Ian Brossat : " La canicule est politique " - Vidéo
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Yann Brossat, vous êtes sénateur de Paris, porte-parole du Parti communiste. Merci beaucoup d'être avec nous. Vigilance rouge politique pour vous, pour la gauche qui part pour le moment encore très divisée à la présidentielle. Vigilance rouge sur la question du logement également. Vous voulez lutter notamment contre le non-respect de l'encadrement des loyers. On va en parler dans quelques instants, mais on commence par la vigilance rouge météo. 49 départements concernés aujourd'hui.
La canicule qui, on va le voir, fait la une de beaucoup de nos journaux régionaux ce matin. Le Républicain, l'Orin, canicule. La France à l'arrêt, l'Ardennais. Une semaine inédite commence à l'école ou encore la Marseillaise à 40 degrés. L'adaptation, c'est urgent. Paris est placé en vigilance rouge. Yann Brossat, on l'a vu dans le journal hier soir, avait lieu la fête de la musique à Paris, mais comme dans de nombreux villes de France, mais il y avait beaucoup, beaucoup de monde à Paris.
Est-ce que vous savez, ce matin, est-ce que vous pouvez nous dire si tout s'est bien passé dans la capitale ? Je ne serais pas capable de dire que tout s'est bien passé. En tout cas, je n'ai pas de retour inquiétant sur la soirée. Et la nuit d'hier, il faut dire que beaucoup, beaucoup d'agents, d'agents de l'État, mais aussi d'agents du service public municipal étaient mobilisés. Je voudrais avoir une pensée particulière pour les agents de la propreté de Paris,
qui sont d'ailleurs à pied d'œuvre en ce moment, pour les agents de la police municipale aussi, puisque vous savez que nous avons la plus grande police municipale de France. Ce sont des agents qui étaient, qui sont encore à pied d'œuvre, et c'est grâce à eux que les choses ont pu se passer au mieux la nuit dernière. Vous savez, on nous reproche parfois à Paris d'avoir un service public, un service public très garni. Nous avons 53 000 agents, mais c'est précisément ce qui fait
que dans des moments difficiles, dans des moments de crise comme ceux qu'on traverse, on est capable de tenir bon. Et donc, heureusement qu'ils sont là, et merci à eux. Et Paris qui est maintenu en vigilance rouge. Alors, on a vu, la mairie qui a pris des mesures, l'ouverture du canal Saint-Martin, l'ouverture des parcs, également toute la nuit. Est-ce que, étant donné que l'épisode est appelé à s'amplifier, notamment dans la capitale, il y a d'autres mesures qui pourraient être prises par la mairie ?
Oui, bien sûr, notamment l'installation de climatiseurs dans les écoles, que le maire Emmanuel Grégoire l'a annoncé. 1200 climatiseurs ont été programmés. On a un peu plus de 600 écoles à Paris, donc on a bien conscience que ça n'est pas suffisant. Elles sont toutes ouvertes aujourd'hui, ou il y a des écoles fermées ? Non, les écoles sont aujourd'hui ouvertes. C'était d'ailleurs un souhait du maire. Par ailleurs, les écoles sont dans des situations différentes.
Il y a des écoles qui, ces dernières années, ont fait l'objet d'une rénovation thermique. Donc, dans celle-là, il n'y a pas de difficultés. Et d'autres, effectivement, dans lesquelles la situation est plus difficile, d'où la nécessité de se doter de climatiseurs. Alors, la réalité, quand même, c'est que la ville de Paris, elle a beaucoup fait ces dernières années pour s'adapter aux changements climatiques. Et je pense qu'il faut aujourd'hui se le dire.
Que serait Paris si Anne Hidalgo et son équipe n'avaient pas autant transformé l'espace public ? Si on n'avait pas réduit la place de la voiture ? Si on n'avait pas développé les pistes cyclables ? Si on n'avait pas mis en place les cours oasis dans les écoles, c'est-à-dire des cours débitumés ? Si on n'avait pas végétalisé, y compris en créant des forêts urbaines ? Si on n'avait pas fait tout ça, et on se souvient qu'à l'époque, beaucoup de gens nous reprochaient d'investir énormément pour le climat.
Certains, y compris au gouvernement, proposaient de nous mettre sous tutelle, tellement ces investissements étaient conséquents. Moi, je suis très fier que Paris ait pris ces sujets à bras-le-corps. Heureusement qu'on a rendu le canal Saint-Martin baignable. J'y étais encore hier. Il y avait un monde fou, un monde fou qui se baignait. Et c'est précisément ce qui permettait que, malgré les températures absolument délirantes, on puisse survivre à ces températures.
Donc, heureusement qu'on a fait ça. Et dans les années qui viennent, il va falloir continuer, continuer, continuer. Sinon, cette ville deviendra invivable, comme beaucoup de grandes métropoles très denses. Au niveau national, on a entendu Emmanuel Macron, hier soir, depuis l'Elysée, annoncer notamment une nouvelle cellule de crise interministérielle ce soir. Est-ce que vous avez l'impression que l'État, que le gouvernement a bien anticipé cette forte vague de chaleur ?
Mais pas du tout. Et en l'occurrence, nous payons le prix, à l'échelle mondiale, mais à l'échelle de la France, de l'inaction climatique. D'ailleurs, la France avait été par le passé condamnée pour son inaction climatique. Mais regardez même sur cette année, quand on regarde l'année 2026, les crédits dédiés à la rénovation thermique des bâtiments vont baisser de quasiment 500 millions d'euros. 300 millions d'euros en moins pour ma prime Rénov', 160 millions d'euros en moins pour le fonds vert
qui sert pour l'essentiel à la rénovation énergétique des bâtiments. Quand vous voyez que l'Agence nationale d'amélioration de l'habitat, qui est chargée de la rénovation énergétique, des logements, elle a de quoi aujourd'hui financer la rénovation de 120 000 logements. Quand on aura sans doute 300 000 personnes qui vont candidater pour la rénovation de leurs logements. C'est-à-dire qu'on n'est pas du tout à la hauteur des besoins. Et donc, bien sûr qu'il y a une responsabilité du gouvernement.
Cette canicule, elle est politique, d'une certaine manière. Elle est le résultat d'une inaction sur le front du climat. C'est le cas dans beaucoup de pays, mais c'est le cas singulièrement en France. Il y a une responsabilité. Il y a une responsabilité du gouvernement à ne pas avoir fait ces dernières années le nécessaire pour qu'on puisse supporter ces épisodes. Et en l'occurrence, personne ne pouvait dire qu'il n'était pas prévenu. Puisqu'on sait que le changement climatique est là.
Que fait le gouvernement ? Pas grand-chose. Et je vous l'ai dit, c'est même pire que ça, puisqu'il réduit les crédits à la rénovation énergétique des bâtiments. Il y a un débat qui devient un débat politique. On l'a vu ces dernières heures, l'affrontement entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen sur la question de la climatisation. Est-ce que pour vous, il faut climatiser aujourd'hui les bâtiments, les logements des particuliers ? Il y a des besoins en matière de climatisation.
D'abord dans le service public. Je pense en particulier, bien sûr, à l'hôpital. Je pense aux écoles, je vous en parlais tout à l'heure. Mais la solution sérieuse pour les années, les dizaines d'années qui viennent, c'est la rénovation énergétique des bâtiments. Mais la climatisation, c'est une solution ? La climatisation, peut-être, oui, bien sûr. Un pis-aller qui permet de passer une période compliquée. Elle n'est pas la solution ultime, pour la simple et bonne raison que quand on a recours
à la climatisation, on réchauffe l'extérieur. Donc au final, ça n'apporte pas une solution sérieuse et de long terme. Que ça permette de dépanner, c'est évident. Que ça permette de résoudre le problème, assurément pas. Et donc, je le redis, la solution qu'on doit mettre en place en grand, c'est la rénovation énergétique des bâtiments. Et sur ce front-là, le moins qu'on puisse dire, c'est que le gouvernement n'est pas premier de la classe. Un dernier mot là-dessus, Marine Tondelier,
la chef des écologistes, propose l'instauration d'un congé climatique. Est-ce que vous soutenez cette idée ? En tout cas, je pense que la question mérite d'être réfléchie. Parce que, pour un certain nombre de gens, travailler dans ces conditions-là, c'est devenu absolument impossible. Quand vous voyez les salariés du BTP qui, parfois, sur un certain nombre de chantiers, continuent à être sollicités par leur patron, par des températures pareilles, c'est de la folie. Et donc,
évidemment qu'on va devoir s'adapter et que, y compris les conditions de travail, devront s'adapter à ces situations nouvelles qui seront malheureusement amenées à se répéter. Et vous aussi, vous proposerez un congé climatique ? En tout cas, je pense que ce type de solution mérite d'être réfléchie, oui. On a parlé de la question du périscolaire. Vous êtes élu de la majorité de gauche à la mairie de Paris. Vous l'étiez déjà, sous Anne Hidalgo, des élus de la France
insoumise, mais aussi de la droite et du centre. On t'a envoyé un signalement à la procureure de la République de Paris. Est-ce qu'il y a une responsabilité de la ville d'Anne Hidalgo, d'Emmanuel Grégoire, dans ce scandale du périscolaire ? Ça, ce sera à la justice de le déterminer. Mais nous, nous sommes aujourd'hui en responsabilité. Pour la simple et bonne raison que nous avons été réélus aux dernières élections municipales. Notre travail, c'est de mettre en place des mesures
qui évitent que ce type de situation ne se reproduise. D'ailleurs, on connaît ce type de situation à Paris. On en connaît aussi dans d'autres départements, dans d'autres villes. Et d'ailleurs, on en a parlé ces derniers temps. On a besoin de garantir aux parents que jamais ce type de situation ne peut se reproduire. Et nous avons, par exemple, mis en place une mesure, je veux le dire aux parents qui nous écoutent, qui est très simple et très claire.
Dès lors qu'un personnel du périscolaire a fait l'objet d'un signalement, il ne travaillera plus jamais en contact avec les élèves, y compris s'il a été ensuite blanchi par la justice. C'est à vie. Et donc ça, par exemple, même si la justice l'a blanchi, c'est une mesure de précaution, dans un contexte qui est évidemment inflammable. Mais c'est en attendant que la justice ne blanchisse ? Ou une fois que la justice est blanchie, il ne revient pas quand même ? Définitivement. C'est-à-dire
qu'une personne qui a fait l'objet d'un signalement ne travaillera plus jamais, tant qu'en tout cas, nous serons en responsabilité, en contact. avec les élèves. J'ai bien conscience que c'est une décision qui va au-delà de la justice, puisque y compris si l'affaire a été classée, il ne travaillera plus en contact avec les élèves. Mais ça nous paraît indispensable au regard de la crise que nous avons traversée, et comme une nécessité aussi pour rassurer les parents dans ce
contexte très difficile. Mais pourquoi ça n'a pas été fait avant, Yann Brossat ? La droite dit que dès 2015, il y a eu des signalements que la majorité, que la mairie, étaient au courant. Est-ce que vous, vous avez eu ventre ces signalements ? Et pourquoi des mesures n'ont pas été prises ? Mais d'abord, il faut dire les choses. La justice aujourd'hui, ou même l'État, ne prévoit pas la mesure que je vous ai annoncée. C'est-à-dire que nous allons au-delà
de ce que... Pourquoi vous n'y êtes pas allé avant ? Il y a des mesures qui ont été mises en place, d'ailleurs. Si on communique aujourd'hui sur le nombre d'agents qui ont été suspendus, c'est précisément parce qu'ils ont été suspendus. C'est-à-dire que la ville de Paris a pris ses responsabilités. On a, sur cette année, 132 agents qui ont été suspendus, un peu moins de la moitié pour des affaires d'agression sexuelle, les suspensions, elles sont effectivement
aujourd'hui systématiques. On a souffert de l'absence d'un fichier parisien sur l'ensemble des cas. C'est-à-dire que les choses étaient parfois bloquées à l'échelle de ce qu'on appelle la caste, c'est-à-dire un regroupement d'arrondissements, ce qui a conduit au fait qu'un certain nombre d'agents ont été déplacés. D'ailleurs, quand les agents ont été déplacés, le premier signalement n'avait rien à voir avec des agressions sexuelles. Mais est-ce que vous
saviez, Yann Brossard ? Vous étiez dans la majorité avec une dalle. Moi, est-ce que vous saviez ? Ce que je savais, c'est que, et d'ailleurs je l'ai dit au Conseil de Paris à de nombreuses reprises, qu'il y avait trop de précarité dans ce secteur. C'est-à-dire qu'on s'est basé sur un système fondé sur le recours à des vacataires. Et nous estimions, avec mon groupe, que ça n'était pas sain. Et que quand on a une si grande masse d'agents précaires, ça ne peut pas avoir
des conséquences positives sur la qualité du service public qu'on délivre. Pour vous dire que j'étais au courant d'affaires d'agressions sexuelles, jamais, et d'ailleurs je n'ai jamais été sollicité sur ces sujets. En revanche, mon groupe, et par ma voix notamment, nous avons dit à de nombreuses reprises qu'il fallait sortir de ce précariat dans le secteur du périscolaire. Et pour moi... Et pourquoi vous n'avez pas été entendu ? D'abord, dans un certain nombre de cas, j'ai été entendu
puisque un plan de déprécarisation a été mis en place. Pas suffisamment rapide, mais ce dont on a besoin, au-delà évidemment de la réponse immédiate à la crise, c'est de professionnaliser ce secteur. Et par ailleurs, moi je suis favorable, mon groupe l'a toujours dit, au retour à la semaine de 4 jours. On est aujourd'hui sur une semaine de 4 jours et demi qui conduit, de mon point de vue, à une désorganisation de la semaine pour les élèves comme pour les agents. Le retour
à la semaine de 4 jours, nous nous l'avons toujours réclamé, il me paraîtrait plus efficace pour mieux organiser la semaine pour les enfants. On parlait de la question du logement et parmi les mesures que vous défendez, il y a la question de l'encadrement des loyers, parfois contournés. C'est pour ça que vous déposez une proposition de loi. On va en parler avec vous, Alexandre. Plusieurs agglomérations expérimentent depuis des années l'encadrement des loyers, mais il n'est pas toujours respecté.
Oui, actuellement, 70 villes de France ont instauré l'encadrement des loyers comme à Paris, Lyon, Lille, Grenoble, mais aussi dans le Pays Basque. Une mesure qui a permis de baisser les loyers entre 2 et 4% en moyenne sur les premières années, ce qui représente un gain pour les locataires entre 500 et 800 euros par an, selon un rapport d'évaluation remis le mois dernier au gouvernement. Le problème, c'est que cet encadrement des loyers est encore loin
d'être respecté totalement. Dans les villes concernées, plus d'un tiers des nouveaux baux locatifs sont nettement au-dessus du plafond légal fixé par cette expérimentation. Et certains propriétaires font signer aux locataires un bail civil pour contourner l'encadrement des loyers. Alors, expliquez-nous, Alex, d'abord, quelle est la différence entre un bail civil et un bail d'habitation normale ? Alors, la loi prévoit que quand on loue un bien pour en faire sa
résidence principale, on doit signer un bail d'habitation, c'est-à-dire un bail qui protège le locataire. Par exemple, la durée minimale de l'allocation est de trois ans pour un logement vide. Le propriétaire ne peut pas rompre ce bail, sauf pour certains motifs sérieux, comme la vente du bien. Et puis, ce bail d'habitation, il peut être soumis à l'encadrement des loyers. Le problème, c'est que certains propriétaires proposent au locataire qui cherche un logement un bail
civil, c'est-à-dire un bail qui est normalement réservé à l'allocation d'une cave, d'un parking ou d'une résidence secondaire. Les conditions sont totalement libres. Il peut n'y avoir aucune protection pour le locataire et, surtout, le bail civil n'est pas soumis à l'encadrement des loyers. Ce bail est donc utilisé pour contourner la loi. C'est tout simplement de la fraude. Et pour lutter contre ce contournement, Yann Brossat a donc déposé une proposition de loi.
Oui, alors actuellement, c'est l'État qui est censé lutter contre ces contournements de l'encadrement des loyers via la direction de la répression des fraudes. Mais Yann Brossat propose de transférer cette compétence aux collectivités locales, c'est-à-dire aux municipalités qui sont directement concernées par ce non-respect de l'encadrement des loyers. Et avec cette loi, elle pourrait avoir le pouvoir de constater ces fraudes, de mettre en demeure les propriétaires
concernés et puis d'engager des sanctions. De la même manière, ce sont aujourd'hui les villes qui contrôlent le respect des plafonds de loyers. Yann Brossat, pourquoi ce texte ? Ça veut dire que l'État contrôle mal ces fraudes ? Ah oui, il contrôle particulièrement mal les fraudes. D'ailleurs, vous savez, c'est moi qui me suis battu à Paris, premièrement pour qu'on encadre les loyers. Les loyers sont encadrés depuis 2019. À l'époque, j'étais maire adjoint en charge
du logement. Et ensuite, c'est moi qui me suis battu pour que la ville de Paris puisse contrôler le respect de l'encadrement des loyers. Je peux vous dire que le constat qu'on a fait, c'est que le nombre de sanctions a été multiplié par 100 depuis que la ville de Paris a récupéré cette compétence. C'est-à-dire que l'État fait voter des lois, mais ne vérifie jamais qu'elles sont appliquées, en tout cas en matière de logement. Et donc, on a une forme d'impunité
pour des propriétaires voyous qui est absolument scandaleuse. Sur le bail civil, exactement la même chose. C'est-à-dire que vous avez des propriétaires, vous l'avez très bien expliqué, qui ont recours au bail civil pour ne pas respecter l'encadrement des loyers. Ils vous disent, « Signez un bail civil ». En réalité, le bail civil, c'est fait pour un parking, pour une cave ou pour une résidence secondaire, pas pour une résidence principale. Mais ils vous font quand même
signer un bail civil, ce qui ne les soumet pas à l'encadrement des loyers. Que fait l'État ? Rien. Rien. Aujourd'hui, vous n'avez pas de sanctions contre les propriétaires qui ont frauduleusement recours au bail civil. Vous avez interrogé le gouvernement sur ce point ces dernières semaines. Que vous répond-il ? La DGCCRF m'a annoncé qu'elle allait lancer une grande campagne. Quelle répression des fraudes ? Vu le nombre d'effectifs de la répression des fraudes,
j'ai un peu peur que la répression soit faible. Moi, ce que je souhaite, c'est la tolérance zéro. Quand vous avez des propriétaires qui se conduisent comme des voyous, pas parce qu'ils sont propriétaires et qu'ils sont pleins aux as, qu'ils ont le droit de se conduire n'importe comment. L'argent ne vous place pas au-dessus des lois. Et donc, ce que je souhaite effectivement, c'est que la ville de Paris, qui va d'ailleurs mettre en place une brigade de protection des locataires
dans les mois qui viennent, dispose de cette compétence-là. Et lorsque nous sommes sollicités par des locataires qui nous disent « Je me fais arnaquer par mon propriétaire », la ville de Paris, puisse agir. Ce que je trouve exaspérant, c'est d'avoir connaissance de fraudes et d'être en incapacité de les sanctionner. Donc, récupérons cette compétence et nous en ferons bon usage. Comment vous expliquez qu'environ un tiers des propriétaires concernés ne respectent pas
les plafonds de cet encadrement ? Le manque de sanctions. Vous savez, d'abord, il y a un certain nombre de règles qui ont été mises en place dès le vote de la loi sur l'encadrement des loyers, qui en organisent le contournement, notamment ce qu'on appelle le complément de loyer. C'est-à-dire que si votre logement, je me place du point de vue du propriétaire, dispose d'une vue particulière sur la Tour Eiffel, par exemple, vous avez le droit de dépasser l'encadrement
des loyers. Mais vous vous retrouvez aujourd'hui avec des propriétaires qui arcent du fait qu'ils sont à proximité du métro pour déplacer l'encadrement des loyers. Comme il y a des stations de métro partout à Paris, ça peut justifier n'importe quel dépassement de loyer. Donc, premièrement, il y a besoin de resserrer, de mon point de vue, la notion de complément de loyer. Et puis, deuxièmement, un manque de sanctions. Et d'où l'utilité. De la brigade de protection des locataires
que la ville de Paris va mettre en place. C'est-à-dire qu'à chaque fois qu'un locataire aura connaissance d'une fraude, il aura la possibilité d'avoir recours au service de la ville et la ville pourra agir. Moi, ce que je souhaite, c'est que les communes puissent agir parce que ce sont elles qui sont au plus près des habitants. Il y a aussi un débat sur le maintien de l'encadrement des loyers car, on le rappelle, l'expérimentation dure jusqu'en novembre et
l'actuel ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, n'est personnellement pas favorable à la poursuite de l'encadrement des loyers car il considère que cela réduit l'offre de logement, notamment en période de crise du logement. Qu'est-ce que vous lui répondez ? C'est un très mauvais argument parce que, comparons la situation de villes qui ont mis en place l'encadrement des loyers et d'autres villes qui ne l'ont pas mis en place. Par exemple, l'offre locative à Nice
a davantage baissé qu'à Paris. À Nice, il n'y a pas l'encadrement des loyers. Donc, on ne peut pas mettre la baisse de l'offre locative sur le dos de l'encadrement des loyers. La réalité, c'est que dans toutes nos grandes villes, il y a eu une baisse de l'offre locative. C'est vrai, mais c'est indépendant de l'encadrement des loyers. D'ailleurs, le rapport commandé par le gouvernement sur l'encadrement des loyers, qui est une espèce de rapport bilan, dit bien
qu'on ne peut pas lier les deux. Il dit, oui, c'est vrai, à Paris, il y a une baisse de l'offre locative, mais on ne peut pas dire que ce soit de la faute de l'encadrement des loyers. Donc, la corrélation entre les deux n'est absolument pas établie de l'aveu même des auteurs du rapport commandé par le gouvernement. En revanche, j'ai entendu avec satisfaction, enfin une satisfaction modérée, mais avec satisfaction quand même que le ministre était prêt à prolonger
l'encadrement des loyers pour deux ans. Ce serait déjà une bonne nouvelle. Ce n'est pas une pérennisation, mais c'est un prolongement de cette expérimentation pour deux ans. En tout cas, moi, ce que je ne veux pas, c'est qu'au mois de novembre, puisque en l'occurrence, c'est l'échéance de novembre qui risque de tomber, c'est la fin de l'encadrement des loyers à partir du mois de novembre. Si c'est la fin de l'encadrement des loyers en novembre, c'est
l'explosion des loyers au mois de décembre. Et donc, vraiment, je souhaite qu'on puisse prolonger cet encadrement et que donc le gouvernement mette rapidement dans le pipe un texte législatif qui nous permette de prolonger cet expériment. On va aller dans une des villes qui a mis en place cet encadrement des loyers, c'est Villeurbanne, dans le Rhône. Bonjour Cédric Van Stivendal, merci d'être avec nous. Maire socialiste de Villeurbanne, l'encadrement des loyers qui est
en vigueur dans votre commune depuis novembre 2021, est-ce que vous souhaitez qu'il soit prolongé au-delà de novembre ? Est-ce que c'est un dispositif qui a fait ses preuves dans votre commune ? Bien sûr que je le souhaite. Pourquoi je le souhaite ? La première préoccupation des Françaises et des Français, c'est le pouvoir d'achat. Le premier poste de dépense contrainte, celui dont on ne peut pas se passer, c'est la question du logement. Plus de 30% des ressources
et quand on est dans les décides les plus faibles de ce pays, presque 40%. Donc c'est une question de pouvoir d'achat, c'est une question finalement de partage de la richesse et donc c'est pour ça qu'on se bat sur la question de l'encadrement des loyers. Et par ailleurs, tout le monde est d'accord sur le fait que cette dépense contrainte finalement, elle annule tous les effets de la croissance, tous les effets de l'évolution des salaires qui sont préemptés finalement
par la spéculation sur la question immobilière. C'est pour ça qu'on se bat sur la question de l'encadrement des loyers. Et enfin, je suis dans une grande ville de 163 000 habitants qui est la ville qui construit le plus sur la métropole malgré l'encadrement des loyers. Donc il faudra qu'on m'explique quand même tout ce lobbying des uns et des autres pour arrêter l'encadrement des loyers quand dans le même temps ils continuent à choisir ma ville pour construire.
Ça a fait ses preuves ou est-ce que ça a entraîné une baisse de l'offre locative ?
Non, ça a fait ses preuves. Sur la métropole, plus de 800 000 euros ont été finalement rendus aux locataires. Et je vous le disais à l'instant, je sais, la baisse de l'offre locative, et le rapport le dit très bien, il dit, un, c'est plusieurs causes et la seule cause pour laquelle on ne peut pas faire de causalité entre la baisse de l'offre et une des causes, c'est celle de l'encadrement des loyers. Donc ça, c'est le rapport commandé par Matignon qui le dit, qui dit, on ne peut pas
établir de causalité entre l'encadrement des loyers et la baisse de l'offre. Donc il faut prendre tout ce qu'il y a dans ce rapport, pas simplement les chiffres qui intéressent le gouvernement. – Est-ce que pour vous, c'est une décision qui doit revenir au sol maire ? – En tout cas, là, j'en suis extrêmement attentif, et d'ailleurs, c'était une vigilance que je voulais partager avec le sénateur Brossat. J'ai été réélu à Villeurbanne sur un programme dans lequel
je disais que nous maintiendrons l'encadrement des loyers, et la métropole qui est passée d'un autre côté annonce qu'elle souhaite mettre fin à l'encadrement des loyers. Donc on va avoir finalement une concurrence de légitimité électorale, donc en tout cas, je souhaite qu'effectivement les maires soient extrêmement associés à la possibilité, ou non, de mettre en place l'encadrement des loyers. Et pour revenir à ce que disait le sénateur Brossat, oui, il y a un petit satisfait-ci
sur le fait d'avoir gagné deux ans. Un, ça donne quand même à voir une forme d'impréparation coupable du gouvernement sur cette question-là, se réveiller le 15 juin pour anticiper la fin d'un texte de réglementation en novembre, avec le calendrier des assemblées qu'on connaît, c'est quand même pas très professionnel, donc oui, c'est une bonne nouvelle, mais nous, ce qu'on attend, c'est l'inscription dans la loi de la possibilité de laisser à celles et ceux
qui ont obtenu la légitimité d'un scrutin de pouvoir mettre en place cet encadrement des loyers. Je rappelle que 87% des Français y sont favorables. Voilà, juste, dernier sondage IFOP. Je suis d'accord avec tout ce que dit Cédric Vande-Stivendel. D'abord, on a besoin de pérenniser l'encadrement des loyers, et donnons la possibilité aux maires de le faire. Ce sont les maires, ceux qui ont été élus, ceux qui sont les plus près des habitants, qui connaissent le mieux les problématiques
de leur territoire, qui doivent pouvoir décider. Et bien sûr, ce sont des sujets qu'on aura, je l'espère, l'occasion d'aborder très vite au Sénat. Merci beaucoup, Cédric Vande-Stivendel, d'avoir été avec nous, maire socialiste de Villeurbanne. Allez, on termine avec quelques questions politiques. Plusieurs milliers de personnes qui étaient réunies hier à Saint-Denis à l'appel de la France Insoumise, une marche contre le racisme et l'extrême droite, en présence
notamment de Jean-Luc Mélenchon, pour qui le racisme sera un thème de la présidentielle. C'est la question du racisme. Et cette question, à mon avis, va être une des questions de la présidentielle. La France est au pied du mur. Qu'est-ce qu'elle choisit ? Est-ce qu'elle va continuer cette dérive que l'on observe dans le racisme, le rejet des autres ? Alors on pointe tantôt une population, tantôt l'autre. Ou bien est-ce que, politiquement, démocratiquement, on va décider, stop,
basta, il y en a assez ? Est-ce que vous êtes d'accord avec lui, Yann Brossat, sur une question de la présidentielle, la question du racisme ? Bien sûr, puisqu'il y a une menace de victoire de l'extrême droite, ce qui est dans les sens même de l'extrême droite. C'est le racisme, c'est la haine de l'autre, c'est la division des Français selon leur origine ou leur couleur de peau, selon leur religion. Et donc, bien sûr que face à ça, il y a besoin d'une mobilisation.
Moi, je ne veux pas d'un pays où on se regarde en chien de faïence, où on regarde les gens en fonction de leur couleur de peau, de leur origine ou de leur religion. Ce n'est pas ça, la France. La France, c'est un pays, une nation, une nation politique qui est fondée sur des valeurs, pas sur une homogénéité. C'est-à-dire qu'ils sont efficaces pour lutter contre les... En tout cas, il y a besoin de toute forme de mobilisation. Il y a à la fois besoin de mobilisation
populaire, de manifestation comme celle-là. Après, moi, ma conviction, c'est que le meilleur remède face au racisme, c'est la conscience de classe, c'est-à-dire la conscience que le monde du travail a besoin de s'unir, au-delà de la question des origines. C'est ça, le sujet. C'est comment on regarde son collègue de travail comme un collègue de travail et pas d'abord comme quelqu'un qui est de couleur noir ou autre chose. Vous allez vous unir derrière qui ? Fabien Roussel, pour le moment,
on a l'impression qu'il a fait un grand... un grand pas vers une candidature. Vous souhaitez qu'il se maintienne ou est-ce que le fait qu'il soit candidat, ça va diviser la gauche et potentiellement l'empêcher d'être au second ? D'abord, nous avons un congrès. Nous sommes un parti démocratique qui se réunira les 3, 4 et 5 juillet prochains à Lille. C'est dans pas longtemps. Vous saurez à cette occasion-là vers quoi nous nous dirigeons. Après, moi, ce que
je souhaite surtout, c'est que la gauche soit capable de produire non pas seulement des candidats, mais des idées. Et en l'occurrence, depuis quelques semaines, j'ai surtout l'impression qu'on multiplie les candidats comme les pains, mais on ne peut pas dire qu'on ait beaucoup d'idées qui émergent. Mais est-ce que vous, vous pourriez vous rallier à Jean-Luc Mélenchon qui, pour le moment, à gauche, a une longueur d'avance ? Vous pourriez vous rallier à lui ? Pour l'instant, on n'en est pas
là du tout. D'abord, nous allons vraisemblablement, vous l'avez dit, désigner un candidat et puis ensuite, on verra comment les choses se déroulent. Mais une fois de plus... Il y a peu de suspense à l'issue de votre congrès, Fabien Roussel sera désigné candidat. La gauche ne peut pas gagner si tout le débat tourne autour de sujets qui ne sont pas porteurs pour elle. Et donc, le rôle des candidats de gauche, ça doit être de remettre les questions du travail, les questions
du pouvoir d'achat, les questions de la justice sociale au cœur du débat politique. Puis si on nous contribue à cela, à ce moment-là, nous ferions la preuve de notre utilité. Oui ou non, derrière lui ? Pour l'instant, je ne vois pas ça, non. Merci Yann Roussel. Merci à vous. Merci beaucoup d'avoir été notre invité.
Ian Brossat