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interviewC à vous (sur YouTube)· 31 mars 2025 14 min

Bracelet électronique : pas de prison pour Marine Le Pen

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

mais d'un autre côté, un candidat à la magistrature suprême de 31 ans, ça va aiguiser des critiques. On peut imaginer plusieurs scénarios, des gens qui ne le trouvent pas crédible... - A.-E.Lemoine: Bonsoir, B.Jeudy.

Merci de votre présence aux côtés de A.-C.Bezzina.

Vous êtes maître de conférences en droit public. Quelques questions, J.-P.Tanguy...

Est-ce que, depuis ce matin et depuis la décision du tribunal, le RN se cherche un plan B, un candidat de secours pour la présidentielle de 2027? Est-ce naturellement J.Bardella? - J.-P.Tanguy: C'est naturellement M.Le Pen qui est candidate.

Pour avoir assisté à l'ensemble des réunions et des échanges depuis ce matin, je ne l'ai rarement vue aussi déterminée. C'est une véritable cheffe lionne dont je suis fier. - P.Cohen: Ca veut dire que vous pensez pouvoir trouver une issue juridique qui permet à M.Le Pen d'être candidate? - J.-P.Tanguy: Absolument.

D'ailleurs, je pense que J.Bardella est très fier d'être lui-même...

D'avoir été choisi, d'avoir eu la confiance de M.Le Pen et de constater que, jusqu'au bout, notre cheffe se battra pour la France et les Français. Je suis très fier.

Son stoïcisme force l'admiration. - A.-E.Lemoine: Y a-t-il une voie judiciaire pour permettre à M.Le Pen d'être candidate pour l'élection de 2027? - A.-C.Bezzina: La plus fiable...

C'est à discuter avec sa défense. Ses avocats doivent être en plein travail sur la question. L'appel est la voie à laquelle on pense tout de suite.

C'est la seule voie de rejugement. Mais il faut que l'appel arrive avant que la candidature à la présidentielle ne soit possible, pour que cet appel puisse lever cette exécution provisoire, notamment. En contentieux, il y a cette question d'une possibilité du relèvement de la simple voie de l'inéligibilité, mais il faut une décision définitive.

Ca dépendra du sort de l'appel. C'est une voie parallèle d'exécution qui est possible devant le président de la chambre qui a rendu le jugement. - P.Cohen: Attaquer spécifiquement l'exécution provisoire. - A.-C.Bezzina: Est-ce que ça peut être avant ou après l'appel... - A.-E.Lemoine: Quel regard vous portez sur ce jugement?

Quand J.Bardella écrit immédiatement: "Aujourd'hui, ce n'est pas seulement M.Le Pen qui est injustement condamnée, c'est la démocratie française qui est exécutée." Est-ce que ce jugement est de nature à mettre en péril ou à fragiliser la démocratie? - A.-C.Bezzina: Je vais avoir une réaction de maître de conférences en droit public.

Je réagis en tant que juriste. J'appelle à réagir avec distance et humanité aussi. C'est une décision lourde, dure, c'est quelque chose que le parti et que la responsable politique doivent encaisser.

Après, quand on dit que ça fait du mal à la démocratie, j'ai tendance à penser que dans une démocratie, il y a 3 pouvoirs, exécutif, législatif et judiciaire...

Quand un pouvoir judiciaire peut s'exprimer librement, c'est plutôt que la démocratie va bien. On se rend compte que dans les démocraties libérales, dès lors qu'on essaie de museler les pouvoirs des juges, c'est à ce moment que les démocraties faiblissent. Ca a été pareil dans toute notre histoire.

On n'est pas plus valeureux que les autres sur la question. - A.-E.Lemoine: B.Jeudy, vous avez eu M.Le Pen au téléphone samedi.

Dans quel état d'esprit était-elle? Elle vous disait qu'elle était convaincue que les juges n'iraient pas jusqu'à la "mise à mort" de son mouvement? - B.Jeudy: Oui.

Elle disait que les juges avaient droit de vie et de mort sur son mouvement mais qu'elle pensait qu'ils n'iraient pas jusque-là. Quand J.Pecnard nous a raconté son entretien avec M.Le Pen, ça nous a surpris.

On s'est dit que visiblement, elle ne prenait pas en compte cette possibilité. Etait-elle dans le déni? Ce n'est que ces dernières semaines qu'elle a, visiblement, commencé à discuter et à mettre les hypothèses sur la table.

Mais manifestement, elle ne s'était pas préparée à ce qu'il y ait cette exécution provisoire. J'ai commenté ce matin la décision. J'ai eu la même sensation qu'en 2003, lorsqu'A.Juppé a pris 10 ans.

Tout le monde, y compris chez les journalistes politiques, se disait: "Pas possible! 10 ans? Il a pris 10 ans!" Finalement, 1 an plus tard, après l'appel, ça a été réduit à 1 an.

C'est pour ça qu'il y a encore une petite fenêtre pour M.Le Pen pour 2027. C'est très compliqué, il y a beaucoup de "si", mais il y a une possibilité. - A.-E.Lemoine: Les électeurs RN qu'on a entendu, c'est légitime qu'ils estiment qu'on leur vole une élection présidentielle, si l'appel confirme cette condamnation? - B.Jeudy: Beaucoup de Français ne vont pas comprendre cette histoire d'exécution provisoire.

Je suis plutôt contre ça, mais c'est la loi. Les juges doivent appliquer la loi, même s'ils ont une faculté de discernement qu'ils n'ont peut-être pas eue dans ce jugement. Ils pouvaient aussi envisager le quantum de la peine.

Tout est possible. Mais c'est le jugement. Après tout, les politiques votent des lois et après, ils râlent et s'étonnent qu'elles soient appliquées.

Beaucoup de Français ne vont pas comprendre et vont faire un mélange, ils vont se dire...

Les sondages qui vont sortir de tout ça...

A mon avis, les sondages vont plutôt s'interroger sur la justesse de cette décision. - A.-E.Lemoine: La remettre en cause. - B.Jeudy: Hou là là, oui! - P.Cohen: Les électeurs du RN sont ceux qui font le moins confiance en la justice, selon la dernière enquête Ipsos, fin de l'an dernier.

Le niveau de confiance des électeurs du RN en la justice est de 28 %, quand ceux du PS et de Renaissance approchent de 60 %. C'est un écart considérable. - B.Jeudy: Tous les partis ont été touchés par une décision de justice.

Ils ont tous pris des décisions très lourdes. - A.-E.Lemoine: Ca ne va pas s'arranger, alors. - J.-P.Tanguy: La moyenne de ce sondage est plus proche du score du RN que du score socialiste.

Il faut vérifier, mais je ne crois pas qu'ils atteignent la majorité, nos amis les juges. - A.-E.Lemoine: Est-ce que ça va galvaniser l'électorat du RN? - J.-P.Tanguy: Lors des réquisitions du procureur...

Le procureur adjoint avait déploré...

Sa garde avait été baissée et elle avait déploré qu'on puisse émettre une peine... - A.-E.Lemoine: Je crois que je dois vous libérer parce que vous allez accompagner madame Le Pen sur le plateau du 20h de TF1.

Savez-vous quelle sera la teneur de sa prise de parole? Combative? - J.-P.Tanguy: Elle est impératrice en son royaume. - A.-E.Lemoine: Elle décide de ce qu'elle va dire et elle ne vous a pas mis au courant. - J.-P.Tanguy: Elle n'a pas besoin de conseiller.

Elle a raison. - A.-E.Lemoine: Merci beaucoup d'être venu ce soir pour réagir à cette décision. - P.Lescure: Le tribunal a également condamné le vice-président du RN, L.Aliot, à une peine de 18 mois de prison dont 6 mois ferme.

Avec une amende de 8000 euros et une inéligibilité de 3 ans sans exécution immédiate. Le tribunal avait dit qu'il s'agissait de préserver "la liberté des électeurs" dans la ville de Perpignan. Comment expliquer, pour ceux qui nous écoutent, la différence de traitement avec M.Le Pen qui a aussi des électeurs? - A.-C.Bezzina: Le temps est le premier élément qui peut l'expliquer.

Les municipales sont plus proches que les élections présidentielles. De plus, il faut rappeler que, pour un conseiller municipal en titre, L.Aliot aurait perdu son mandat en cours alors que M.Le Pen ne perd pas son mandat en cours.

Elle est députée et le reste. Il y aurait eu une inégalité entre les 2 sachant que, pour les conseillers municipaux, quand vous êtes déclaré inéligible avec une exécution provisoire, vous perdez votre mandat dans la minute. L'idée de la proximité de la campagne, avec en plus cet effet très dur de perte de mandat en cours, a justifié une différence de traitement...

Les montants fraudés ne sont pas les mêmes. Il y a le temps de l'appel qui est ménagé, déjà par la décision du juge qui n'est pas définitive, même si elle s'applique directement. Je conçois qu'il y ait une confusion, mais pour un jury, ce n'est pas définitif.

Il peut encore y avoir appel. Il y a ce temps pour la liberté de l'électeur. Là, c'est 2027.

En droit, la campagne ne commence qu'à partir de mars 2027. - E.Tran Nguyen: Vous disiez que les Français n'allaient sûrement pas comprendre la décision.

Les hommes politiques non plus. L'entourage de F.Bayrou dit que le Premier ministre a été troublé par ce jugement, lui qui, pendant les réquisitions, avait dit qu'il était contre cette exécution provisoire et qu'en démocratie, on doit pouvoir faire appel à toutes les décisions de justice.

Officiellement, il n'a rien dit. Mais "troublé", c'est un peu le mot qu'on pourrait employer pour tous les hommes politiques de droite et du centre? - B.Jeudy: Depuis le début, il apporte plutôt son soutien à M.Le Pen, dans cette épreuve qu'elle traverse.

Il attend l'appel lui-même...

Il a été relaxé en première instance, mais l'affaire du MoDem n'est pas terminée. Il pourrait même aller au tribunal avant M.Le Pen en appel.

Troublé...

A mon avis, ça va encore poser problème à F.Bayrou parce que le judiciaire et l'exécutif, ça ne fait pas forcément bon ménage. - P.Cohen: Il n'est pas représentant de l'opposition.

Sa parole n'est pas aussi libre. Il est membre de l'exécutif. Il y a un vrai problème de séparation... - B.Jeudy: Je pense qu'il va s'attirer des ennuis.

Il risque d'y avoir du charivari demain, à la session de questions-réponses. Ca risque d'avoir des conséquences dans sa propre famille politique. - E.Tran Nguyen: A gauche, ça ne va pas profiter à la gauche? - B.Jeudy: A gauche, ils ont été plutôt à l'unisson pour dire que la justice doit passer et qu'ils se sont plutôt élevés contre les protestations issues de la droite et de l'extrême droite.

Moins chez les insoumis. Ils étaient un peu partagés. J.-L.Mélenchon a redit qu'il préférait la battre dans les urnes que par la justice. - A.-E.Lemoine: Malgré sa condamnation, M.Le Pen restera symboliquement comme la cheffe du RN, même si ce n'est pas la présidente du parti, et fera campagne quoi qu'il arrive? - T.Berteloot: Ce qui est étonnant, c'est de dire que c'est la cheffe, comme le disait J.-P.Tanguy.

Il a répondu "ma cheffe a pris sa décision" et "J.Bardella est très content de servir sa cheffe". On voit quelqu'un qui a été condamné dont les équipes n'ont rien préparé pendant des mois et des mois.

Ils savaient se préparer à ce procès. Quand on a suivi les audiences, on s'est rendu compte de l'énorme décalage qu'il y avait entre la connaissance du dossier de M.Le Pen et des autres prévenus.

Ils arrivaient les mains dans les poches, balbutiants. C'était très étrange de se dire que la seule personne au courant de ce qui se passait était M.Le Pen. - P.Cohen: Elle était très préparée. - T.Berteloot: Très.

Elle connaissait tout. Elle a voulu faire de ce procès une enceinte politique, ce qui a énervé les juges, mais elle était préparée. Ce qui a aussi énervé les juges, c'est le manque de préparation des autres.

On attend depuis 10 ans...

L'instruction a duré 10 ans. On attend depuis 10 ans et le RN n'a aucun plan B.