François Ruffin : " Mon adversaire s'appelle Jordan Bardella de Monaco " - Vidéo
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Bonjour François Ruffin, merci d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes député de la Somme, président du mouvement de boue candidat à la présidentielle et nous vous interrogerons justement sur votre positionnement, votre programme. Vous, président, que feriez-vous avec Donald Trump dans la guerre en Ukraine mais aussi dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants ? Une interview en partenariat avec la presse régionale représentée par Fabrice Véperdon du groupe Ebra. Bonjour Fabrice.
Bonjour Ariane, bonjour François Ruffin. Bonjour.
Et d'abord, François Ruffin, vous, président, est-ce que vous auriez invité Donald Trump à dîner en grande pompe ce soir au château de Versailles ?
Je l'ai déjà dit à l'occasion de la venue de Vladimir Poutine, je considère qu'un chef d'État reçoit un chef d'État dans son palais qui est l'Élysée et pas au fort de Brégançon, pas au premier étage de la tour Eiffel comme ça s'était déjà fait avec le couple Trump. Maintenant, je ne vais pas centrer mes reproches sur alors ça se fait à Versailles en grande pompe pour attirer Donald Trump, pour qu'il reste. Jusqu'à la fin du G7 cette fois-ci. Moi, ce que je viens de demander, c'est là, les États-Unis vont fêter le 250e anniversaire de leur déclaration d'indépendance à laquelle la France a particulièrement œuvré. C'est comme ça qu'on a creusé notre déficit sous Louis XVI. C'est pour ça qu'il a convoqué les États généraux. C'est pour ça qu'il y a eu la révolution française derrière. Donc quand même, c'est un événement important pour nous aussi. Moi, ce que je souhaiterais, c'est que la France, que l'Europe, proclame désormais leur propre déclaration d'indépendance. Et qu'ils prennent leur indépendance à l'égard des États-Unis. Leur indépendance sur le plan militaire. Leur indépendance sur le plan diplomatique. Leur indépendance sur le plan numérique.
Ce n'est pas ce qu'ils sont en train de faire, selon vous ? Aussi bien l'Union Européenne que la France ? On a encore vu les annoncières de Sébastien Lecornu sur l'intelligence artificielle. Ça ne fait pas partie de la prise en main de notre propre souveraineté ?
Pour l'instant, on en est très loin. Hier, le Parlement européen a validé l'accord avec les États-Unis. Il y a un accord complètement asymétrique. Puisque d'un côté, les États-Unis disent, on va taxer vos importations à hauteur de 15%. Mais partons, vos exportations, vous les laissez rentrer gratuitement. Et il y a tout ce qui est tacite, tout ce qui est implicite. C'est-à-dire, vous devrez acheter chez nous votre matériel militaire. Vous devrez vous fournir chez nous en gaz et en pétrole. Vous devrez laisser faire nos services numériques librement sur votre territoire. Donc voilà tout ce qui est dans le contrat entre l'Union Européenne et les États-Unis. C'est-à-dire, c'est un contrat de soumission. Et finalement, la réception à Versailles, on aimerait... Je ne sais pas si on aimerait, mais ce n'est pas un président souverain. C'est un président souverain qui reçoit ses presques en vassal des États-Unis. Et moi, je dis, il faut... Alors évidemment, il y a la brutalité de Donald Trump. Il y a la vulgarité de Donald Trump. Il y a ses volte-faces, tout ça. Mais c'est dans la durée qu'il faut regarder ce qui se passe. Et dans la durée, de toute façon, les États-Unis ne se tournent plus vers l'Europe. C'était déjà le cas avec Obama qui disait, notre avenir, il est vers l'Asie et pas vers l'Europe. Il ne s'était même pas rendu aux cérémonies pour la chute du mur de Berlin, à l'anniversaire. On avait derrière Biden, démocrate aussi, mais qui avait fait l'IRA, l'African Redaction Act, qui était une des mesures protectionnistes, notamment contre les exportations européennes. Donc c'est dans la durée que l'Europe, la France, doit s'affranchir de l'attente tutelle américaine.
Un mot juste, vous parlez de l'accord commercial. On imagine que ce soir à Versailles, il y aura du vin et du champagne français, que Donald Trump veut taxer à 100% si jamais Emmanuel Macron ne retire pas sa taxe sur les GAFAM. Qu'est-ce qu'il faut qu'il réponde là-dessus, Emmanuel Macron ?
D'abord, moi, je suis pour... qu'on ait des taxes aux frontières, des barrières douanières, des quotas d'importation, mais je vais vous dire davantage à l'égard de l'Est et à l'égard de la Chine qu'à l'égard des États-Unis. Là où on doit se protéger à l'égard des États-Unis, c'est sur le capital. On ne doit pas laisser venir le capital américain librement sur le sol français pour racheter Alstom, pour racheter 1 500 entreprises en 10 ans. Et je vois que ce que fait Emmanuel Macron est précisément l'inverse. À la place de dire on se protège du capital américain, il vient lui ouvrir les portes, et précisément à Versailles, puisque c'est là-bas qu'il fait ces grands shows d'accueil des multinationales, de Amazon, avec Choose France. Donc je dis, c'est précisément l'inverse qu'il faut faire. Et ce qu'on devrait faire, nous, c'est mobiliser le capital national. On a 2 000 milliards d'épargne d'assurance-vie dans notre pays. C'est gigantesque. Voilà avec quoi on doit financer nos PME, et non pas avec les fonds d'investissement anglo-saxons.
Mais comment ? En les fléchant, spécifiquement ?
Oui, tout à fait. Alors là, ces 2 000 milliards d'assurance-vie, on n'a jamais eu un taux d'épargne aussi important dans notre pays, 19 %, et c'est un produit qui est en partie défiscalisé, et pourtant, on ne le flèche pas. Il n'y a que 3 à 4 % qui va vers les PME. Il y en a 3 à 4 fois plus qui va vers le Nasdaq.
Mais ça veut dire que vous, Président, vous allez aller puiser dans les assurances-vie des Français ?
Il y aura un avantage de défiscalisation qui existe notamment sur les transmissions, seulement s'il y a davantage qui va vers les PME. Je vous dis, aujourd'hui, c'est 3 à 4 % qui va vers ça, pendant qu'on finance nettement plus les marchés américains. Ben non, l'épargne nationale, elle doit être faite pour au moins financer les... les PME, les ETI, l'industrie française. Et d'ailleurs, enfin, autre projet, mais Michel Barnier, quand il était Premier ministre, avait proposé qu'il y ait un livret industrie. Ça me semble une priorité. Moi, quand je vais à la Caisse d'épargne et que je demande, voilà, je veux placer mon argent pour que ça serve aux PME locales, on n'a pas de produit à me proposer qui soit clair pour financer l'industrie. Donc là, je pense qu'il y a des tas de Français qui, aujourd'hui, ont envie de financer l'industrie de leur pays.
Mais ce sera volontaire ou ce sera forcé ?
Sur les... Sur l'assurance-vie, je vous dis, il doit y avoir une orientation qui dit, voilà, il doit y avoir un taux minimal de financement des PME dans notre pays.
Sur François Ruffin, si on vous écoute bien, par rapport à Donald Trump, à son comportement, sa politique, il est une chance pour l'Europe ?
Normalement, il devrait l'être, compte tenu du fait qu'on a là un protecteur qui se transforme en prédateur. On le voit avec le Groenland. Mais on a des Européens qui ne choisissent pas, qui, finalement, souhaitent demeurer sous l'aile protectrice des Etats-Unis et non pas s'en émanciper. Et évidemment, la France a une carte à jouer là-dedans. La France a une carte à jouer parce qu'elle doit être le fer de lance. Elle doit être la locomotive qui vient dire non, nous devons retrouver notre indépendance même si c'est plus coûteux pour nous.
Le G7, comme nous, vous le suivez, j'imagine. En tant que président de la République, si vous l'étiez, vous y participeriez ?
Là, je l'organiserais. Et sans hésiter. Je vais recevoir les chefs d'État du monde, le monde entier, pour fixer les orientations, discuter de l'avenir du monde et non pas laisser faire les Etats chacun dans leur coin. Ça me semble une bonne chose à faire. Maintenant, il m'a choqué le fait qu'on exclut l'Afrique du Sud. Vous savez que le G7 était tendu au Brésil, un certain nombre de pays. Normalement, les Sud-Africains devaient venir. Et comme s'affachait Donald Trump parce que les Sud-Africains ont porté plainte contre Israël pour crime de guerre, on leur a fermé la porte. Il me semble que c'est pas correct. Et je serais plutôt pour l'exclusion des alliés d'Israël que pour l'exclusion de ceux qui viennent protester contre les crimes de guerre qui se déroulent là-bas.
Et la place de l'Ukraine dans tout ça ?
C'est une discussion. Alors là, il y a une discussion à la fois avec les Etats-Unis pour qu'ils ne lâchent pas l'Ukraine aujourd'hui. Maintenant, il faut que les négociations soient ouvertes. L'Europe, j'entends parler notamment de E3, donc les Royaumes-Unis, l'Allemagne et la France, doivent peser en permanence à la fois du côté de Poutine et du côté de Zelensky pour dire que les négociations doivent être ouvertes, il doit y avoir des discussions qui se tiennent pour sortir au plus vite de cette terrible guerre qui maintenant est devenue plus longue que la guerre de
14-18. Il vous paraît fructueux ce G7 sur la question de l'Ukraine ? Est-ce que vous avez l'impression que Trump est en train de lâcher Poutine et plutôt de se ranger du côté des Européens ?
C'est le mouvement qui est fait, mais vous savez les mouvements de Donald Trump, ils durent le temps d'une nuit et après on a un nouveau tweet qui nous dit précisément l'inverse. Donc croire que ça inscrit une politique américaine dans la durée et je le dis, il faut avoir à la fois un soutien à l'Ukraine et une exigence d'aller vers des négociations, d'aller comme ça se fait aujourd'hui en Iran avec des incertitudes vers un cessez-le-feu et qu'on puisse retrouver la paix sur notre continent.
Mais est-ce qu'il faut que Donald Trump aide aujourd'hui l'Europe dans son soutien à l'Ukraine ? Parce qu'avant les Etats-Unis étaient le premier soutien à l'Ukraine, désormais c'est l'Europe. Est-ce qu'il faut rééquilibrer les choses ? Est-ce que l'Europe est trop seule dans son soutien avec l'Ukraine ?
Les Etats-Unis continuent de fournir des missiles patriotes, il faut sans doute qu'ils en fournissent davantage. En tout cas, je dis que ni l'Europe ni les Etats-Unis ne doivent lâcher l'Ukraine en ce moment précis, mais avec une exigence à la fois sur Vladimir Poutine et sur Volodymyr Zelensky, qui est l'exigence d'aller vers des négociations, d'aller vers un cessez-le-feu et d'aller à terme vers un accord de paix.
L'actualité nationale, c'est l'ongle de choc de l'affaire Liana qui est toujours présente dans le pays. Il en a été question hier lors des questions d'actualité au gouvernement à l'Assemblée, où le gouvernement est resté vague sur le calendrier de la loi intégrale sur les violences sexuelles portées par plusieurs députés. Est-ce que vous, Président, ce sera une mesure que vous demanderez d'inscrire en priorité dans l'agenda de l'Assemblée ?
Je suis co-signataire de la proposition et depuis des mois et des mois maintenant. Vous dire que quand il y a eu le rapport de la Civise, qui venait dire trois enfants par classe victimes d'inceste ou de violences sexuelles, qui venait dire 160 000 enfants par an, qui venait dire plus de 5 millions de victimes dans notre pays. J'ai cru que ça serait un électrochoc. J'ai cru que la société en serait transformée parce que moi, je l'étais. Je n'imaginais pas qu'il y avait ce continent noir de crimes sur des enfants sous nos pieds. Et ça n'a pas bougé. J'espérais qu'il y ait un grand plan dans l'éducation nationale de détection, de prévention, le recrutement de psychologues qui sondent un peu les enfants qui pourraient être victimes de ça. Ça n'a pas eu lieu. Pourquoi ?
Pourquoi ? Parce que tout le monde s'en fiche ?
Il y a une phrase qui m'a beaucoup marqué ces derniers jours dans les débats qui ont lieu. Il y a Romain Lemire, lui-même victime de viol par son père d'inceste, qui a dit, détournant un proverbe africain, pour violer un enfant, il faut un village en entier. C'est-à-dire que si ça peut continuer comme ça, c'est parce qu'il n'y a pas d'inceste. C'est-à-dire que si ça peut continuer comme ça, c'est parce qu'il n'y a pas d'inceste. Si ça peut continuer comme ça, c'est parce qu'il y a des pédocriminels, mais c'est parce qu'il y a une société qui laisse faire. Qui, par son silence, finalement, par sa passivité, a une forme de complicité. Et donc, c'est évidemment ce qui se passe dans la police et dans la justice. On ne l'a pas établi comme une priorité. Donc, il y a une question de moyens. Mais moi, je le vois, y compris sur des viols, sur des femmes, pas seulement sur des enfants. On a des plaintes. Mais beaucoup de plaintes. Et derrière, il n'y a pas la moindre investigation. Le suspect n'est pas convoqué, n'est pas interrogé. Il n'y a pas de fouille de son téléphone portable ou de son ordinateur. L'entourage n'est pas questionné. Donc, le minimum du minimum, c'est de dire qu'en cas de viol, qu'il s'agisse d'un enfant ou d'une femme, c'est un crime. Ce n'est pas un délit mineur, ce n'est pas un rétroviseur qui est cassé. C'est clair. Il doit y avoir une enquête.
Il doit y avoir de l'investigation. Est-ce que le choc qui n'a pas eu lieu avec le rapport de la Civis, choc que vous espérez qui n'a pas eu lieu avec le rapport de la Civis, vous pensez que là, il va avoir lieu avec l'affaire Liana ? Est-ce qu'on est à un tournant sociétal ?
Je l'espère, je le souhaite. Il y a déjà eu un MeToo de l'inceste où j'espérais qu'à nouveau ça éclate. Mais vous voyez comment fonctionne l'actualité. Avec un sujet qui chasse l'autre, une priorité qui chasse l'autre. Et on doit avoir des gens qui sont volontaires en politique, pour porter ça dans la durée, même quand ça ne fait plus la une des journaux. Ce n'est pas le cas aujourd'hui ? Mon inquiétude est que ça retombe. Mon inquiétude est que cette honte de choc passe et qu'on ne se dise pas protéger, protéger en particulier nos enfants est une priorité. Je viens sur un autre dossier, mais qui pour moi y est lié. L'aide sociale à l'enfance. Edouard Philippe lui-même, qui n'est pas mon partenaire politique, dit que c'est un scandale national, que c'est une honte pour la République. Comment ça se fait qu'on arrive à ça ? On accepte que de manière... Le fonctionnement, là ce ne sont pas des dysfonctionnements ce dont on parle, c'est le fonctionnement de la société. Que le fonctionnement de la société fasse qu'on ait des vies brisées par centaines de milliers et en vérité par millions. Et peut-être que c'est ça le problème. C'est qu'il s'agit de fonctionnement. Ça veut dire que finalement, en voulant mettre fin à ça, il faut troubler l'ordre public. Il faut troubler un ordre qui est là, installé depuis des millénaires dans nos sociétés. Un ordre où finalement le viol et l'inceste est à la fois dénoncé comme étant un crime mais en vérité est traité comme étant un délit mineur et on laisse faire.
Est-ce que cet ordre c'est aussi le patriarcat ?
Bien sûr. C'est cet ordre-là qu'il s'agit de bousculer, qu'il s'agit de changer. Et on voit toutes les résistances qu'il peut y avoir à ça.
L'un de vos engagements c'est également la question du logement et particulièrement la question du logement étudiant. Vous avez signé dès 2023 un texte sur le sujet. En moyenne, il faut débourser 583 euros aujourd'hui pour louer un studio d'environ 25 mètres. En France, 923 euros à Paris, 780 à Saint-Denis. Pour citer quatre exemples, je ne parle même pas de la difficulté de trouver un logement tout court. Quelles mesures vous allez prendre ?
D'abord dire qu'aujourd'hui, c'est les résultats de mon master, c'est les résultats de Parcoursup et c'est la course pour des parents à réussir à obtenir un logement pour leurs enfants et étudiants. À Paris, c'est 12 demandes pour une offre. À Lyon, c'est 9 demandes pour une offre. À Rennes, c'est 7 demandes pour une offre. Et on n'a que 8% des étudiants. qui sont hébergés dans des résidences universitaires Crous. Je tiens à mettre ça sur la table parce que pour moi, le logement est le point de blocage de la société française. Le pouvoir d'achat, en vérité, c'est la question du logement, c'est la part du budget des ménages qui est consacrée au logement qui vient entamer le pouvoir d'achat. Mais même quand on regarde les questions de natalité, quand on demande aux jeunes couples pourquoi vous retardez l'arrivée d'un enfant, pourquoi vous y renoncez, la première cause qu'ils donnent, c'est le logement. Les inégalités, la mobilité professionnelle, tout ça dans notre société est entravé par le logement. Donc plusieurs mesures. 1. On plafonne les loyers. Oui, on les contrôle. On ne laisse pas monter les prix. Là, ça a grimpé pour le logement étudiant de 20% en 5-6 ans.
Donc c'est la généralisation de l'encadrement des loyers.
Exactement. Première mesure. Deuxièmement, un logement sert à se loger et à se loger à l'année. Et on privilégie les locataires qui sont là pour y habiter à de la résidence secondaire, à du Airbnb, voilà.
Vous interdisez ?
Je demande à ce qu'il y ait une commission, une commission d'usage des logements, qui décide à chaque transmission, à chaque fois qu'il y a un logement qui est vendu, est-ce qu'on accepte que le propriétaire qui rachète en fasse du Airbnb ? Est-ce qu'on accepte qu'il en fasse une résidence secondaire ? Est-ce qu'on accepte qu'il en fasse un logement vacant ? C'est un logement sur cinq à Paris qui est vacant. C'est quand même gigantesque. Ou bien est-ce qu'on dit, écoutez, vous le rachetez, d'accord, mais en revanche, vous devez y mettre un locataire à l'année. Enfin, troisième point, il faut un programme de construction du logement. Les constructions de logements, on n'a jamais été aussi bas dans notre pays, et en particulier à destination de ceux qui entrent sur le marché immobilier qui est bloqué, c'est-à-dire la jeunesse, il faut un grand plan de construction de résidences universitaires d'un côté, de foyers de jeunes travailleurs de l'autre.
Et vous vous appuyez sur le public ou sur les bailleurs privés ?
Là, ce dont je parle sur le troisième point, c'est d'abord, il doit y avoir un programme volontaire, un programme plus public, de multiplication par quatre, sachant que là, le choc de l'offre a été envisagé en vérité, une grande chute par Macron, de construction de logements publics. Mais évidemment, il y a de la construction de logements privés aussi. Et je veux dire que nous portons un doublement du prêt à taux zéro. Pourquoi ? Parce que les gens finalement, quand ils restent locataires tout le temps, quand ils n'ont pas la possibilité d'accéder à la propriété, c'est quelque part un sentiment de déclassement, de plus faire ce qu'ont fait nos parents, nos grands-parents. Et donc là, le doublement du prêt à taux zéro nous paraît utile pour ça.
Vous êtes candidat à la présidentielle. Jusqu'à quand ? Est-ce que vous irez jusqu'au bout qui t'a empêché la gauche d'être au second tour ?
Aujourd'hui, la gauche, ce n'est pas moi qui l'empêche et ce n'est pas moi qui crée la division. Parce que ce que je viens proposer et ce que je maintiens, c'est qu'il nous faut une primaire. Une primaire qui fait qu'il y a des tas de talents aujourd'hui à gauche, comme dans l'équipe de France. On a des belles individualités, mais qui ne jouent pas ensemble.
Mais vous y croyez encore à la primaire ? Elle n'est pas finie, comme l'a dit Jean-Luc Mélenchon à Saint-Denis ?
Il va y avoir un vote du PS vraisemblablement sur primaire ou pas primaire. Et moi, je viens dire aux camarades socialistes, ce n'est pas seulement un choix de méthode que vous avez à faire. Est-ce que vous choisissez de refermer la parenthèse qui s'est ouverte en 2022, ou vous faisiez corps avec votre gauche, avec les écologistes, avec nous, ou bien est-ce que vous tournez à nouveau vers la suite du macronisme ? Donc il n'y a pas seulement un choix de méthode, mais il y a un choix d'orientation qui est à faire. Qui sera à faire du côté des militants socialistes.
Et dans tout cela, qu'est-ce qui vous distingue de Raphaël Glucksmann ?
Écoutez, moi, ma volonté, c'est d'avoir une gauche populaire. Ce que je porte dans la durée, c'est la question de l'industrie, c'est la question des salaires. Je vous le dis sans méchanceté, mais quand on veut réconcilier gauche et populaire, le faire avec la figure de Raphaël Glucksmann, ça va être quand même très, très, très, très compliqué. Je vois sur une...
Pourquoi il ne peut pas incarner la gauche populaire ?
Lui-même a dit, il n'y a pas si longtemps, a écrit qu'il était plus à l'aise à New York qu'en Picardie. À un moment, la campagne, elle va se dérouler en Picardie. Elle ne va pas se dérouler à New York. Elle va se dérouler sur des parkings d'usines. Et je vous assure que ça va être bien compliqué pour lui d'aller attirer soit le Parti socialiste et ses alliés y ont renoncé, d'aller attirer les ouvriers. François Hollande disait déjà perdre les ouvriers, ce n'est pas grave. Je crains que ça soit une machine à faire fuir encore davantage, à faire fuir de la gauche un vote populaire.
– Mais quand vous avez eu, je vais revenir sur cette phrase qui est un peu interpellée, phrase que vous avez prononcée il y a quelques jours, où vous dites que vous refusez l'immigration pour le travail et un plan d'importation massive de la main-d'œuvre étrangère. Est-ce que ce n'est pas un peu étonnant pour un candidat de gauche ? Est-ce que là, justement, vous vous adressez à ces ouvriers, à votre électorat, en Picardie, dans la Somme, qui est tenté par le Rassemblement national ? C'était ça le message ? – Absolument pas.
Moi, je veux le dire avec clarté, je l'ai déjà dit et je l'ai répété, je suis pour la régularisation de tous les travailleurs étrangers qui se trouvent aujourd'hui sur le sol français. Tous ceux qui n'ont pas de papiers mais qui bossent, qui bossent dans les usines parfois, mais bien davantage dans le bâtiment, qui bossent dans la restauration, je souhaite qu'ils aient des papiers qui soient protégés par le même code du travail que les salariés français. En revanche, quand je vois une équivalence qui est en train de s'établir, à laquelle participe le MEDEF, et qui dit voilà, crise démographique égale importation de salariés déjà formés, je dis non, je ne souhaite pas ça. Je ne souhaite pas ça parce que c'est mauvais pour les pays du Sud. Vous savez, le coût d'une infirmière, puisque par exemple dans la santé, quand je vais dans les EHPAD privés à leurs assises, on me dit, ben voilà, ce qu'on va faire, c'est faire venir des soignantes subsahariennes. Le coût de formation d'une infirmière subsaharienne pour un pays, pour le Kenya, c'est 40 000 euros. Quand elles partent vers les pays du Nord, c'est une perte pour eux de 400 000 euros. Et c'est dénoncé par un certain nombre de chercheurs comme une nouvelle forme de colonialisme. Donc ce que je viens de dire, c'est formons nos talents ici, et je le dis, qu'ils soient français et ou étrangers, qu'ils soient avec ou sans papiers.
Dernière question, Jean-Luc Mélenchon a pris beaucoup d'avance à gauche dans la campagne. C'est un adversaire aujourd'hui pour vous ou c'est un allié futur ?
Mon adversaire, il s'appelle Jordan Bardella de Monaco. D'accord ? Voilà. Et c'est très clair.
Donc vous pourriez rallier Jean-Luc Mélenchon ? Si vous voyez qu'il est en tête dans les sondages à la fin de l'année ?
Je pense que la prochaine fois que vous recevrez Jean-Luc Mélenchon, je pense que ça vous arrive tous les matins, vous lui demanderez, est-ce que vous pourriez rallier François Ruffin ? Et vous verrez bien quel sera sa référence.
On l'invite à venir. Je lui poserai la question s'il accepte de venir. Merci beaucoup. Merci François Ruffin d'avoir été notre invité. La une des journaux du groupe EBRAS, c'est le foot.
Vous avez regardé ? Bien sûr !
Eh bien, une première mi-temps soporifique où j'ai pu continuer ma sieste. Et non, ce que j'ai vu, alors moi, on a eu la chance dans les années 80, j'ai eu la chance de grandir avec Tigana, Giresse, Platini, Fernandez, un quator magique. Et là, je me demande si on n'a pas un nouveau quator magique, Olizé, Dembélé, Mbappé, Doué. Et quand on a franchement Ryan Cherky et… Vous avez regardé, on est sûrs maintenant. Quand on a un… Quand on est sur le banc avec Marc Aulas qui est sur le banc, c'est magnifique. Je pense que non seulement gagner, j'en sais rien, mais je pense qu'on peut mettre du panache dans cette Coupe du Monde et on peut avoir une belle équipe qui produit un beau football. Et hier, la deuxième mi-temps a été vraiment très belle à regarder.
Allez, François Ruffin, prochain sélectionneur de l'équipe de France.
Merci beaucoup. Je peux faire commentateur sportif pendant très longtemps.
Merci d'avoir été notre invité. On va parler foot, c'est la une de nos journaux régionaux ce matin.
François Ruffin