Résultats des élections municipales, gauche: l'interview de François Ruffin, député (Debout!)
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir François Ruffin, soyez le bienvenu sur ce plateau. Quand on regarde le panorama des villes gagnées et des villes perdues par la gauche, la gauche conserve Paris, Marseille, Lyon, Nantes, je ne vais pas toutes les citer, j'essaie d'en garder quelques-unes, mais dans plusieurs villes où des alliances avaient été faites avec les insoumis, la gauche a perdu Clermont, Brest, Tulle, Avignon, Limoges, Besançon, Poitiers. D'abord, quelle leçon vous tirez de ça ?
D'abord, je vais vous dire que je suis content pour ce qui se passe chez moi. Amiens a basculé à gauche, à l'autre bout de la circonscription, c'est Angelo Tonoli qui fait aussi basculer la ville à gauche à Abbeville. On voit que Paris, Lyon, Marseille restent à gauche, c'est un soulagement, que ma sœur gagne à Grenoble et tant mieux. Maintenant, vous savez, les élections municipales, ce sont des élections en trompe-l'œil, parce qu'on regarde les grandes métropoles. Et en vérité... En réalité, quand on fait ça, on regarde là où la gauche est la plus forte, parce qu'il y a les quartiers, parce qu'il y a les diplômés, et on oublie le pays en entier, des gros, gros, gros bouts du pays. Et la réalité, c'est qu'aujourd'hui, on a le Rassemblement national et ses alliés qui, maintenant, ont gagné dans 63 villes de plus de 10 000 habitants. On a Perpignan, Carcassonne, Casse, Carpentras, Orange, Vierzon, La Flèche, Moissac, Oudin, Orange, Jampas.
Sébastien Chenu refera sans doute la même liste dans quelques minutes.
Et hier soir, on avait un discours. C'est un discours présidentiel de Jordan Bardella qui voit un tapis rouge entre l'élection municipale et l'élection présidentielle.
Mais vous savez, pardon François Ruffin, que la question des alliances, elle va se poser à un moment ou à un autre dans l'élection présidentielle qui arrive et face à Jordan Bardella ou face à Marine Le Pen. Et il n'a pas été le seul à faire ce même discours. Les alliances avec la France insoumise. Il y a eu lui et Édouard Philippe avec l'arté hier. Absolument. Les alliances...
C'est-à-dire, je considère comme étant l'extrême droite et l'extrême Macronie, l'extrême argent. Et donc, que va faire la gauche ?
La question, je vous la pose. Il y a deux lignes, si je résume. Il y a celle d'Olivier Faure qui dit désormais, je précise désormais, Jean-Luc Mélenchon est un boulet pour la gauche. Et il y a Jean-Luc Mélenchon qui lui répond, c'est le PS qui nous a entraîné dans sa chute. Question très simple, faut-il ou non à nouveau des alliances avec la France insoumise ?
Je pense qu'il y a deux boulets. Ah bon, envoyez tout le monde. Olivier Faure, Jean-Luc Mélenchon. Il y a deux boulets. Il y en a un qui l'a été par le passé en la personne de François Hollande. Et ça s'est payé en 2017. Encore en 2017. En 2022. Et il y a l'autre. Oui. L'autre, c'est qui ? Il y a Jean-Luc Mélenchon, je l'ai déjà dit. Bon, ben voilà. Et donc, là. Mais qui peut être aussi, vous savez, c'est là où la situation est compliquée. Parce qu'il peut être aussi un booster à des endroits. On le voit en banlieue parisienne. On le voit en banlieue lyonnaise. Et que son nom peut être même synonyme de respect.
Mais pardon, mais ça c'est une réponse de Normand.
Non, c'est pas une réponse de Normand.
Il dit c'est un boulet, mais il peut aussi nous faire y aller.
C'est pas une réponse de Normand, monsieur Faurel. Moi, je vais vous dire ce que je veux qu'on fasse. Qu'on donne la voix au peuple de gauche. Le peuple de gauche, qu'est-ce qu'il veut ? Les trois quarts des électeurs de gauche, ils veulent une chose. C'est une candidature commune, tranchée par le biais d'une primaire. C'est le cas pour les trois quarts des électeurs insoumis, comme pour les trois quarts des électeurs socialistes. Et aujourd'hui, on a deux gauches qui ne veulent pas se réconcilier. On a deux gauches qui décident de vivre fâchés. Pourquoi ? Parce qu'ils voient leur petite part de marché. Et ils se disent que c'est comme ça qu'ils vont pouvoir, les garder.
Mais faut-il à tout prix les réconcilier, ces deux gauches ?
En tout cas, pour gagner, je ne parle pas des chefs de parti, qui de toute façon ne le veulent pas. Mais ce que veulent les gens de gauche, c'est qu'il y ait une candidature commune, parce que c'est leur seul champ de gagnant.
Mais ils ne voulaient pas de ces alliances, les électeurs de gauche. On ne parle même plus d'alliances.
On demande aux gens de gauche d'avoir un bulletin de vote et de choisir qui portera leur voix à l'élection présidentielle.
Mais ça, pardon François Ruffin, mais ça c'est la théorie. Attendez, je vous interromps juste un instant. On a un cas concret, qui est celui de Toulouse. Le parti socialiste s'est rallié derrière le candidat insoumis qui a perdu hier soir François Piquemal. Entre les deux tours, le candidat insoumis rejoint par le PS, il perd 3000 voix. Ça veut dire que des électeurs de centre-gauche ou socialistes ne sont pas allés voter pour lui, quand Jean-Luc Moudin, le maire sortant qui a été réélu, en a gagné 30 000. Ce n'est pas qu'une question de personnes. C'est aussi une question de que feront les électeurs de Jean-Luc Mélenchon s'il va à la primaire et que c'est vous qui l'a gagné. Ou si c'est Olivier Faure qui l'a gagné.
Je suis convaincu qu'il y a des figures qui sont plus rassembleuses que d'autres. Mais vous savez ce que vous décrivez ? C'est déjà ce que j'ai vécu lors des élections législatives de 2022 dans ma circonscription de la Somme et où j'avais à l'époque lancé l'alerte en disant « Attention, il y a une diabolisation qui se renverse. La diabolisation est en train de passer du Rassemblement national à la France insoumise. Il y a un piège qui nous est tendu. Ne sont-on pas à pieds joints dedans ? » Donc je l'ai vécu. Je sais ce que ça signifie. Je vois les efforts faits par des candidats remarquables. François Picmal, professeur de lettres, engagé. Il est engagé pour le droit au logement dont on sait qu'il n'est pas un vociférateur. De la même manière pour Damien Maudet à Limoges. Et pourtant, à chaque fois, il paye le prix du parti, en vérité. Il paye le prix de l'étiquette.
Il paye le prix de Jean-Luc Mélenchon.
Il paye le prix de l'étiquette.
Juste parenthèse, François Ruchon, hier soir, chez nos confrères, vous avez eu ces mots à l'endroit de Clémence Guetté qui a été beaucoup soulevée. Vous l'avez traité de petite lieutenant. Elle vous a répondu en disant qu'elle n'était la lieutenant de personne. Mais c'est ça, aujourd'hui, Jean-Luc Mélenchon ?
Ce n'est pas nouveau. On voit bien ce qui se passe à la France insoumise. Ce sont les lieutenants qui sont passés par Sciences Po, qui ont fait collaborateurs parlementaires, qui ont servi de porteur d'eau à Jean-Luc Mélenchon, qui sont parachutés aujourd'hui dans les meilleures circonscriptions. Mais vous savez ce que je raconte là, au fond ? C'est ce que le Parti Socialiste a pratiqué dans ces belles années en réservant les meilleurs morceaux pour ses collaborateurs. Pour ses collaborateurs parlementaires. Voilà comment ça marche.
Je vous écoute depuis tout à l'heure attentivement, François Ruffin. Vous dites que Jean-Luc Mélenchon boulait, même s'il n'est pas tout seul, mais il est capable aussi d'aller chercher des électorats à qui la gauche ne parle plus forcément. On sait que vous avez été proche de lui, que vous êtes fâché aujourd'hui, que vous êtes éloigné, que vous n'êtes plus un insoumis. On a l'impression qu'il y a quelque chose que vous n'osez pas franchir avec lui.
Je l'ai déjà franchi 50 fois, M. Fauvel. La question n'est pas là. La question, c'est que veulent les électorats ? Les électeurs de gauche. Les électeurs de gauche, ils veulent une candidature commune. Qu'ils soient des électeurs insoumis ou qu'ils soient des électeurs socialistes dans tous les cas. Et vous savez, les chefs de parti, les petits marquis de la politique, les apparatchiks, ils ne veulent surtout pas qu'il y ait une candidature commune. Ils ne veulent surtout pas qu'on laisse les gens de gauche voter parce qu'ils savent qu'à ce moment-là, il y aurait la possibilité d'un rassemblement dont ils ne veulent pas. Et on voit le jeu entre Raphaël Gluckman et François Hollande d'un côté et Jean-Luc Mélenchon de l'autre pour organiser la PACA sur le pont du Titanic. On est sur le pont du Titanic et on a les chefs de la gauche qui sont en train de se bagarrer pour avoir le gouvernail pendant qu'on est en train de foncer droit sur l'Iblisberg, un d'Iblisberg sur lequel il y a marqué « Rassemblement national ».
Est-ce qu'il ne vaut pas mieux pas de primaire qu'une primaire où un candidat ne soutiendra pas celui qui gagne à la fin ? Pardon, je vous pose la question différemment. Il y a trois semaines, le parti socialiste a dit les propos de Jean-Luc Mélenchon sur Epstein-Einstein, sur Gluckman, sont intolérables, sont relents, complotistes. Donc il s'émite. Est-ce qu'on peut aller débattre à la même table que Jean-Luc Mélenchon, dont on accuse de propos intolérables et antisémites ? Et s'il gagne, le soutenir derrière.
On efface tout, la politique, c'est ça. Je vous dis, vous savez, je me souviens dans l'histoire du 12 février 1934, que s'est-il passé le 6 février 1934 ?
La manifestation à Paris des lits fascistes.
On a les fascistes qui sont en bord de prendre l'Assemblée. Et six jours plus tard, on a la première réaction de la CGT. C'est-à-dire des socialistes, des communistes qui se détestent à l'époque, mais qui se détestent comme jamais. Et pourtant, des deux cortèges par un cri, unité, unité, unité, et c'est par le bas, c'est par la base que se construit le Front Populaire.
Donc votre ciment, ce sera le RN ?
Le ciment, vous savez, aujourd'hui, ce qui fait le ciment de la gauche, c'est que si je dis qu'il faut encadrer le prix des loyers parce qu'on a un souci, le souci majeur pour les Français en termes de pouvoir d'achat, c'est le logement qui pèse pour un tiers du budget des ménages. Ça a été multiplié par quatre, et en vérité, c'est au-dessus de 50-60% pour les familles populaires. Eh bien, ce sujet-là, il est commun à toute la gauche. Si on vient dire que c'est pas juste... Si on vient dire que c'est pas juste que dans notre pays, les plus riches sont ceux qui payent le moins d'impôts, qui parviennent à y échapper, tout comme les plus multinationales, tandis que les plus modestes sont ceux qui, en proportion, payent le plus d'impôts, qu'un milliardaire paye moins d'impôts que sa secrétaire, ça fait du ciment de la gauche. Le ciment de la gauche, il est énorme. Par contre, on a des chefs de parti. qui, aujourd'hui, ont décidé qu'il fallait se fâcher, qu'il fallait tempêter, et qu'il fallait se diviser, au fond, plus sur le ton que sur le fond. Moi, je viens dire, oui, je prétends qu'il y a des hommes et des femmes, au milieu de tout ça, de bonne volonté, et qui parviennent à réconcilier les choses. Vous savez, et c'est pas seulement la gauche qu'il faut rassembler. Dans l'état de fracture où on est, c'est la France qu'il s'agit de rassembler
derrière. Il nous reste une poignée de secondes. C'est Sébastien Chenu, je le disais tout à l'heure, le numéro 2 du Rassemblement national, qui va vous succéder sur ce plateau. Est-ce que vous souhaitez lui dire quelque chose ? Non, moi, je souhaite
dire quelque chose. On a le décès de Lionel Jospin, qui est une grande figure. J'adresse mes condoléances, bien sûr, à sa famille et à ses proches. C'est ma jeunesse, c'est la vôtre aussi. 1995, à l'élection présidentielle, 1997, avec la gauche plurielle, et une gauche plurielle qui fait la CMU, la couverture maladie universelle, qui fait les emplois jeunes, qui fait les 35 heures, et qui montre, avec Lionel Jospin, de la probité jusque dans son retrait. Et enfin, un homme, Premier ministre, qui arrive à réunir autour de la table, socialiste, communiste, écologiste, un homme qui, dans le Conseil des ministres, a Marie-Georges Buffet, Martine Aubry, Jean-Mierce Chouinardement, Dominique Voinet. Et ces gens-là ne se battent pas.
Et qui n'hésitaient pas, ces dernières années, à critiquer très fortement Jean-Luc Mélenchon. Vous y ramenez
tout. Mais en tout cas, la nécessité aujourd'hui d'avoir, une capacité de dialogue au sein de la gauche, plutôt que de se bagarrer comme des chiffonniers.
François Ruffin