Marc Laménie, aux côtés des blessés psychiques des armées - Vidéo
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Le département des Ardennes a été marqué par la guerre de 1870, première guerre mondiale, seconde guerre mondiale. Donc c'est un des hauts lieux chargés de mémoire, d'histoire. C'est un engagement profond des militaires, sacrifier leur existence personnelle, familiale pour les autres. Je m'appelle Marc Lamény, sénateur des Ardennes depuis août 2007 et je rapporte le budget ancien combattant lié avec la nation et mémoire.
Marc Lamény sait ce que la nation doit à ses soldats, ses morts, ses blessés physiques et ceux rongés par des maux invisibles. Entre 2010 et 2019, l'armée a recensé 3000 blessés psychiques dans ses rangs. Ils sont cinq fois plus nombreux que les blessés physiques.
Nous rendons au troisième régiment du génie, régiment historique pour le département des Ardennes, connu, reconnu avec son histoire, son passé militaire.
Chose rare, le régiment a accepté de recevoir le sénateur pour parler de cette question encore largement taboue au sein des armées.
Je vais aller saluer mon militaire. Ça me touche. Vraiment content de vous rencontrer. On sait que les militaires, vous êtes exposés à beaucoup de risques, risques physiques, mais aussi psychologiques. Donc tout ça, c'est des sujets importants que vous abordez aussi dans l'entraînement, dans le travail et tout ça. Et je crois que ça, il faut toujours le partager entre tous.
Le troisième RG compte 900 hommes. Il a été de toutes les dernières opérations extérieures de la France. Un régiment reconnu pour son savoir-faire en matière de logistique. De déminage ou de télécommunication.
Le but de cet entraînement est, comme vous l'avez vu, de gagner en rapidité, en savoir-faire et de travailler dans un contexte opérationnel, donc avec l'armement et tout l'équipement.
Souvent, le troisième RG ouvre et ferme les théâtres d'opération. Il est donc très exposé au feu. Cet entraînement sur 10 jours permet au sergent-chef romain d'appréhender les risques et de détecter chez ses hommes d'éventuels troubles psychiques.
Toujours jouer avec ce thermomètre. C'est émotionnel. Tout le temps connaître ses personnels. Comme je le dis toujours, il n'y a pas de soldat heureux sans famille heureuse. Un soldat qui n'est pas heureux ne sert pas à opérationnel.
Il ne faut pas hésiter à aborder un petit peu tous les sujets. Et puis même, des fois, on n'ose pas parler de tels sujets qui préoccupent.
Le troisième RG prend le sujet des blessés psychiques très au sérieux. Trois militaires et deux réservistes s'occupent de la détection de ces troubles, souvent passés sous silence.
La plupart des gens, quand ils arrivent chez moi, ils ont cette sensation de faire un aveu de faiblesse. Et c'est toute la difficulté pour moi de les orienter et de leur dire que ce n'est pas une faiblesse, c'est bien évidemment une blessure.
La plus répandue des blessures psychiques est le syndrome de stress post-traumatique. Il survient le plus souvent après une situation violente ou choquante, comme l'expérience de mort imminente, la sienne ou celle d'un camarade. De nombreux symptômes peuvent ensuite apparaître.
Troubles du sommeil, troubles de concentration. Ça peut aller parfois jusqu'à des actes de violence dans les cas les plus extrêmes. Et surtout, également, le plus difficile, je pense, pour le patient, c'est avec tout ce qu'on appelle des reviviscences. C'est-à-dire que les événements marquants reviennent à l'esprit contre la volonté du patient.
Le stress post-traumatique varie beaucoup d'un individu à l'autre. Il peut durer des semaines, des mois, voire des années.
Pour certaines personnes, ils arriveront à... Ils auront une vie quasiment normale et arriver à vivre avec leurs blessures. Et certains, malheureusement, vont être très impactés, avoir parfois, dans certains cas, malheureusement, même un handicap.
Vous ne pouvez pas du tout généraliser parce que, vraiment, chaque situation au cas par cas...
Depuis 1992, l'institution reconnaît la blessure psychique au même titre que les autres blessures de guerre. Depuis, les plans pour ces blessés spécifiques se sont multipliés. L'armée a fait le choix de... De ne plus regarder ailleurs.
Ce serait une faute de ne pas affronter et de ne pas regarder la vérité en face. Parce que c'est notre raison d'être, d'aller au combat. Et le combat blesse. Le combat tue. C'est aussi une réalité qu'il faut regarder en face. Et des moyens existent. Mais qui commencent par la volonté des chefs, la volonté du commandement.
Pour mieux prendre en charge ces blessés, qui demandent grand soin, il suffit à obtenir une réunion psychologique. Puis, il se déroule une réunion psychologique. Pour la plus grande partie des blessés, les blessés sont les premiers à opter pour un changement radical d'approche. Dans le Morbihan, près d'Auray,
ce décor champêtre, presque hors du temps, abrite un nouveau dispositif, baptisé ATOS. Le dispositif ATOS n'est absolument pas un dispositif de soin. Le soin, c'est vraiment une partie spécifique. La réhabilitation psycho-sociale, finalement, intervient... Alors, on pourrait dire dans un second temps, en tout cas, nécessite un minimum de stabilité, Ce qui va être fait au niveau du soin.
C'est blessé de l'armée et quelques gendarmes viennent des quatre coins de la France.
Tu te souviens de ton cauchemar ?
Non, je ne l'ai pas.
Moi, je fais des cauchemars toutes les nuits, mais je ne suis jamais tombée de mon oncle.
Une fois intégrés au dispositif, ils sont ici chez eux, peuvent venir quand ils le souhaitent, participer aux tâches ou s'adonner à des activités. Ce jour-là, à l'ombre du noyer, place au théâtre.
Prenez bien de l'espace, parce que cette distance permet d'avoir le temps aussi d'aller vers l'autre. Et quand vous êtes prêts, vous allez l'un vers l'autre. Et je m'arrête quand je sens que ça va être trop pour l'autre. C'est l'autre qui compte.
Parmi les participants, Pierrick, 55 ans. Ce gendarme s'est dévoué corps et âme à la résolution d'affaires criminelles. Au cours de sa carrière, il a été exposé à un stress intense, des scènes insoutenables. Pierrick tient jusqu'à l'affaire de trop.
En septembre 2020, alors que je rentrais chez moi, j'ai fait un malaise cardiaque, je suis tombé. Et donc, effectivement, j'emploie le terme tombé parce que moi, je suis vraiment tombé physiquement. Avec après une perte totale de mes capacités physiques.
Depuis qu'il a intégré la maison Atos, Pierrick reprend pied. Mais il doit toujours composer avec des symptômes de SPT persistants.
J'ai encore des reviviscences. Il y a des endroits où je passe, où j'ai développé des flashs au fur et à mesure du temps. Ils surviennent quand je suis dans un état de fatigue intense. Ça, je l'ai décelé. C'est des images de situations que j'ai vécues qui reviennent dans la tête d'une précision absolument incroyable.
Pierrick est atteint d'un stress post-traumatique complexe, déclaré il y a une vingtaine d'années et non traité à temps. S'il s'exprime aujourd'hui, c'est pour faire de son cas un exemple pour ses pairs.
Dans nos métiers, on vit tous des situations traumatiques à un moment donné. La mort d'autrui. On joue à plusieurs reprises dans le cadre de ma carrière. J'ai eu des situations de coups de feu. Ce qu'il faut comprendre, c'est que quand on vit ce type de situation, il faut avoir le courage de traiter la situation traumatique dès qu'on en a conscience. Parce que le stress post-traumatique, on peut le vivre un jour J et il ne peut se déclencher que dix ans après. Si on arrive aujourd'hui à faire rentrer ça dans la tête, de tout un chacun et de mes pairs, de ma hiérarchie du plus bas au plus haut, des familles de gendarmes, des familles de militaires ou des familles de gens qui sont touchés par l'ESPT, traiter le problème dès qu'il survient pour éviter qu'il ne devienne chronique ou complexe, eh bien voilà, j'aurais réussi ma mission.
T'as envie de dire quelque chose Pierrick, toi qui l'as fait ?
Non, c'est que je trouve qu'il y a une forme de communion qui se met en place. Je ne sais pas si t'as ressenti la même chose ?
Si, si. Le fait qu'un échange soit un échange, c'est un échange. C'est un échange de sourire aussi, ça change la perception et le sens de l'accueil.
En dépit de leurs blessures et d'un poids qui est quand même très visible sur leur corps, il y a beaucoup de joie dans ces maisons. J'ai l'impression que c'est un port où ils peuvent venir un peu accoster et repartir après là où ils en sont.
Sans se connaître, parfois même sans se parler, tous ici se comprennent.
Je crois que la meilleure chose qu'on puisse dire, de façon très synthétique, c'est un grand merci d'être là.
Le ministère des armées ambitionne d'étendre le dispositif à 10 maisons pour accueillir 1000 blessés psychiques d'ici à 2030. Et les crédits alloués à Atos sont en augmentation constante. Plus de 6 millions d'euros cette année, une bonne chose pour Marc Lamény.
Les maisons Atos, c'est innovant. Il n'y en a que 5, bientôt 6. Mais il y a une demande légitime. Certes, tout a un coût, mais en réalité le coût est raisonnable par rapport au bien fondé et au résultat.
Si l'armée intensifie ses efforts pour les blessés psychiques, le civil aussi prend sa part. A Paris, Marc Lamény a rendez-vous au MEDEF. L'organisation patronale a mis sur pied un groupe de travail pour aider les entreprises à recruter des blessés psychiques. Vous avez un rôle fondamental. Le MEDEF a même édité un guide avec des recommandations à destination des futurs recruteurs pour intégrer ces blessés particuliers.
L'entreprise a un rôle à jouer dans le parcours de reconstruction du militaire blessé en tant qu'organe de reconnexion sociale. Voir qu'on délivre un résultat, on contribue au succès de l'entreprise, au succès d'un projet, etc. Eh bien, ce sentiment d'utilité, il va venir consolider l'estime de soi.
A Rennes, l'entreprise Orange a fait le choix de donner une nouvelle chance à Simon Poitvin. Simon de la Serre, bonjour. Simon était militaire par le passé. En 2018, en pleine opération de maintien de la paix au Liban, un trouble psychique violent le terrasse. Retrouvé à terre par ses camarades, puis hospitalisé, Retrouvé à terre par ses camarades, puis hospitalisé, il se réveille touché par une amnésie profonde.
C'est un blackout total. Je ne me souviens plus de rien. Je ne connais pas ma famille. Je ne connais pas mes parents. Je n'ai pas de frères. Je n'ai pas de sœurs. Je ne sais pas ce que je fais là. Je ne sais pas qui je suis. Et je suis...
En fait, je ne sais pas quoi faire. Je suis vraiment perdu. Après une longue convalescence, Simon tente de retrouver son régiment. Mais il est inapte au service. Et vous me dites quoi à ce moment-là ? Ça vous blesse ? Ouais. J'avais l'impression, en fait, j'étais... Je ne servais plus à rien. Simon rebondit grâce au MEDEF et trouve un apprentissage chez Orange. Il est aujourd'hui technicien en CDI et bien intégré à son équipe.
Les anciens militaires, ils ont justement cette rigueur, ce côté très professionnel, qui fait qu'aujourd'hui, d'accueillir des personnes issues de l'armée dans l'entreprise, ça permet justement de capitaliser sur ces acquis-là. Et c'est utile pour l'ensemble de l'équipe, du collectif.
Loin de l'armée, loin de sa blessure psychique, une nouvelle vie s'ouvre à Simon dans le civil.
Je suis soutenu, que ce soit famille, que ce soit belle famille, que ce soit les collègues, que ce soit mon manager. Je me sens très soutenu en tout ce que je fais. C'est un peu fleur bleue, mais c'est vraiment la sensation que j'ai. Je suis très bien.
L'aspect psychique, jusque maintenant, était malheureusement un peu oublié, alors que maintenant, les unités militaires ont pris conscience, je dirais, d'apporter des solutions pour aider. Ce que j'aimerais dire à nos blessés, ils méritent beaucoup de respect et de reconnaissance. Ils ont servi pendant des années. Notre nation, notre pays.