fortunes qui accaparent l'essentiel. Les 500 fortunes françaises du classement de challenge, je répète cette donnée, mais elles possédaient l'équivalent de 5% du PIB il y a 30 ans. À l'arrivée d'Emmanuel Macron, c'était 20%. Aujourd'hui, on a dépassé les 40%. Donc, il y a une concentration des richesses entre les mains de quelques-uns.

Donc, il nous faut une France qui partage et il nous faut une France qui protège, qui protège les salariés, qui protège les Français, qui protège notre souveraineté, qui protège le vivant aussi. Et il y a un impératif de protection. Vous savez, il y a un choix qui a été fait par nos dirigeants économiques depuis 40 ans et politiques, qui est non pas de protéger, mais de laisser faire le marché, de laisser faire le libre-échange. Et au fond, ça a produit un grand déménagement du monde et ça a produit pour les Français une grande instabilité.

3:28
Présentateur

Mais vous ne dites pas tellement des choses différentes de Donald Trump ?

3:32
François Ruffin

Si, enfin...

3:33
Présentateur

Enfin non, là-dessus, pas tellement.

3:34
François Ruffin

Non, non. Donald Trump n'a pas pour but de stabiliser le travail. Donald Trump... Alors, si vous...

3:39
Présentateur

Enfin, vous avez bien vu que ces principales déclarations, elles étaient devant, notamment, des ouvriers, des ouvriers d'usines, notamment de l'industrie. Alors, on va aller sur...

3:48
François Ruffin

C'est à eux qu'ils s'adressent ? D'abord, Donald Trump, il produit des clivages à l'intérieur de la société américaine que je ne veux pas les voir se produire. Des clivages ratios, des clivages entre les hommes et les femmes. Et il cherche à faire opposer ces mondes-là. Or, aujourd'hui, dans notre pays, on doit avoir pour objectif de les rassembler et non pas de les faire se poser. Ensuite, sur la question du protectionnisme. Puisqu'en fait, s'il y a un point où on peut se dire, voilà, Ruffin raconte des choses qui ressemblent à Donald Trump, je n'aurais pas fait du tout les choses comme Donald Trump. Pourquoi Donald Trump décide de doubler les prix sur tous les produits venant de Chine ?

C'est complètement aberrant. Ce qu'il faut faire, c'est identifier quels sont les 50, les 100 produits sur lesquels les États-Unis... Mais je m'en fiche, ce n'est pas mon problème. Mais en revanche, sur lesquels la France et l'Europe veulent retrouver leur souveraineté.

4:36
Présentateur

Et puisque vous parlez à l'instant de cette question des colis qui viennent de Chine, vous le savez, dans une heure, il y a une poignée de ministres qui vont à Roissy pour aller voir l'afflux de ce qu'on appelle les petits colis qui viennent de Chine. C'est-à-dire les colis qui sont d'une valeur inférieure à 150 euros. Est-ce qu'il faut taxer ces colis ? Est-ce qu'il faut même être beaucoup plus dur avec tous ces colis qui viennent non seulement de Chine, le pays, mais de Chine, notamment pour les vêtements qui viennent de Temu ? Est-ce qu'il faut désormais se protéger de ces colis chinois ?

5:06
François Ruffin

Il faut se protéger en général aujourd'hui de la Chine. Aujourd'hui, la Chine a des capacités de production en matière de chimie, en matière d'automobiles, en matière de sidérurgie, qui sont devenues absolument considérables. Et si on laisse faire les importations chinoises, c'est une dévastation de nos industries dans notre pays. Vous prenez même les panneaux photovoltaïques. On avait une industrie du panneau photovoltaïque. On a décidé d'ouvrir nos frontières. Les Chinois sont en surproduction de panneaux photovoltaïques. On a fait se fermer la dernière usine qui produisait des panneaux pour ce qui est une industrie d'avenir.

5:39
Présentateur

Oui, mais quand on parle de ces colis, ce matin, j'avais une auditrice sur RMC qui m'appelait. Elle s'appelle Nathalie. Elle vit à Amiens, dans la Somme, pas loin de chez vous. Et elle disait, mais je trouve ça dégueulasse, c'était ses mots. Elle disait, je ne vois pas pourquoi ce serait à nouveau à moi de payer. Elle dit, moi, j'importe en effet, j'achète mes vêtements pour moi et pour mes deux enfants sur Chine. Et je ne vois pas pourquoi on me taxerait moi alors que je n'ai pas les moyens d'acheter des produits meilleurs en France.

6:05
François Ruffin

D'abord, il faut qu'elle ait les moyens d'acheter des produits meilleurs. Mais aujourd'hui, il n'y a pas d'industrie textile qui soit suffisante dans notre pays pour que les gens s'approvisionnent. Ce qui peut être fait sur le textile, en l'occurrence, rappelons que ça a une histoire, d'accord ? C'est la fin des quotas d'importation en 2005 avec la Chine, il y a 20 ans maintenant, qui fait qu'on a perdu entre 1 000 et 2 000 emplois par mois sur l'industrie textile. Et ensuite, on a perdu des emplois sur les commerces textiles.

6:31
Présentateur

Donc, on a nous-mêmes créé les conditions de la mort de notre industrie ?

6:34
François Ruffin

Évidemment. C'était un choix de nos dirigeants politiques et de nos dirigeants économiques sur ce secteur-là, comme sur plein d'autres. Est-ce qu'on va faire se recréer une grande industrie du textile en France ? Je suis très sceptique. En revanche, ce qu'on peut faire quand même, c'est de dire que chaque nuit, il y a plus de 600 charters qui sont remplis de petits colis en provenance de Chine. Pour Chine, en l'occurrence, pour Temu, on est quand même dans une espèce de délire. On est passé de la mode, la fashion, à la fast fashion, à l'ustra fast fashion. Tout ça n'a pas de sens. C'est un monde qui est en burn-out, ça a des conséquences évidemment sociales.

7:09
Présentateur

Mais vous lui dites à Nathalie que ça n'a pas de sens ? Nathalie qui a besoin d'acheter des vêtements pour elle et pour ses enfants,

7:14
François Ruffin

vous lui dites ça ? Je dis aux auditeurs que, évidemment, cette accélération du monde avec cette hyper-consommation, ça n'a pas de sens.

7:21
Présentateur

Donc elle doit faire quoi Nathalie ? Elle doit arrêter d'acheter des produits pas chers ?

7:24
François Ruffin

Je proposerai, plutôt que de mettre des taxes, ce que je proposerai, c'est un contingentement. De contingenter. De dire, nous acceptons à la place de 600 charters, 100 charters par nuit, et il y aura une diminution par 6, et ça sera ainsi contingenté. Et on ne sera plus dans...

7:43
Présentateur

Mais là, vous me parlez des charters, moi je vous parle de Nathalie.

7:45
François Ruffin

Mais je vous dis... Qu'est-ce qu'elle peut faire, elle, au quotidien ? Pour accéder à un certain nombre de... Mais pas en étant dans une... Il y a eu une multiplication de l'achat.

7:54
Présentateur

C'est la question de la consommation pour vous ?

7:55
François Ruffin

Mais oui, il y a aujourd'hui... Est-ce que le politique ne doit intervenir que sur le secteur de la production, ou est-ce qu'il doit intervenir aussi sur le secteur de la consommation ? Pour moi, il y a un sens aussi à intervenir sur le secteur de la consommation, en se disant que, en effet, peut-être que d'acheter, et je ne dis pas que ce soit le cas de Nathalie, mais de renouveler sa garde-robe de manière très, très régulière, avec des tonnes et des tonnes d'habits qui sont jetés de manière constante chaque mois, ça n'a pas de sens.

8:21
Présentateur

Mais est-ce qu'il faudrait carrément aller jusqu'à se dire, je ne sais pas, il y a un nombre de commandes faisables par Français, par mois ?

8:30
François Ruffin

Sur Chahine ou sur Tému, je pense que ça pourrait être une hypothèse. Ce que j'appelle le contingentement. Il pourrait y avoir un contingentement. Le quinquennat l'argent,

8:36
Présentateur

ce n'est pas seulement les avions, c'est aussi le nombre de consommation.

8:39
François Ruffin

Aujourd'hui, on est dans une accélération de la consommation. Il me semble que le politique a pour rôle aussi de régulièrement.

8:44
Présentateur

Vous n'avez pas l'impression que ce serait totalitaire de dire aux Français que vous avez le droit d'acheter deux produits, trois produits. Et puis, on va vous dire que la prochaine étape, c'est de leur dire ce qu'il faut acheter.

8:54
François Ruffin

Vous savez, est-ce que c'est totalitaire de dire qu'on travaille sept heures par jour ? Est-ce que c'est totalitaire de dire qu'un certain nombre de magasins sont fermés le dimanche ? On a des modes de régulation aujourd'hui, d'ores et déjà, de la production et de la consommation. Par contre, ce qui serait totalitaire, c'est de le faire de manière non démocratique. C'est-à-dire, de manière non discutée, éventuellement, un référendum qui est une large discussion dans le pays. Et l'enjeu pour moi, aujourd'hui, c'est un enjeu central, c'est de remettre de la démocratie. De remettre de la démocratie, dans la société, que ça ne soit pas un homme...

9:23
Présentateur

Vous n'allez pas faire des référendums sur ce genre de questions-là ?

9:25
François Ruffin

Je pense que... Pourquoi pas ? Je pense que c'est une question qui intéresse les Français et qui, non seulement, qui dit quelque chose d'un modèle de société. Est-ce qu'on doit être dans le renouvellement permanent de notre téléphone portable que vous avez posé à côté de vous ? Est-ce qu'on doit vouloir recréer une industrie du textile dans notre pays ? Je pense que ça ouvre un certain nombre de questions qui peuvent intéresser les Français.

9:46
Présentateur

Mais puisque vous parlez du téléphone portable, est-ce que ça veut dire que vous vous dites, par exemple, qu'on pourrait se dire qu'un téléphone portable, on n'a pas le droit d'en acheter plus que tous les 2, 3 ans ou 5 ans ?

9:57
François Ruffin

On a déjà porté...

9:59
Présentateur

Cette question a été posée, par exemple, sur le fait de remplir ou non une piscine. Est-ce que la limite dans la consommation, dans les denrées...

10:06
François Ruffin

Je le dis, la question est une question pour moi de démocratie. Est-ce qu'on décide ensemble de l'orientation de notre société, à la fois sur le terrain écologique, sur le terrain industriel et sur le terrain social ? Il faut en décider ensemble. Il y avait une convention citoyenne sur le climat qui posait un certain nombre de jalons, qui demandait que derrière, ça soit acté par l'Assemblée nationale. Je dis qu'il y a un outil qui est le référendum et moi, je suis favorable à l'instauration du référendum d'initiative citoyenne.

10:33
Présentateur

Et vous y répondriez quoi, vous ?

10:35
François Ruffin

Sur quoi ?

10:36
Présentateur

Si je vous demandais, par exemple, est-ce qu'il faut limiter le nombre de téléphones portables ?

10:39
François Ruffin

Je suis favorable à une régulation de la consommation. Oui, je suis favorable à une régulation de la consommation.

10:43
Présentateur

Vous êtes favorable à une régulation de la consommation. Oui, je suis favorable. Ça veut dire que chaque foyer aurait le droit à tant...

10:47
François Ruffin

Ça veut dire qu'il doit y avoir le fait de ne pas renouveler son téléphone portable tous les six mois. Ça peut être inscrit. Le fait qu'il doit y avoir de la réparabilité des téléphones portables. Normalement, c'est vers cette société-là. Mais ça veut dire que, par exemple, ça veut dire créer des nouveaux emplois et faire qu'il y a des ateliers de réparation, d'électronique, de mécanique, et ainsi de suite, qui soient posés par quartier ou par canton.

11:13
Présentateur

Vous avez parlé à l'instant de la question du travail. Le 1er mai, les boulangeries et les fleuristes ne sont pas censés être ouverts, même si certains ouvrent habituellement. Est-ce qu'il faut ouvrir la possibilité de travailler le dimanche, le 1er mai, en étant payés double, voire même en récupérant ?

11:30
François Ruffin

Écoutez, déjà, qu'est-ce qu'on nous a dit sur le travail du dimanche ? On nous a dit que ce sera sur la base du volontariat. C'est fini dans les grandes surfaces et ailleurs, c'est sur la base du ça va de soi, c'est d'emblée dans les contrats. On nous a dit que ce sera payé double. Aujourd'hui, c'est loin d'être payé double. On est sur plus 20%, plus 10% ou plus rien du tout selon les secteurs ou selon les branches. Donc déjà, que les promesses soient tenues par les employeurs, en l'occurrence. Ça, c'est la première chose. La deuxième chose, c'est de se dire que ma conviction, c'est qu'il faut qu'il y ait des rites et qu'il y ait des rites dans notre société.

Je l'ai dit sur le travail du dimanche, mais on casse les rites et les rythmes. On casse les moments qui peuvent être des moments collectifs. On casse les moments qui sont des moments de respiration et de repos de la société avec les moments qui sont des moments de production. Et on a eu la tradition d'un premier mai.

12:20
Présentateur

Est-ce que le premier mai, pour vous, fait partie de ces rites ?

12:22
François Ruffin

Le premier mai fait évidemment partie de ces rites qui étaient une conquête du mouvement ouvrier. Il faut se souvenir puisque ça part notamment des boulangers. D'abord, si on veut rendre service aux artisans, si on veut rendre service aux boulangers, la première chose à faire, c'est de réguler le prix de l'énergie, de contenir à maintenir une arène qui permet un tarif de l'électricité.

12:39
Présentateur

Ça a été un problème, ça l'est un peu moins aujourd'hui.

12:42
François Ruffin

Qui dit que le marché, puisqu'on a continué à allier le prix de l'électricité au marché européen, que le marché européen ne va pas subir de nouvelles fluctuations. J'étais dans l'industrie à Dunkerque, Aluminium France qui est juste à côté d'ArcelorMittal qui est à 10 km de la centrale de Graveline voit son prix flutuer. On lui dit l'arène c'est fini et il faut vous inscrire sur le marché spot européen. Donc si on veut rendre service aux boulangers, parce qu'ArcelorMittal, si on veut décarboner, ça veut dire être lié au tarif de l'électricité.

Si on veut rendre service de l'artisan jusqu'à l'industriel, à la place de faire des gadgets, ce que doit faire le gouvernement, c'est réguler le tarif de l'électricité. Vous ne m'avez pas dit

13:20
Présentateur

s'il pouvait bosser ou pas le 1er mai.

13:21
François Ruffin

Si, j'ai dit que je n'y étais pas favorable. Vous n'y êtes pas favorable. Je n'y suis pas favorable.

13:24
Présentateur

François Ruffin, la suppression de postes chez ArcelorMittal, plus de 600 emplois qui sont menacés, notamment deux usines dans le Nord. Vous le disiez, vous étiez à Dunkerque, vous étiez l'un des premiers à avoir anticipé d'ailleurs ces suppressions de postes qu'ArcelorMittal à l'époque cachait ou n'assumait pas. Est-ce qu'il est encore possible d'y échapper ?

13:45
François Ruffin

La question n'est pas seulement celle des 634 emplois aujourd'hui. Elle n'est même pas celle des 15 000 emplois en France chez ArcelorMittal. Elle est celle de toute la sidérurgie française et européenne et même derrière, pour moi, c'est la question de l'industrie sur notre continent qui est posée. Je le disais déjà la dernière fois que je suis venu, c'était il y a cinq mois. Je venais pour tirer la sonnette d'alarme en disant Arcelor ferme Denain ferme Reims. Ils abandonnent leur projet de décarbonation et ils disent qu'il leur faut des protections. Attention, c'est possiblement la fin de la souveraineté sur l'acier. Ce micro, il est fait d'acier. Ma chaise, elle est faite d'acier.

Mais les canons sont faits d'acier. On nous parle de souveraineté en permanence. On nous dit qu'il nous faut une industrie et une industrie de la défense et là, on est en train de l'abandonner. Qu'est-ce qu'il faut faire ? Moi, je viens pour dire qu'est-ce qu'il faut faire. Je ne viens pas seulement pour être passif et pour regarder passer les trains. En me demandant comment ça se fait que depuis des mois et des mois, on voit ce naufrage annoncé.

14:52
Présentateur

pas des mois, des années. Je me souviens de François Hollande, je me souviens de Nicolas Sarkozy.

14:56
François Ruffin

En tout cas, là, sur la nouvelle séquence, on la voit se dessiner depuis des mois et des mois avec une inaction de nos ministres de l'économie. Première chose, quand on donne de l'argent à des géants comme ArcelorMittal et les autres, on entre au capital. C'est-à-dire, on a donné plus de 300 millions d'euros à ArcelorMittal, on devrait avoir un siège au conseil d'administration pour l'État français qui fait qu'on pèserait sur la décision plutôt que de mendier comme on le fait aujourd'hui auprès des dirigeants d'Arcelor. C'est la première chose. On entre au capital quand on donne de l'argent public. La deuxième chose, c'est évidemment qu'il faut des protections.

Si jamais il n'y a pas de protections...

15:36
Présentateur

Mais quel genre de protections ? Des protections, c'est quoi les protections ? C'est des taxes frontières,

15:40
François Ruffin

c'est des barrières de Nier. En un an, c'était plus 25% d'acier importé de Chine. Et ça ne va faire qu'être pire demain. Pourquoi ? Parce que le marché américain...

15:49
Présentateur

Au fond, de ce point de vue-là, vous comprenez ArcelorMittal qui se dit victime de cette concurrence.

15:54
François Ruffin

Il y a deux choses. ArcelorMittal est largement bénéficiel et fait plus d'un milliard d'euros de bénéfices. Donc ils auraient les moyens d'investir. Ils auraient... Mais aidons-les. Pardon ?

16:03
Présentateur

Aidons-les. Aidons-les. Aidons-les l'industrie qui se fait sur notre sol.

16:07
François Ruffin

En revanche, si on veut maintenir une industrie sur le continent européen, il nous faut de protection. C'est ce qu'est venu dire le patron d'ArcelorMittal. Mais vous savez, j'ai fait la liste. France Chimie, nous faisons preuve de naïveté commerciale par rapport aux autres régions du monde. Il nous faut protéger immédiatement la production européenne. Valeo, on a absolument besoin de cette protection. Et tous les centres traitants de l'industrie automobile qui disparaissent. ArcelorMittal, si l'Europe ne décide pas de protéger son marché de la concurrence déloyale, alors ce sont des pans entiers de notre industrie qui vont disparaître à brève échéance. Et que fait...

C'est là où on a des fous qui nous gouvernent. Il faudra comprendre ça. Mais que fait Ursula von der Leyen, elle propose au contraire de continuer à signer des traités de libre-échange avec le reste du monde. Elle l'a proposé aux Etats-Unis, mais là, elle veut aller en Inde, elle veut aller avec la Malaisie, elle veut aller avec la Thaïlande pour continuer à signer des traités de libre-échange. Il faut comprendre pourquoi ils sont nuls à ce point-là. Parce que c'est une nullité de généraliser. Stéphane Séjourné, notre commissaire...

17:02
Présentateur

Le commissaire européen.

17:03
François Ruffin

Il dit quoi ? Il dit ? Ah, je ne comprends pas. On a tout donné à ArcelorMittal et là, je ne comprends pas. Est-ce qu'ils ne comprennent pas qu'ils nous donnent la place ? Parce que ça fait 40 ans que ça dure. Vous voyez ? Donc, ça se comprend très bien. Arcelor dit, voilà, quand je fabrique une tonne ici, je gagne 30 euros. Donc, il gagne de l'argent. Quand je fabrique une tonne en Inde ou au Brésil, je gagne 300 euros. Donc, je vais aller fabriquer là-bas. Donc, qu'est-ce qu'il faut faire ? Il nous faut nous protéger.

Et on a au contraire des dirigeants européens et des dirigeants français, y compris le ministre de l'Économie, encore dernièrement, qui proposent des nouveaux accords de libre-échange. Pourquoi ? Pourquoi ils sont nuls à ce point-là ?

17:39
Présentateur

Et donc, vous vous dites que ça doit être exactement l'inverse.

17:41
François Ruffin

Oui, mais je veux répondre à pourquoi ils sont nuls à ce point-là. Ce n'est pas une question rhétorique. Ce n'est pas parce qu'ils sont bêtes. Vous savez, je suis convaincu que si on faisait des tests de QI ou si on jouait à Trivial Pursuit, ils me battraient.

17:51
Présentateur

Quel est leur choix, alors ?

17:52
François Ruffin

Pourquoi ? Parce qu'ils sont mûs par une idéologie. Ils sont habités par un fanatisme du marché. Ils croient au marché. Ils croient au lycèfr. Ils croient au libre-échange. Et ce qui explique que dans le temps présent, nous avons des dirigeants politiques et économiques qui sont complètement dépassés et qui sont en fait hors du temps. Et il nous faut changer de dirigeants politiques et économiques parce qu'ils ne sont plus adaptés. Ils ne sont plus adaptés aux rapports de puissance.

18:16
Présentateur

Parce que François Ruffin, et vous le dites, il y a une volonté derrière. Donc ils sont protégés. Il y a un choix. Vous avez dit qu'il fallait protéger. Il y a aussi une autre question. Protéger et réconcilier, avez-vous dit. Est-ce qu'il y a en France un climat d'islamophobie pour reprendre les mots de Jean-Luc Mélenchon ?

18:31
François Ruffin

Écoutez, quand il y a un meurtre qui se produit comme il s'est produit à la mosquée, d'abord, dire nos condolences à la famille d'Abou Bakar. Dire qu'on doit parler avec ça avec décence et que, évidemment, quand il y a un meurtre qui se commet à l'intérieur du mosquée et qu'il y a des injures contre Allah qui sont prononcées, c'est manifestement un meurtre et un acte islamophobe. Et donc, que tout ça, il y a un terreau, évidemment, à ça.

Il y a un discours, y compris jusqu'au sommet de l'État, jusqu'au ministre de l'Intérieur, qui cultive un discours qui pointe les musulmans, l'islam, comme étant des adversaires de la République, quasiment de manière intrinsèque et des médias qui se sont spécialisés là-dedans. Donc, il s'agit de se demander comment on fait pour réconcilier le pays, comment on fait pour rassembler plutôt que pour diviser. Mais quand on voit

19:32
Présentateur

lors de la manifestation, cette fameuse manifestation justement contre l'islamophobie, que l'un de vos confrères députés, Jérôme Gage, en est exclu parce qu'il ne partagerait pas tout à fait. Est-ce que chacun, d'un côté comme de l'autre, finalement, renvoie sur l'autre son manque de sincérité ? Comment on fait pour se réconcilier dans ce moment-là ?

19:49
François Ruffin

Je pense qu'il y a... Moi, je suis l'homme qui veut parler à tout le monde, oui. Et je pense que... En tout cas, sur la question quant à meurtre se produit, et je le dis, qu'il se produise à Nantes et que ça soit à Lorraine, ou qu'il se produise dans le Gard et qu'il s'agisse d'Abou Bakar, on doit avoir des paroles de rassemblement. On doit avoir des paroles qui construisent une unité, presque une unanimité nationale pour se solidariser et qu'on se demande comment on fait pour que ça ne se reproduise plus.

20:19
Présentateur

Pas seulement à toute la gauche, mais à toute la France, comme vous le dites. François Ruffin, député de la Somme, merci d'être venu répondre à mes questions ce matin. Il est 8h52 sur RMC et BFM TV.