Pourquoi est-ce que vous êtes engagée pour l'Europe ?
Réponse directeRien ne me prédestinait à cela, parce que dans ma famille, on n'était pas hostile, mais ce n'était pas une préoccupation. Avec mon mari, ça a été un peu différent, mais mon mari était professeur de droit, et quand même essentiellement du droit français. Et moi-même, je n'étais pas du tout contre l'idée européenne, mais je ne connaissais pas grand-chose. Et c'est en fait les hasards, mais vraiment les hasards de la vie politique, qui m'ont poussé à m'intéresser à l'Europe. Et quand j'étais au gouvernement, à un moment donné, j'ai été amené à aller à des réunions à Bruxelles, tout simplement parce que le ministre des Affaires étrangères, qui devait s'occuper de l'Europe, était surchargé. Et l…
« Rien ne me prédestinait à cela, parce que dans ma famille, on n'était pas hostile, mais ce n'était pas une préoccupation. Avec mon mari, ça a été un peu différent, mais mon mari était professeur de droit, et quand même essentiellement du droit français. Et moi-même, je n'étais pas du tout contre l'idée européenne, mais je ne connaissais pas grand-chose. Et c'est en fait les hasards, mais vraiment les hasards de la vie politique, qui m'ont poussé à m'intéresser à l'Europe. Et quand j'étais au gouvernement, à un moment donné, j'ai été amené à aller à des réunions à Bruxelles, tout simplement parce que le ministre des Affaires étrangères, qui devait s'occuper de l'Europe, était surchargé. Et le ministre des Affaires européennes, en l'occurrence Roland Dumas, était aussi surchargé. Et je me rappelle avoir été pour la première fois de ma vie à Bruxelles pour représenter la France, y compris par exemple pour signer l'accord de Schengen, le négocier et le signer. Mais au départ, franchement, je n'avais aucune connaissance des questions européennes. Mais j'ai par exemple la négociation pour l'accord de Schengen, et puis les connaissances que je me suis faites, la sympathie mutuelle, avec par exemple Robert Goebbels, qui était le secrétaire d'État chargé des Affaires européennes au Luxembourg à cette époque. Tout ça a fait que ça m'a semblé très intéressant, cette Europe. Et quand nous n'avons plus été au gouvernement, c'est-à-dire en 1986, j'ai été élu quand même député national. Et à la Commission des Affaires étrangères, j'ai suivi en particulier les questions européennes. Et puis, hasard de la vie, en 1989, je suis dans la délégation de l'Assemblée nationale française à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe. Et puis un jour, le président de notre groupe politique, le groupe socialiste, qui était un Allemand, me fait venir dans son bureau et me dit, écoute, Catherine, très probablement, nous allons, nous socialistes, avoir le poste de secrétaire général, parce qu'il y a des habitudes de rotation, pour que tout le monde ait un jour un secrétaire général, etc. On a pensé à toi, je pense que tu as le profil. Alors, je suis très très étonné, parce que quand même, oui, j'avais été secrétaire d'État aux affaires européennes. Mais enfin, le poste de secrétaire général du Conseil de l'Europe, ça me paraissait, disons, un placard doré. Bon, c'est un poste honorifique, disons, avec quelques avantages financiers, mais je ne me voyais pas, quand même. J'ai beaucoup hésité, et puis finalement, j'ai dit, on y va. J'ai été élu secrétaire général du Conseil de l'Europe en 1989. Et là, la chance de ma vie, en tout cas de ma vie politique, c'est la chute du mur de Berlin, le basculement des pays de l'Europe de l'Est, et un travail au Conseil de l'Europe absolument passionnant. Et là, ça a été vraiment le grand moment où je me suis passionné pour les questions européennes, et cette passion était justifiée. On était en train de vivre comme un événement historique. C'est rare, quand même. Ça faisait 50 ans que l'Europe était coupée en deux, que le bloc de l'Est et le bloc de l'Ouest se regardaient en chien de faïence. Et tout ça, il y avait une redistribution des cartes énorme. Et à partir de ce moment-là, alors, j'ai été complètement engagé et passionné. C'était vraiment quelque chose de difficile, de périlleux parfois, mais oui, passionnant. »
