Affaire Lyhanna, présidentielle, plafond de verre : Yaël Braun-Pivet invitée de Questions politiques
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France Inter
Bonjour à tous et bienvenue dans Question Politique. Elle est décriée, caricaturée, parfois désertée, jusqu'à être dissoute, ça peut arriver, mais quand l'actualité se fait grave, elle finit toujours par redevenir incontournable. Elle, c'est l'Assemblée Nationale. Faute de majorité dans l'hémicycle, rien de décisif, rien d'essentiel ne pourrait être accompli dans les deux ans qui viennent. Cinglet par exemple, Edouard Philippe après la dissolution, rien que les prochaines semaines pourrait le faire mentir. À l'Assemblée arrive une loi sur la fin de vie et peut-être deux textes majeurs pour protéger les enfants et les femmes des violences sexuelles. Dans le sillage de l'effroyable et désormais emblématique affaire Liana, on va y revenir. De quoi redorer le blason des députés ? Ça serait trop simple, le dernier baromètre sévipof de la confiance politique est limpide. L'Assemblée Nationale n'inspire confiance qu'à un Français sur cinq. Parmi nos institutions, seul le gouvernement fait pire. Ça tombe bien, notre invité du jour a testé les deux. Brièvement ministre, mais surtout présidente de l'Assemblée Nationale depuis 2022. Et en 2027, me direz-vous, je n'exclue rien, répète-t-elle ?
Bonjour Yael Brown-Pivet.
Bonjour. Merci d'avoir accepté notre invitation. À mes côtés pour vous interroger aujourd'hui, Alix Bouillaguet de France Télévisions. Bonjour Alix.
Bonjour Julien, bonjour à tous.
Avec vous, tout à l'heure, on dressera le portrait de Yael Brown-Pivet.
Oui, vous êtes forgée au fil du temps une image de combattante qui gagne ses combats, mais toujours à l'arraché. Vous êtes aussi devenue au fil du quinquennat, dès quinquennat d'Emmanuel Macron, le petit caillou dans la chaussure du président.
Et à vos côtés, Françoise du journal Le Monde. Bonjour Françoise. Bonjour à toutes et tous. Et avec vous, on creusera une question qui animera la campagne de l'an prochain.
La crise démocratique, cette défiance des citoyens à l'égard de leurs représentants, une crise profonde qui pèse sur la campagne présidentielle qui apparaît sans règles établies. Peut-on y remédier ? Et si oui, comment ?
Merci à toutes les deux et à tout de suite. Mais d'abord, Yael Brown-Pivet, il y a bien sûr l'onde de choc de cette affaire Liana qui continue de se faire ressentir. Les obsèques de la collégienne de 11 ans. Les obsèques de la collégienne de 11 ans se sont tenus vendredi dans sa commune de Florence, dans le Gers. Et dans cinq jours, tout juste, on connaîtra les conclusions du rapport commandé par le gouvernement pour mesurer l'ampleur des dysfonctionnements dans cette affaire. Est-ce que, comme d'autres, vous appelez désormais à une sorte de MeToo des enfants ?
Alors cette affaire, elle a saisi d'effroi la nation. Et ce drame, il faut qu'il puisse être utile, mais nous être utile collectivement. C'est un électrochoc et ces électrochocs, justement, il faut les transmorber. Non, mais vous savez, moi, quand j'ai pris la présidence de l'Assemblée nationale en juin 2022, très rapidement, j'ai créé ce qu'on appelle une délégation aux droits des enfants pour que la parole des enfants soit prise en compte à l'Assemblée nationale.
Et elle l'a été ?
Elle l'a été, mais pas suffisamment. Et j'ai appelé dans un journal à ce qu'il y ait un MeToo des enfants et à ce qu'il y ait une prise de conscience collective.
Vous utilisez déjà cette expression il y a quatre ans ?
J'utilisais cette expression il y a quatre ans. Et c'est peut-être ça qui me rend le plus triste aujourd'hui. C'est que cet appel, et je n'étais pas la seule, il y a beaucoup de parlementaires, beaucoup d'hommes et de femmes politiques, d'associations qui déjà alertaient parce que le problème, il ne date pas d'hier. Et malheureusement, nous avons été trop lents. Nous n'avons pas été assez forts, assez vite.
Vous avez prêché dans le désert, c'est ça ?
Et peut-être un peu, oui, mais je prends ma part aussi parce que peut-être que j'aurais dû parler plus fort. Peut-être que j'aurais dû, je ne sais pas quoi, parce que c'est triste. On se dit toujours comment on aurait pu empêcher ce drame absolu. Chacun a nos places, on se pose cette question. On va y venir sur les solutions, évidemment. Et donc, si aujourd'hui, il y a une vraie prise de conscience, saisissons cette chance et agissons. Parce que cette prise de conscience, elle est indispensable pour agir de façon globale. Ce que nous avons fait depuis des années, avant nous, c'est agir par petits bouts, en silo, essayer de résoudre telle ou telle difficulté. Et c'est ce que j'entends encore aujourd'hui lorsque j'entends certains hommes politiques qui sont lancés dans la campagne présidentielle.
On va y venir sur les propositions.
Voilà, j'ai des propositions parcellaires, de politique pénale, etc. Ça peut être intéressant, pourquoi pas ? Mais la solution, elle est globale. Le problème est global.
Donc cette loi intégrale, comme on l'appelle, on va y venir en détail aussi. Tout à fait. Avant ça, en plus des différents textes législatifs qui pourraient arriver à l'Assemblée, vous avez aussi plaidé cette semaine pour la création d'une nouvelle commission d'enquête. Suite à cette affaire, Liana, commission d'enquête à l'Assemblée, sachant qu'il en existe déjà une, au Sénat qui arrive, pourquoi faire cette commission d'enquête ?
Alors, on m'a posé la question, est-ce que vous y êtes opposée ou favorable ? Évidemment, je suis favorable si elle devait être créée. Je n'ai pas de pouvoir de créer des commissions d'enquête à moi toute seule.
Mais certains députés sont prêts à s'en saisir ?
Certains, oui, d'autres, non. Qui ? La question, c'est, est-ce qu'une commission d'enquête pourrait permettre de révéler s'il y a eu des dysfonctionnements ? Évidemment, oui.
Mais il y a un rapport d'inspection qui arrive dans cinq jours pour ça, c'est pas un peu redondant ?
Alors, oui, mais le rapport d'inspection, c'est pas le même. Nous sommes le travail, nous sommes le Parlement, nous sommes les représentants du peuple et nous devons contrôler l'action des pouvoirs publics et évaluer les politiques publiques. Donc, on est pleinement dans notre rôle. Maintenant, il faut savoir que sur ces sujets-là, nous avons eu d'ores et déjà plusieurs commissions d'enquête à l'Assemblée nationale sur les violences sexuelles et sexistes dans le cinéma, sur le sport. Nous en avons eu une sur l'aide sociale à l'enfance qui dysfonctionne et on pourra en parler. Nous en avons eu une actuellement sur l'inceste qui rendra ses conclusions le 7 janvier. Juillet prochain, l'Assemblée nationale fait son travail de contrôle. S'il devait y avoir une nouvelle commission d'enquête sur les dysfonctionnements, je m'en réjouirais parce que nous ne devons rien laisser de côté et rien mettre sous le tapis. En revanche, il ne faut pas que ça nous empêche d'agir et nous devons continuer à agir. Nous avons déjà fait, mais nous devons continuer. Et nous avons des fenêtres de tir qui viennent dans les semaines ou les mois qui viennent. On va y venir en détail, sur la loi intégrale. L'aide sociale à l'enfance, loi intégrale et puis le budget. Parce que moi, j'entends dire... Ce n'est pas une question de moyens. C'est évidemment aussi une question de moyens. Mais ça n'est pas qu'une question de moyens. C'est évident que ça n'est pas qu'une question de moyens.
Donc il a eu tort de dire ça, Emmanuel Macron, il y a une dizaine de jours ?
En tout cas, moi je pense qu'il faut regarder les choses lucidement et se dire qu'on a mis... Parce que je comprends la logique du Président de la République qui est de dire, nous avons mis des moyens supplémentaires. Et c'est vrai. Nous avons augmenté le budget de la justice de 50%. Nous avons prévu l'embauche de 1500 magistrats. Nous avons créé des assistants de justice. Nous avons 1800 greffiers qui vont arriver.
Il y a aussi 400 millions d'euros gelés dans le ministère au budget de la justice pour le budget de cette année.
Mais nous voyons que ça ne suffit pas. Que tout ce que nous avons fait budgétairement et qui a été inédit ne suffit pas.
Et justement, à l'instant, Manuel Bompard, l'un des cadres de la France Insoumise, appelle à un budget rectificatif. Justement pour intégrer ces dépenses-là dans le budget. Là, maintenant, pas attendre le budget de l'an prochain.
Vous êtes favorable ? Moi, je suis en tout cas favorable à ce qu'on arrête de lésiner sur les moyens pour protéger les enfants. C'est notre pays.
D'accord. Est-ce que Gérald Darmanin, le garde des Sceaux, ministre de la Justice, est la bonne personne à ce poste ? Je vous pose cette question. On va entendre les oppositions dans un instant. Parce que la pression se fait de plus en plus forte sur lui. Ça ne vous a pas échappé. Notamment, écoutez, Mathilde Panot pour LFI et Jordan Bardella pour le Rassemblement National.
Mais je suis aussi révoltée de la manière dont nous avons un ministre, un garde des Sceaux, qui est en train de se défausser de toute responsabilité politique et qui cherche un bouc émissaire à travers les juges.
Pour vous, il doit toujours démissionner, Gérald Darmanin. Bien sûr. Maintenant, l'affaire est d'une particulière gravité. Et au regard de ce contexte, le chef de l'administration, c'est-à-dire le ministre de la Justice, aurait, à mon sens, dû, par honneur, présenter sa démission au président de la République.
Ils ont raison, Jordan Bardella et Mathilde Panot. Il doit démissionner, Gérald Darmanin ?
Vous savez, moi, je ne veux pas qu'on se trompe de diagnostic. Parce que si on se trompe de diagnostic, on se trompe de solution. Alors, allez chercher la responsabilité, j'entends, du ministre, du procureur, de tels gendarmes. Il n'est pas responsable, Gérald Darmanin. Mais en fait, on se trompe de cible. Le problème, il est systémique. Le problème, il est global. On a probablement, je ne sais pas... L'un n'empêche pas l'autre. Mais le sujet, ce n'est pas juste la justice de notre pays. On a des magistrats, des fonctionnaires de ce ministère qui font et qui donnent le meilleur d'eux-mêmes. Peut-être qu'il y a eu des dysfonctionnements. Peut-être qu'il y a des dysfonctionnements de ci, de là. Et il faut les chercher par cette enquête administrative. Et peut-être, un jour, par une commission d'enquête à l'Assemblée nationale. Mais le sujet, il est bien plus vaste que ça. On a des problématiques d'éducation nationale. On a des problématiques dans notre santé. Insuffisamment de psychologues dans nos écoles. Donc, il n'y a pas de sujet Darmanin dans cette affaire, Diana ? Mais en fait, je crois qu'on se trompe. Soyons clairs. Si on pense qu'en changeant le ministre de la Justice, on aura réglé le problème, eh bien, on se fout le doigt dans l'œil. Je pense que le sujet, il est beaucoup, beaucoup, beaucoup plus large que cela. Il est, et c'est pour ça que moi, je plaide pour une vision globale depuis plus de quatre ans. Parce que, ne retombons pas dans les travers qui ont été les nôtres dans les années précédentes. À chaque fois qu'il y a une affaire, on se dit « Ah ben, il y a eu un dysfonctionnement là. Donc, on va régler ce dysfonctionnement et tout ira bien. » Ça n'est pas comme ça qu'il faut agir.
Vous plaidez pour cette loi intégrale. On en revient dans un instant. On va revenir un instant sur ce qui s'est passé en début de semaine. Lundi, des dizaines de milliers de Français ont manifesté devant les tribunaux dans tout le pays pour dénoncer les dysfonctionnements de la justice. Et deux jours plus tard, dans le secret du Conseil des ministres, Emmanuel Macron a eu ces mots, je cite « On ne répond pas à un drame par des cris ». Ça vous a choqué, cette phrase ?
Je n'aime pas cette formulation, évidemment. Je n'aime pas cette formulation. Pourquoi ? Parce que, déjà, on a le droit d'être en colère. Et, vous savez, lorsqu'on fait de la politique, il faut être à l'écoute de la société. C'est important. C'est important d'écouter. C'est important d'écouter les citoyens. Et, malheureusement, dans notre pays, parfois, les citoyens, pour se faire entendre, doivent élever la voix.
Donc, c'est une faute du président d'avoir dit ça ?
Non, mais je ne suis pas là pour dire qui, c'est quoi. Non, mais ce n'est pas mon job. Moi, mon job, c'est d'essayer de trouver des solutions. Pour trouver des solutions, il faut écouter les citoyens. Il faut s'appuyer sur les collectifs de citoyens. Moi, ça fait des mois que je suis en lien avec eux, que je les reçois régulièrement, etc. C'est important de s'appuyer sur les associations, les associations, la Fondation des Femmes, etc. D'aller sur le terrain, rencontrer des maisons des femmes. La semaine prochaine, je vais encore en inaugurer une à Thionville. C'est important. Il faut qu'on avance tous ensemble. Et si, effectivement, des citoyens, des hommes et des femmes politiques doivent crier pour se faire entendre, eh bien, nous crierons. Et moi, je crierai peut-être plus fort que les autres. Peut-être que vous voyez ma déception quand je vous dis, il y a quatre ans, j'appelle un MeToo pour des enfants. Il y a quatre ans, je dis, il faut qu'on ait une appréhension globale. On ne le fait pas. Peut-être que je n'ai pas crié assez fort. Peut-être que je n'ai pas crié assez fort.
Message envoyé au président de la République.
Peut-être qu'aujourd'hui, il faut que je continue à élever la voix. Parce qu'il s'agit de nos enfants. Vous savez, moi, je suis avocate. On dit souvent que les avocats sont ceux qui sont la voix des sans-voix. C'est une expression qu'on utilise beaucoup dans notre métier. Bien, aujourd'hui, en tant que femme politique, en tant que maman aussi, je peux être la voix de ces milliers de sans-voix que sont les enfants de notre pays.
On n'est pas loin d'une déclaration de candidature. Pas du tout. François Spresso, j'ai une question.
Vous dites entendre les citoyens crier. Mais quand vous entendez certains disent retour de la peine de mort, est-ce que vous êtes choquée ? Est-ce que vous dites attention, il y a quand même des limites ?
Bien sûr. Non, mais il y a quand même des limites. Évidemment qu'il y a des limites. Les limites, c'est évidemment l'état de droit. Parce qu'il ne faudrait à nouveau pas se tromper de combat. Moi, j'entends des castrations chimiques, perpétuité réelle, retour de la peine de mort et tout ça. Je pense que quand on est... Quand on veut comme ça durcir, durcir, durcir la politique pénale, à nouveau, on n'a pas compris quelle était la situation. Lorsque l'on parle d'approche globale, on parle du côté sanitaire, on parle de l'éducation de nos enfants, on parle de la culture du viol dans notre pays, on parle d'enfants que l'on n'écoute pas, on parle d'éducation sexuelle. On a des cours EVARS qui existent avec un programme très détaillé mis en place par l'éducation nationale. Il n'est malheureusement pas appliqué pleinement dans notre pays. Vous voyez bien que... La perpétuité réelle, l'imprescriptibilité ou le retour de la peine de mort, ce n'est pas ça qui va protéger nos enfants aujourd'hui.
Sur la loi intégrale, comme on l'appelle, cette loi transpartisane, cette proposition de loi dont on parle beaucoup, Sébastien Lecornu recevra les signataires demain à Matignon. Est-ce que vous avez la garantie que ce texte sera bien inscrit à l'agenda parlementaire à la rentrée de septembre, comme vous l'appelez de vos voeux ?
Je n'ai aucune garantie de qui que ce soit sur l'inscription de ce texte. Alors moi, j'espère, il n'est pas trop tard pour l'inscrire. Moi, je me réjouis. J'étais en lien, évidemment, avec Matignon et avec les députés que ce rendez-vous est lieu demain. Il faut maintenant qu'on avance tous ensemble. Il ne s'agit pas à nouveau de forcer la main du gouvernement de se dresser les uns contre les autres. Ce serait pire que tout et ce serait très contre-productif. Donc demain, à l'issue de cette réunion, moi, j'attends qu'on aligne les planètes sur les prochaines étapes. Prochaine étape, c'est cette loi aide sociale à l'enfance qui arrive le 15 juillet à l'Assemblée nationale. Et les députés, l'examen d'un texte de loi que moi, j'appelle de mes vieux vœux, cette proposition de loi intégrale qui doit intervenir le plus rapidement possible. Alignons les planètes et puis après, mettons-nous rapidement en mouvement.
Très concrètement, il changerait quoi ce texte ? Avec ce texte, est-ce qu'il n'y aurait vraiment pas eu d'affaire ? Liana, Gérald Darmanin, tout comme le Premier ministre, ont assuré mardi à l'Assemblée nationale qu'aucune de ces dispositions, des dispositions de la loi intégrale n'auraient répondu au drame de la petite Liana.
Mais parce que, on n'arrête pas de le dire depuis que cette émission a commencé, c'est un problème global et systémique. Et donc, vous ne pouvez pas attendre que ce problème global et systémique soit réglé par l'effet d'une loi. Ça ne marche pas. Mais de même que la peine de mort n'a jamais empêché personne de commettre un crime. Donc, la loi ne peut pas tout, mais la loi peut organiser mieux les pouvoirs publics, organiser mieux la prise en charge de ces situations en amont et en avant, et la loi intégrale est porteuse de cette fameuse vision globale que nous défendons tous, en disant arrêtons de saucissonner les choses. Vous savez, depuis quelques années que je suis à l'Assemblée nationale, on a adopté près de dix textes sur les violences sexuelles et sexistes. On vient d'inscrire, avec une loi transpartisane, la notion de consentement dans la définition du viol, justement après l'affaire Pellicot.
Donc, ils ont tort de dire ça, quand même, le Premier ministre Sébastien Lecornu.
Vous parlez d'un malin de dire que ça n'aurait pas évité un drame. Moi, ce qui m'inquiète, c'est justement cette idée de se dire, en fait, ce drame aurait peut-être pu être évité par telle ou telle mesure, donc prenons ces mesures, comme si ça permettait... Il n'y avait pas d'autres drames à côté qui se déroulent. Et c'est pour ça qu'il faut avoir cette vision globale. Donc, peut-être qu'effectivement, la loi intégrale n'aurait pas empêché ce terrible drame. Mais pour autant, la loi intégrale permet une appréhension globale de ces situations. On a... Moi, c'est les chiffres de la civis, ce ne sont pas les miens. On aurait 160 000 enfants victimes tous les ans.
Ce chiffre, il est effrayant.
Il doit tous nous glacer le sang
et nous inviter à agir. Françoise, rentrons dans cette loi, alors. Allons-y.
Juste avant de rentrer dans le détail, une des critiques faites par Matignon, c'est de dire qu'au fond, quand il y a le travail des parlementaires, souvent, ce n'est pas suffisamment bordé juridiquement. Et souvent, le Conseil constitutionnel retoque et qu'il vaut mieux laisser, au fond, l'initiative au gouvernement. Qu'est-ce que vous répondez à ça ?
C'est une vaste blague, excusez-moi. Depuis 2008, nous avons un ordre du jour partagé entre le gouvernement et le Parlement. C'est la réforme voulue par Nicolas Sarkozy. Et donc, depuis, le Parlement peut être à l'initiative des lois et c'est heureux. Il y a beaucoup d'avancées parlementaires. Vous voyez, je viens de vous parler de l'introduction de la notion de consentement dans la définition pénale du viol. C'est une proposition de loi qui émane du Parlement. Après, effectivement, nous n'avons pas suffisamment de moyens. Mes prédécesseurs et moi-même, nous battons depuis des années pour avoir davantage de moyens d'évaluation, pour avoir le rattachement dû au commissariat, au plan et France Stratégie, au Parlement pour nous permettre de mieux travailler, d'avoir davantage de moyens, comme tous les parlements étrangers. Quand je parle de renforcer le pouvoir du Parlement, c'est aussi ça, lui donner les moyens d'exercice.
Il y a une bonne idée. On arrive toujours à l'addition, c'est-à-dire que cette loi, elle coûte cher, 2,7 milliards. Vous savez que les caisses sont vides. Ça veut dire qu'on prend l'argent où ?
Mais vous savez, l'addition, on dit ça, moi j'entends ce chiffre, mais vous savez, le coût pour une société tout entière de ces vies fracassées, il est de combien, madame ? Pour les parents, pour ces 160 000 enfants qui sont battus tous les ans, dont l'intimité dans la vie sexuelle est ravagée à jamais, il est de combien le coût ? Ces enfants à l'aide sociale à l'enfance qu'on a laissé tomber, et dont un tiers se retrouvent mineurs délinquants, dont 15 000 se retrouvent prostituées tous les ans. Donc vous dites que Sébastien Lecornu, il serait prêt
à faire ce chèque-là ?
Mais c'est pas un chèque, c'est le devoir de la République, c'est un devoir moral, c'est une obligation, ça n'est pas une question d'argent.
Sauf qu'il faut trouver quand même compenser les crédits ailleurs. Vous êtes d'accord quand même, non ?
Mais vous savez que des enfants dont les vies sont fracassées, c'est des dizaines de milliards d'euros, de coûts à la société, c'est tragique de devoir parler comme ça. Mais des enfants qui vont ne pas pouvoir faire d'études parce qu'ils n'ont pas grandi sereinement. La reproduction de ces faits, on sait tous que lorsque des faits sont commis dans des familles, on a des familles qui dysfonctionnent, et c'est le cas ici, de génération en génération. Quel est le coût pour la société ? C'est un coût moral, mais c'est un coût
financier aussi. Qu'il faut compenser les 2 milliards éventuels par des économies ailleurs. Mais, bien sûr,
il faut tenir le budget. Mais, vous savez, la politique, c'est une affaire de priorité. Moi, je suis maman, mes enfants sont ma priorité. Eh bien, ça devrait être la priorité d'une nation, nos enfants. Et donc, il ne faut ni lésiner, ni tarder. Nous n'avons que trop
tarder. Yael Brunpivé, les propositions se multiplient non seulement de la part des candidats à la présidentielle, mais aussi de la part du Premier ministre lui-même. Par exemple, pour muscler ce projet de loi sur la protection de l'enfance qui, vous l'avez dit, arrive à l'Assemblée le 15 juillet, Sébastien Lecornu propose la perpétuité pour les violeurs d'enfants en série. C'est 20 ans maximum aujourd'hui. Bonne ou mauvaise idée ?
Alors, il nous faudrait déjà, d'une part, ne pas dénaturer le texte sur l'aide sociale à l'enfance. Et donc, là, on voit bien qu'il y a la tentation d'utiliser ce véhicule législatif pour pouvoir mettre des dispositifs. Moi, je suis très prudente là-dessus. Je ne voudrais pas que ce texte sur l'aide sociale à l'enfance loupe sa cible. Parce que c'est plus de 400 000 de nos enfants...
Donc, c'est non, pour cette première proposition ?
C'est pas non. Mais je dis, prenons garde à ne pas, finalement, sacrifier une fois de plus les enfants qui sont confiés à l'aide sociale à l'enfance et qui ont tant besoin qu'on s'occupe d'eux, au profit de dispositifs, de politiques pénales qui n'ont rien à faire dans ce texte-là. Maintenant, sur la perpétuité réelle, on voit bien que l'exécution des peines pose problème dans notre pays. Allonger les peines, pourquoi pas ? Maintenant, faisons-le sérieusement, on parle de politique pénale et donc il faut toujours... Et je suis avocate pénaliste, c'est mon métier, c'est ma profession, c'est ma formation, mais j'ai exercé, j'ai plaidé dans des cours d'assises, etc. Donc, a priori, je sais à peu près de quoi je parle et c'est pour ça que moi, je suis très réservée, voire opposée sur la question de l'imprescriptibilité. Mais pourquoi ?
Rentrons juste dans le détail. Effectivement, dans ce projet de loi, il y a cette fameuse durée des prescriptions des faits pour viols sur mineurs. Aurore Berger, qui est la ministre chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, a dit qu'elle espérait que l'imprescriptibilité des violences sur mineurs soit intégrée justement à ce projet de loi. Cette prescription est de 30 ans après la majorité, c'est ce qui se passe aujourd'hui. Est-ce qu'il faut une imprescriptibilité au nom de la levée de ce qu'on appelle l'amnésie ? Traumatique, qui effectivement, on le voit régulièrement dans beaucoup d'affaires, arrive parfois beaucoup plus tard.
Vous l'avez dit déjà aujourd'hui, pour les mineurs, la prescription est de 30 ans, avec un démarrage à la majorité. La personne victime peut porter plainte jusqu'à ses 48 ans. Ça, c'est une loi que nous avons votée et que nous avons faite sous cette mandature. Vous voyez que nous n'avons pas rien fait. Nous avons fait aussi autre chose qui était très intéressante, c'est ce qu'on appelle la prescription glissante. C'est-à-dire que s'il y a fait de même nature, commis par le même auteur, ça reporte la prescription pour d'autres victimes pour lesquelles la prescription aurait pu être acquise. Et vous dites que ça suffit, ce dispositif-là ? Moi, je pense que c'est suffisant. L'imprescriptibilité, elle n'existe que pour un seul crime. Un seul. Les crimes contre l'humanité. Ça n'est pas pour rien que l'on a fait ça. Et ça doit rester comme ça ? Pour moi, ça doit rester comme ça. Et il ne faut pas non plus faire croire aux victimes qu'elles pourraient bénéficier d'un procès dit équitable 40 ans, 50 ans après les faits. Les preuves ont
disparu. Mais ce n'est pas important pour une victime d'être reconnue victime et de
désigner un coupable, même longtemps, longtemps après les faits. Mais justement, pour être reconnue victime et désignée un coupable, il faut que le procès puisse avoir lieu, donc que le coupable soit l'auteur présumé des faits, soit vivant, qu'il y ait des preuves. Ce n'est pas que un témoignage. Le procès doit pouvoir se fonder sur d'autres éléments et vous comprenez bien aisément qu'au bout de 40 ans, 50 ans, les témoignages d'autres peuvent avoir disparu. Les preuves matérielles peuvent avoir disparu s'il n'y a pas eu d'enquête menée. Et donc, ça peut être très déceptif pour la victime qui pourrait porter plainte et on n'aurait pas les moyens, la justice n'aurait pas les moyens de lui assurer justement la juste réparation et un procès équitable. Donc, il faut faire attention et c'est la raison pour laquelle je suis opposée à l'imprescriptibilité. Et puis après, vous faites quoi ? Vous hiérarchisez les crimes ? Alors, aujourd'hui, c'est et je le comprends, ça me révulse les crimes commis à l'encontre des mineurs. Mais demain, on va venir dire, on va avoir une concurrence victimaire.
Vous ouvrez la boîte de pandore.
Moi, je ne veux pas de ça. Et je pense qu'il faut justement, dans ces moments, garder nos principes. On parlait tout à l'heure, Françoise Fressoz disait, le retour de la peine de mort. Moi, je crois vraiment que l'État de droit, il est protecteur de tout le monde et pensons bien rester dans notre cadre qui est un cadre que nous avons construit année après année, siècle après siècle et qui protège ensemble. Mais à l'intérieur de ce cadre, agissons résolument
davantage. Yael Broun-Pivet, d'autres propositions sur la table dans le contexte de l'affaire Liana. Edouard Philippe, dans les colonnes du Parisien, ce matin par exemple, propose de s'inspirer d'une loi britannique de l'an 2000 qui permet à chaque parent de saisir la police pour vérifier si un adulte qui entre en contact avec des enfants a des antécédents judiciaires ou non. C'est une bonne idée ? C'est une
bonne idée, pourquoi pas. Maintenant, rappelons-nous aussi que près de 70% des infractions sexuelles commises, à l'endroit d'un mineur, le sont dans le cadre familial. Souvent un parent, un père, un oncle, un grand-père. D'où la commission d'enquête sur l'inceste. D'où la commission sur l'inceste qui rendra ses conclusions le 7 juillet. Et donc, pourquoi pas ? Je pense que les bonnes idées, elles sont sur la table et il faut les regarder tous ensemble et regarder lesquelles sont bonnes, lesquelles
ne sont pas bonnes. Mais lesquelles règlent les situations aujourd'hui ? Si on pousse le dispositif un peu plus loin, est-ce que vous pensez qu'il faut que ce fichier soit consultable par les citoyens eux-mêmes ? Non.
Non. On a des... Les fichiers ne sont pas consultables. Aujourd'hui, on ne peut pas consulter les fichiers. Savoir si on a un pédophile dans notre quartier, autour d'une école. Mais vous ne savez pas non plus si vous avez une personne radicalisée dans votre quartier. Il y a un fichier spécial qui s'appelle le FSPRT et qui n'est pas consultable par les citoyens. En revanche, qu'il soit davantage... Que ces fichiers puissent être davantage consultables par les forces de l'ordre. Et c'est notamment ce qu'on pourrait faire dans un projet de loi qui va venir sur les listes municipales. Que les polices municipales puissent justement consulter davantage de fichiers. Là, on a un vrai sujet de circulation de l'information. Oui. Donc, travaillons sur cette circulation de l'information. Mais pas... N'allons pas jusqu'à la faire circuler vers les citoyens. Je pense que là aussi, c'est dangereux pour notre État de droit et ça ne serait pas protecteur des citoyens. Mais en revanche, élargissons. On voit bien, regardez, tout le scandale du périscolaire. Nous venons de voter une loi autour des attestations d'honorabilité. Elle n'est pas encore... Elle n'a pas fait son chemin législatif. Donc, elle n'est pas d'application immédiate. C'est aussi quelque chose qui est compris dans la loi intégrale. Vous voyez bien que, en fait, c'est tous les sujets qu'il faut prendre en compte et que c'est très complexe. Donc, mettons-nous vite au travail.
Supprimer le juge d'application des peines, comme le propose Gabriel Attal, oui ou non ? Non. Je suis
très opposée, là aussi. Je suis... J'ai vu le travail des juges d'application des peines. Il n'y a pas que Gabriel Attal qui propose sa suppression. Édouard Philippe, à un moment aussi. Oui, oui, tout à fait. Également, j'y suis opposée. Le juge d'application des peines est là pour intervenir, justement, une fois que l'individu a été condamné et qu'il purge sa peine. Et on regarde comment on va faire le cheminement de l'exécution de cette peine. Et nous avons besoin d'un juge spécialisé pour faire le cheminement dans l'exécution de la peine. Et donc, je pense que le juge d'application des peines est très utile. Bruno Rotailleau propose aussi une castration chimique pour effectivement les délinquants sexuels. Obligatoirement. Là aussi, pour moi, c'est une mauvaise réponse. Et il y a, en revanche, quelque chose que nous faisons mal, et on le sait tous, c'est le travail, une fois que la personne est incarcérée, le travail sur le détenu. Nos conditions de détention, aujourd'hui, ne le permettent pas, malgré l'engagement extraordinaire de nos surveillants pénitentiaires, des conseillers de probation et d'insertion. Et donc, il faut leur donner les moyens de travailler correctement. Il nous faut beaucoup plus de psychiatres dans nos centres de détention, davantage de psychologues, une meilleure prise en charge. Là aussi, nous avons travaillé, nous avons construit, mais vous savez, largement, de façon largement insuffisante, et il nous faut avancer aussi, parce que il faut une meilleure prise en charge. Et ça n'est que le jour où nous prendrons correctement en charge nos détenus que nous pourrons éventuellement aborder ce type de réponse.
Une dernière question, Françoise.
Excusez-moi, je suis trop longue. C'est des sujets essentiels. Dans l'affaire Diana, il y a aussi le problème, le problème de la responsabilité des juges et le problème aussi de la relation entre le garde des Sceaux et les procureurs. Et Gérald Darmanin, au fond, a constaté une forme d'impuissance en disant, je peux faire des instructions générales, mais je ne peux pas faire des instructions individuelles, c'est-à-dire, je ne peux pas intervenir sur des affaires personnelles. Est-ce que vous, vous êtes pour un changement de cette réglementation ou de la loi qui avait été voulue par les socialistes à un moment ?
Heureusement qu'un garde des Sceaux ne peut pas donner des instructions individuelles dans un dossier, vous vous rendez compte de ce que ça représente ? Donner des instructions individuelles, c'est dire, en fait, dans l'affaire Bidule, vous classez sans suite, dans l'affaire Machin, vous poursuivez. Et on demanderait ça à un politique, vous imaginez ?
Est-ce qu'il faut du coup, en contrepartie de cette indépendance, plus de responsabilité des magistrats ?
Les magistrats doivent être indépendants. C'est une garantie de l'État de droit. C'est le fondement de l'État de droit. La séparation des pouvoirs. Entre le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et l'autorité judiciaire. Donc, ne revenons pas, gardons-nous de revenir. Là, vraiment, on met l'État de droit par terre. Donc, moi, je suis pour l'indépendance du parquet. Je continue et j'appelle toujours de mes voeux à ce que l'on fasse la réforme constitutionnelle de cette indépendance du parquet qui, accessoirement, est demandée par le Conseil de l'Europe et la Cour européenne des droits de l'homme. Deuxièmement, je suis absolument mais farouchement opposée au retour des instructions individuelles qui voudraient que le pouvoir politique reprenne et la mainmise sur l'autorité judiciaire. Parce que là, on parle d'affaires qui nous révulsent tous. Mais demain, on parlerait d'affaires politiques. Et on dirait, le ministre, dans telle affaire contre son opposant, a donné des instructions individuelles pour que l'on aille très très vite. Et puis, dans cet affaire, il a protégé son ami parce qu'il a voulu qu'on aille très très lentement. Vous vous rendez compte ? Mais on marche sur la tête. Excusez-moi, mais on marche sur la tête. Je ne suis pas garde des Sceaux, mais je ne voudrais pas être en charge des 70 000 dossiers dont il a demandé la revue pour dire dans ce dossier, vous poursuivez, dans ce dossier, vous ne poursuivez pas. Je pense qu'il faut laisser ça à ceux qui savent, à ceux qui sont formés pour, à ceux qui sont indépendants des pressions judiciaires. Et vous avez raison, ils doivent être responsables. Là aussi, on a réformé la procédure disciplinaire. Regardons, moi j'ai écouté attentivement le procureur général auprès de la Cour de cassation. Il dit, quand même, à l'inverse de ce que disent certains politiques, qu'il y a des poursuites nombreuses et qu'il y a un certain nombre de magistrats qui ont été déclarés inaptes à exercer cette profession. Donc, il faut avancer sur ces sujets-là. Il faut que les magistrats soient responsables, bien sûr. Mais, à nouveau, n'allons pas trop vite et ne faisons pas n'importe quoi.
Madame la Présidente de l'Assemblée, au cœur de votre fonction, il y a la gestion du calendrier parlementaire. Il vous reste, en gros, 4 à 5 mois de travail législatif avant l'examen du budget en fin d'année, puis la trêve pendant la campagne présidentielle. S'il y avait une priorité parmi les priorités, ce serait laquelle pour être utile, là, dans le temps qui vous reste ?
À nouveau, nos enfants.
Avant la fin de vie, avant...
Nos enfants, on a 15 juillet l'aide sociale à l'enfance, et j'espère vers le mi-septembre, un texte la proposition de loi intégrale. Ça, c'est deux sujets. Après, j'ai un autre sujet qui concerne nos plus grands enfants. C'est un texte qui est porté par Philippe Baptiste sur l'enseignement supérieur. Nos enfants sont beaucoup d'entre eux sur Parcoursup en ce moment. Il y a un texte qui vient faire le ménage sur Parcoursup. C'est un texte qui est prêt. Examinons-le. Et puis après, nous avons des textes qui terminent leur course avant le 15 juillet et qui sont très importants. La loi de programmation militaire pour pouvoir protéger notre nation.
Ça fait beaucoup de priorités.
Elle est inscrite. Ça, là, on peut le faire. Il faut une session extraordinaire. En septembre, nous en avons une qui est prévue jusqu'au juillet. Jusqu'au 20, 21, 22 juillet. Et donc, elle nous permet de passer la loi de programmation militaire, aide sociale à l'enfance, le dossier sur la fin de vie, le dossier sur l'autonomie de la Corse, qui est très important. On n'en a pas parlé. Un texte très important qui s'appelle Riposte sur les infractions du quotidien, rêve parti, protoxyde d'azote, etc. Ça, c'est avant juillet. Ça se termine vers le 21, 22, 23 juillet. Et une autre session extraordinaire en septembre. Et moi, j'appelle de mes voeux une session extraordinaire en septembre. Emmanuel
Macron, qui en a la prérogative, en pense quoi ?
Pour le moment, on a déjà imaginé qu'on pourrait prendre un texte important pour la police municipale à la fin du mois de septembre. Moi, j'appelle effectivement. Donc, on avance le début de la session pour pouvoir examiner cette loi intégrale. Et puis après, nous avons ces textes. Il y a un texte sur les transports qui est intéressant et qui est porté par
M. Tabarro. On dit qu'Emmanuel Macron est très réservé sur septembre.
Écoutez, c'est sa prérogative constitutionnelle. Je suis très attachée à l'État de droit. Moi, je suis dans ma mission. Je demande à travailler à l'Assemblée. Et je dis qu'on a des textes prêts et qui sont importants. Et les parlementaires, qu'est-ce qu'ils en disent ? Ils sont demandeurs aussi ? Les parlementaires sont toujours demandeurs pour travailler dans l'intérêt des Français. C'est l'essence de notre mandat.
Parlons du budget, Yael Brown-Pivet. Comme l'an passé, faute de majorité, il s'annonce quasi impossible, soyons honnêtes, à faire voter par les voies normales à l'Assemblée. Hier, dans une interview à La Provence, vous appelez Sébastien Lecornu à dégainer à nouveau et rapidement le 49-3.
Pourquoi ? Parce que, vous l'avez dit, c'est dans une année pré-présidentielle. Il est peu probable, comme nous n'avons pas de majorité, que nous trouvions une majorité. Vous avez déjà fait une croix
sur l'impact de nos censures éventuelles
avec les socialistes.
Mais c'est un pacte de non-censure.
Si vous faites un 49-3, le budget n'est adopté que s'il n'y a pas de censure. De toute façon, ça passe par un pacte de non-censure avec les différentes oppositions. C'est quoi le sens de ce 49-3 ? L'idée, c'est de dire qu'il nous faut un budget responsable, raisonnable, rapidement, parce que sur le terrain, encore avant-hier, justement, à côté de Montpellier, j'ai discuté avec des chefs d'entreprise qui nous disent que le pire pour nous, quand on veut investir, c'est de ne pas savoir, où l'on va budgétairement, fiscalement, etc. Donc, je pense d'avoir un budget rapide et donc, si tout le monde est d'accord pour le voter, votons-le.
Mais quel intérêt pour le Rassemblement National ? Quel intérêt pour les socialistes à quelques mois d'une présidentielle de jouer le jeu du gouvernement pour la faire courte ?
Eh bien, en fait, l'intérêt, c'est l'intérêt du pays. Et je crois que lorsqu'on s'engage en politique, lorsqu'on aspire aux plus hautes responsabilités à gouverner la France, eh bien, on pense et on met l'intérêt du pays en premier. Eh bien, l'intérêt du pays dans une année comme la nôtre pré-présidentielle, c'est d'avoir un budget. C'est cela, l'intérêt du pays. Et donc, il ne faut pas avoir des choses crispantes dans ce budget, des épouvantailles, ça, ça serait pire que tout. Mais c'est pour ça qu'un budget raisonnable et responsable, dans l'intérêt de la nation, tout le monde peut comprendre que nous avancerions avec
pour le président élu,
eh bien, la possibilité, avec son gouvernement, de présenter un budget rectificatif
dès qu'il sera élu. Vous en avez parlé, Emmanuel, Macron, et surtout Sébastien Lecornu, dont c'est la prérogative ?
Oui, oui, j'en ai parlé avec le président de la République, notamment, récemment. Il en pense quoi ? Nous cherchons, en tout cas, la bonne façon de faire pour que l'actualité... Parce que les socialistes disent que c'est pas spécial. La bonne façon de faire, ça pourrait pas être les ordonnances pour Emmanuel Macron, est-ce que vous le redoutez ? Les ordonnances, ça veut dire que l'on passe plus de trois mois dans l'hémicycle à débattre d'un budget dont on sait qu'il ne sera pas voté. Donc, on travaillera pour rien dans l'hémicycle de 9h à minuit tous les jours. Eh bien, moi, je trouve, que ce temps-là, lorsqu'on voit les priorités législatives que nous pourrions avoir, lorsque l'on voit qu'on a tous ces textes qui sont prêts, eh bien, au lieu de passer du temps pour parler d'un budget qu'on votera pas et qui terminera en ordonnance, vous savez que quand on... Vous savez que quand on passe par ordonnance, c'est le budget initial. Ça n'est pas le budget tel qu'il est issu des débats. Donc, ça veut dire que nos débats, pendant trois mois, ne serviraient strictement à rien et que nous ne prendrions pas le temps d'examiner ces textes qui pourraient changer la vie de nos compatriotes, les transformer en sport, l'aide sociale, la loi intégrale, etc., etc. Donc, en fait, moi, je suis assez rationnelle
et pragmatique. Donc, le 49-3, c'est aussi une façon de trouver du temps, de dégager du temps pour les autres priorités. Exactement. On a bien compris. On est aussi à moins d'un an, ça ne vous aura pas échappé, de l'élection présidentielle. Il y a Elbrun-Pivet, le journal Le Monde, tiens, Françoise, a compté pas moins d'une trentaine de candidats déclarés ou qui se préparent à l'être. Ce qui a inspiré, écoutez, tiens, à Sébastien Lecornu, ce commentaire tout en ironiste et jeudi en conférence
de presse. Il y a beaucoup de candidats à la présidentielle, j'ai l'impression. Alors qu'on fasse attention à ce qu'il n'y ait pas plus de candidats que d'électeurs, parce que ça marquerait une démocratie vivante, mais qui pourrait quand même nous poser d'autres difficultés. Vous pourriez être aller la 31ème ? Non, ben non.
Non, mais il a raison. En fait, il y a beaucoup trop de candidats. Ce qui est étonnant, quand même, c'est qu'on parle de l'élection présidentielle. Et donc, il faut pouvoir... On aspire à diriger une nation. Mais vous vous étonnez, mais comment vous l'analysez ?
Il y a quand même des raisons.
On voit un éclatement considérable de notre vie politique, quel que soit le bord politique, une société française très fracturée. Et puis, beaucoup de personnes qui se disent, ben en fait, justement, dans ce paysage politique très fracturé qui manque de leaders, eh bien, pourquoi pas moi ? Mais je pense qu'on ne peut pas imaginer l'élection présidentielle en se disant pourquoi pas moi ? Je vois de la lumière.
Est-ce que vous vous excluez ?
Est-ce que vous vous excluez complètement de vous présenter à la présidentielle ?
Moi, je l'ai dit mille fois, j'exclus rien, jamais, parce que figurez-vous... Donc la porte est ouverte. Non, mais figurez-vous qu'une semaine avant de me présenter à la présidence de l'Assemblée nationale, vous l'avez rappelé, j'étais ministre, et je ne savais même... Je n'imaginais pas que je me présenterais à la présidence de l'Assemblée nationale. Et donc, en fait, moi, je suis... Tout est possible. Tout est possible, mais en revanche, ce que je souhaite, et c'est ça mon action, moi, et c'est pour ça qu'aujourd'hui, je ne suis pas candidate. Un, j'ai une Assemblée à faire tourner avec beaucoup de priorités, et c'est ça mon job, que je fais à 100%, et deux, vu l'éclatement de cette vie politique et vu l'éclatement de mon camp, moi, j'essaye d'utiliser toutes mes forces à ne pas l'éclater davantage, mais à essayer de rassembler, de parler à tout le monde, essayer de trouver des points de convergence pour faire en sorte qu'on puisse aller ensemble.
Edouard Philippe, Gabriel Attal, ces deux offres qui sont tout à fait convenables et qui représentent les idées de votre camp, et pourquoi vous n'êtes pas allé au meeting de Gabriel Attal,
qui est quand même le patron de votre parti ? Je pense que l'heure des meetings n'est pas venue, et je n'irai pas à celui d'Edouard Philippe, et je n'irai à aucun meeting en ce moment. Mais il faut bien que la campagne commence quand même. Oui, mais là, elle commence trop tôt. Moi, je pense que le français, ils attendent en tout cas deux mois, président de l'Assemblée nationale, que je fasse ce que j'ai dit que je ferai, et donc, évidemment que moi, j'oeuvre à l'émergence d'une candidature, commune, de ma famille politique. Via une primaire, c'est possible ? Je vois Gabriel Attal, je vois Edouard Philippe, mais j'ai vu récemment François Bayrou, j'ai vu récemment Xavier Bertrand, parce que notre base politique comprend aussi les Républicains, j'ai vu Jean-Louis Borloo, etc. Il faut qu'on arrive à converger, mais qu'on arrive d'abord à converger sur du fond, sur des idées, sur qu'est-ce qu'on va faire pour notre pays, où est-ce qu'on veut emmener notre pays, quelle est la vision commune que nous partageons et que nous proposons aux Français. Aujourd'hui, il y a... Comment on les départage en un mot ? Des visions partagées. Eh bien, entre les primaires et les sondages, moi, je préfère la primaire, mais j'espère que avant cela, nous réussirons à converger par l'intelligence collective. En tout cas, moi, c'est ça que j'essaye de construire aujourd'hui. Ça veut dire que vous
ne croyez pas aux candidats actuels, ce que vous dites quand même ? Pardon ? Ce que vous dites, c'est que vous ne croyez pas tellement aux chances des candidats actuels, au fond, qu'aucun ne va vraiment se distinguer de l'autre.
Eh bien, en fait, moi, ce que j'espère, on sait tous, on va se parler, franchement, on sait tous que deux candidats, ça ne marche pas. Donc, il faut qu'il n'y en ait qu'un. Donc, moi, ce que j'espère et je suis, c'est, est-ce qu'on arrive à travailler à ce rassemblement autour d'une vision partagée ? Et moi, je crois que le rassemblement est d'expérience. C'est ce que je vois à l'Assemblée nationale. Moi, je travaille avec des groupes politiques très variés. Eh bien, pour construire un rassemblement, il ne faut pas parler des personnes, il ne faut pas parler des étiquettes, il faut parler du projet, du fond. Qu'est-ce qu'on veut pour notre pays ?
Yael Brown-Pivet, vous êtes l'invité de Questions politiques et on va tenter de mieux vous connaître aujourd'hui.
France Inter. Questions politiques. Julien Némy.
Et c'est avec vous, Alix Bouyagé.
Madame Rousseau, est-ce que vous pourriez éviter d'hurler quand vous prenez la parole ? Vous nous cassez les oreilles. Ou à défaut, est-ce que vous pourriez baisser le micro ?
Non, ça, c'est pas acceptable. Je vous rappelle à l'ordre immédiatement. Et votre appel à l'ordre... Je ne tolérerai aucune attaque sexiste dans cet hémicycle.
Ça vous fait rire.
On vous entend, effectivement. Vous souriez. Vraiment, recadrez extrêmement vivement ce député. C'était en novembre 2025. Il s'agit de Géraud Verny, qui est un député siotiste du groupe UDR. Après ses propos contre Sandrine Rousseau. Comment vous expliquez qu'en 2026, les femmes peinent encore à se faire entendre, peinent à occuper des places de premier plan ? Est-ce que la misogynie plane toujours encore dans le milieu politique ? Est-ce qu'il y a finalement toujours un plafond de verre ?
Pour les femmes ? Oui, assurément. Moi, je rigolais parce que mes enfants me disent « Maman, c'est comme tu dis à la maison quand on fait des bêtises ou quand on déconne. C'est fini, ça suffit, etc. » Donc, ils m'ont retrouvée telle que je suis. Et oui, c'est insupportable. C'est insupportable, ça suffit, c'est fini. Et on voit bien qu'on a un plafond de verre terrible dans notre société. Tout le monde le dit. Et vous voyez, quand on parle d'approche globale, c'est aussi ça l'approche globale qu'il faut avoir. C'est-à-dire qu'il faut qu'à la table, des décisions, toujours, partout, tous les niveaux, il y ait des hommes et des femmes. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. Dans certaines entreprises, dans certains cercles de pouvoir politique, dans certains cercles associatifs, etc. Et ça aussi, ça suffit, c'est fini.
Lorsque vous êtes élue députée en 2017, vous souhaitez présider la prestigieuse Commission des lois. Vous racontez dans votre livre « À ma place », ce coup de téléphone de Stéphane Séjournet. Alors, à l'époque, l'actuel commissaire européen est conseiller à l'Élysée. Il fait vraiment partie du premier cercle d'Emmanuel Macron. Et que vous dit-il au téléphone ? En substance, es-tu vraiment certaine de vouloir briguer cette fonction très prenante alors que tu as cinq enfants ? Clairement, ça semble être une manière de vous décourager. En gros, n'y va pas. C'est vrai qu'on a du mal à le croire.
Oui, moi aussi, j'ai eu du mal à le croire. Parce que c'était très paradoxal. Parce que notre majorité, le président de la République, Emmanuel Macron, avait voulu qu'il y ait autant de candidats que de candidateux. Dans des circonscriptions éligibles. C'était le premier à faire ça. Il a ouvert comme jamais la porte aux femmes politiques dans notre pays. Moi, je lui dois mon élection en tant que députée. Elisabeth Borne a été aussi deuxième première ministre. Il y a eu Aurore Berger, présidente de groupe à l'Assemblée nationale. Quand on arrive à l'Assemblée nationale, on a quatre présidentes de commission permanente sur les huit. Donc, en fait, la volonté, elle était là. Et puis, tout de suite, c'est un peu la douche froide de dire, en fait, vous êtes là, mais prenez pas trop de place, justement.
Alors, prenez pas trop de place non plus. Toujours vos galons à l'arraché. On l'a dit, vous êtes une ex-avocate pénaliste. Vous êtes aussi imposée en 2022 pour obtenir la présidence de l'Assemblée nationale. Là encore, vous n'êtes pas la candidate d'Emmanuel Macron. Il soutient Richard Ferrand. Finalement, vous remportez... Il soutient Roland Lescure. Richard Ferrand, en 2022, avait été battu. Effectivement. Donc, deux hommes à nouveau. Donc, vous remportez la primaire interne et vous êtes élue première femme présidente de l'Assemblée nationale le 28 juin 2022. Est-ce que, depuis cette date, vous n'êtes pas un petit peu,
le petit caillou dans la chaussure du président ? Je ne crois pas. Franchement, moi, j'ai une très bonne relation avec le président de la République. En tout cas, très franche et très directe. Après, je suis, effectivement, très indépendante. Mais parce que la fonction le veut aussi. Je préside l'Assemblée nationale. On parlait de séparation des pouvoirs. Eh bien, dans un État de droit, l'Assemblée nationale est l'exécutif. Donc, le gouvernement et le président, ce n'est pas la même chose. Et donc, c'est vrai que j'ai une liberté de parole. Je fais respecter l'institution. Je la fais fonctionner. Je la fais fonctionner en écoutant beaucoup les oppositions. Parfois, on me le reproche. Moi, c'est ma vision de la démocratie et du débat public. Et j'essaye de l'apporter. Donc, oui, j'ai des désaccords parfois. Mais je suis toujours, toujours loyale.
Emmanuel Macron, il est quand même beaucoup entouré d'hommes à l'Élysée. Il n'y a pas vraiment de contrepoids féminin autour de lui. Pas vraiment, non. Une dernière question qui est assez sensible, me semble-t-il. Le 10 janvier 2025, vous révélez avoir eu un cancer du sein en 2022. Vous évoquez un coup de tonnerre dans votre vie. Pendant trois ans, vous avez pourtant choisi de ne pas rendre public ce combat que vous meniez tout en président de l'Assemblée nationale dans une période de crise politique inédite. Est-ce qu'en politique, on se sent obligé de taire sa fragilité pour préserver son autorité ?
Je l'ai cru. Je l'ai cru et je l'ai effectivement tué. Et je sais qu'il y a d'autres femmes politiques qui le taisent encore aujourd'hui. Vous le regrettez, ça ? Je le regrette, mais vous savez, c'est le lot de beaucoup de femmes aussi dans le monde professionnel qui, de peur de louper une promotion ou de peur de ne pas être jugées suffisamment à la hauteur, cachent leur maladie. Et c'est pour ça que, aussi, je l'ai dit, pour appeler à la prévention, évidemment, au dépistage, mais pas seulement. Il faut que toutes les familles de France soient touchées aujourd'hui, de près ou de loin, par le cancer ou par des maladies graves. Et donc, nous devons ensemble construire une société plus inclusive, plus tolérante, parce que, quand vous êtes malade, quelle que soit la maladie, c'est un peu une double peine de devoir mener le combat de la maladie et de devoir le taire. Et donc, j'appelle à la libération de la parole, là aussi, et à une société qui prend mieux en compte les individus, quel que soit leur parcours, quelle que soit leur situation. Et vous voyez, ce qui me comble, finalement, en tant que femme politique, c'est que j'ai pu faire de cette maladie, de ce cancer, j'en ai fait une force personnelle, parce qu'on n'en ressort pas indemne, mais j'en ai fait aussi un combat politique. Et ça, c'est très gratifiant, parce que je me dis, tous les jours, mon cancer, il a servi à ça, à ce que je porte cette parole-là. Et je vois quand je me déplace partout en France, à quel point cette parole, elle est nécessaire.
Yael Brunepivé, c'est l'heure de votre carte blanche. Vous êtes venue avec un sujet de votre choix, sur lequel vous souhaitez braquer les projecteurs. On a, allez, une minute, une minute trente, si ça ne vous ennuie pas, on est un peu en retard. Vous avez choisi quoi, aujourd'hui ? J'ai choisi
la société de l'engagement. Moi, avant de faire de la politique, j'étais engagée au Resto du Coeur, dans l'associatif. Et en fait, rêve d'une société, vous savez, un peu à la Kennedy, où on ne se demande pas ce que le pays va faire pour soi, mais ce qu'on peut faire pour son pays. Et donc, aujourd'hui, dans une société qui doute, eh bien, j'appelle chacun d'entre nous, j'appelle chaque citoyen à se dire, qu'est-ce qu'il peut faire pour la France ? Comment il peut s'engager auprès de sa ville, auprès d'une association, d'une personne âgée, de son voisin, faire du soutien scolaire pour des enfants qui ont du mal ? Bref, se dire que chacun doit prendre sa part. Et aussi, les entreprises. On parle de l'égalité entre les hommes et les femmes. Bonsoir, on est dans un pays où on n'a pas encore une égalité salariale parfaite. Que font les chefs d'entreprises ? Il faut que chacun se dise je peux jouer un rôle, je ne suis pas un consommateur d'une société ni un râleur, je peux agir à mon niveau. Et si tout le monde se disait ça, eh bien, je peux vous dire que la France aurait un autre visage.
En une seconde, vous parliez des associations. Les subventions allouées par le gouvernement, nos associations, ont baissé de près de 40% en trois ans. Vous le déplorez ?
Évidemment, on a dans notre pays, près de 20 millions de bénévoles, nos associations. C'est ce qui font que notre pays tient. Et avec la société de l'engagement dont je rêve, évidemment, il faut les soutenir.
Ça pourrait être un slogan présidentiel, la société de l'engagement, non ? Écoute...
Vraiment... Vous êtes incorrigible. J'essaye.
En parlant de 2027, Françoise, c'est à vous. Comme chaque semaine, vous vous penchez sur une question qui sera au cœur du débat présidentiel
de l'an prochain. La crise démocratique, bien sûr, dont on a vu tous les aspects lors de cette émission, et qui, évidemment, influe sur la préparation de la prochaine élection présidentielle. Alors, Yael Bonne-Privé, vous écrivez dans votre livre « À ma place », paru en avril 2025, « Notre démocratie brûle et nous regardons ailleurs. Qu'est-ce qui brûle aujourd'hui ? »
On voit bien, on a une crise de confiance dans notre pays total. Les Français, vous l'avez évoqué tout à l'heure, n'ont pas confiance dans leur politique d'une façon générale, ni dans leurs institutions. Et donc, il est urgent de réagir, de leur donner davantage confiance. Alors, il n'y a pas de solution miracle. Il ne suffirait pas de faire une loi. Mais il y a des changements que je pense
qu'on pourrait initier. Parmi les changements, c'était le scrutin proportionnel. Vous êtes l'une des défenseurs de, je ne sais pas, comme on dit, de cette mesure qui oblige, au fond, aux compromis. Parce que les forces politiques s'affirment au premier tour et puis au deuxième tour, sont obligées de composer. François Bayrou a essayé d'avancer. Il a échoué. Vous regrettez ? Vous pensez que c'est une occasion perdue ? En tout cas, il faut
continuer à avancer. Vous savez, parfois, il y a des réformes qui prennent très longtemps à se réaliser. Mais je pense que, non seulement, la proportionnelle invite aux compromis et force aux compromis, mais aussi, elle permet aux citoyens de voter pour leur couleur politique. Puisque quand il y a des scrutins proportionnels, chacun peut partir sous ses couleurs. On l'a vu aux élections européennes, on le voit aux élections régionales où il y a des scrutins proportionnels. C'est-à-dire qu'il n'y a pas de NUPES ou de NFP, par exemple, parce que chacun peut voter écolo, à gauche, communiste, etc. Pareil, de l'autre côté, du côté du bloc central ou de la droite. Ça permet à chaque formation politique, vraiment, de présenter son programme, sa vision. Et après, une fois que les électeurs ont choisi, les formations politiques travaillent ensemble, apporter un projet commun.
La Vème République, c'est beaucoup la fonction présidentielle. Estimez-vous que cette fonction a été durablement affaiblie par la dissolution manquée de 2024 ?
En fait, je pense que la fonction présidentielle est affaiblie par la concentration et l'exercice des pouvoirs, finalement, directs de l'exécutif par le président de la République. Et là, à nouveau, je ne parle pas d'Emmanuel Macron spécifiquement. On a, depuis, plusieurs quinquennats, des présidents de la République qui ont voulu tout gérer. On se rappelle de la phrase de Sarkozy par rapport à Fillon quand il avait dit « mon collaborateur ». Et donc, je trouve que ça, ça n'est pas une bonne chose. C'est quand même pas très flatteur pour le Premier ministre. Moi, j'aimerais que le Premier ministre soit vraiment le chef du gouvernement, animateur réel d'une majorité à l'Assemblée nationale et d'une majorité de coalition, avec un président de la République qui reste sur les grands enjeux, le régalien, les enjeux internationaux. On n'en a pas parlé aujourd'hui, mais les enjeux internationaux, on voit que c'est suffisant aujourd'hui à occuper 24 heures sur 24 un homme politique. Et donc, je suis plus sur une vision plutôt très gaullienne, en fait, de la Ve République telle que le général de Gaulle l'avait voulu. Faut-il davantage
faire recours au référendum ou s'en méfier, comme au fond tous les présidents de la République depuis de Gaulle
s'en méfient ? Alors, trois fois oui. Il faut utiliser le référendum. Là aussi, je plaise pour cela dans mon livre. J'ai essayé de convaincre le président de la République, je l'ai dit depuis des années. Il faut faire confiance au peuple. On parle de crise de confiance. Mais, on demande au peuple de faire confiance aux politiques. Mais finalement, moi, je rêve d'un pays où les politiques feraient confiance au peuple. Et donc, le référendum, c'est l'acte de confiance par excellence demandé au peuple de trancher. Après, la condition de cet acte, c'est de faire confiance au peuple dans ce qu'il donne. Puisque les Français sont durablement traumatisés par des référendums où ils n'auraient pas été écoutés.
Compte tenu de la crise actuelle, qui sera, à votre avis, le personnage clé après 2027 ? Le président de la République, le Premier ministre, le président des assemblées ou le président du Conseil constitutionnel ?
Moi, je plaide, comme vous l'avez entendu, pour que ce soit le Premier ministre. Et je plaide aussi pour que les assemblées soient renforcées dans leur pouvoir, puisque nous sommes les représentants du peuple, et donc davantage de responsabilités et de pouvoir à l'Assemblée nationale, notamment. Et donc, j'aimerais tant que ce soit le binôme, président de l'Assemblée, Premier ministre, qu'il soit les personnes qui aient le plus de pouvoir.
Merci à vous, Françoise. Il reste, allez, deux petites minutes dans cette émission. Et comme d'habitude, on finit avec un petit jeu, un vrai-faux. Vous êtes prête ? Prête. L'histoire finira par donner raison à Emmanuel Macron, tiens, sur sa dissolution de 2024. Vrai ou faux ? Faux. Gabrielle Attal est l'héritier naturel d'Emmanuel Macron.
Faux. Il n'y a pas d'héritier naturel. Il y a, et c'est, je pense, le choix du président de la République, sans parler pour lui. J'espère qu'on a créé une vraie force démocrate progressiste dans notre pays. Et donc, nous sommes pleins d'héritiers naturels.
Sébastien Lecornu ferait un bon candidat à la
présidentielle. Sébastien, comme tant d'autres,
oui. Jean Castex aussi ?
Voilà. Comme Jean, comme Jean-Louis Borloo, comme tant d'autres.
Comme Yael Brunepivé. Avec Patrick Bruel, il faut séparer l'homme de l'artiste.
C'est une question philosophique. Nos enfants, ils vont avoir le bac philo, je crois, demain. On pourrait leur poser cette question.
Vous en pensez quoi, rapidement ?
C'est tellement compliqué. Moi, j'ai du mal à séparer l'homme de l'artiste. Je pense que... Vous auriez pas un conseil ? On a besoin d'être un, et un seul, et d'être très cohérent entre ce qu'on fait, ce qu'on crée, ce qu'on dit, ce qu'on est. Et donc, moi, je peux pas séparer l'homme de l'artiste.
Jean-Luc Mélenchon a réussi son entrée en campagne, vrai ou faux ?
Pour porter des idées qui divisent les Français, oui, mais je crois que ça n'est pas ce dont le pays a besoin. Marine Le Pen serait
dure à battre que Jordan Bardella, l'an prochain ?
J'en sais rien. La politique fiction, c'est compliqué.
Vous avez le droit à un joker, on va le mettre là. Observez une minute de silence pour Quentin Deran, qu'à l'Assemblée, c'était une erreur.
C'était une erreur collective, puisque... Vrai, c'était une erreur collective.
Et tiens, vous avez mentionné le bac. Puisque c'était le bac de Matt, vendredi, 9 fois 6 égale 53.
C'est faux !
Vous savez combien, 9 fois 6 ?
9 fois 6, 54, voyons !
Et puisque c'était aussi le bac de Français, cette semaine, le besoin d'appartenir à un groupe empêche d'être libre. C'était dans une épreuve.
Ah, c'est intéressant, ça. Ouais, vrai.
Merci beaucoup. Yael Brunke, on va finir là-dessus d'avoir répondu à nos questions politiques aujourd'hui. Merci aussi à vous. Alix Bouillaguet, Françoise Fressoz, ainsi qu'à Fabienne Lemoyle et Capucine Aubert. Merci enfin à vous, auditeurs, téléspectateurs, pour votre fidélité. Bon dimanche à tous et vive la politique.
Yaël Braun-Pivet