Colombe Brossel : "Pierre-Édouard Stérin ne s'est pas caché de son agenda politique" - Vidéo
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Colomb Brossel, merci d'être avec nous. Vous êtes sénatrice socialiste de Paris et rapporteur de cette commission d'enquête sur les mécanismes de financement des politiques publiques par le privé et les risques que cela entraîne pour la démocratie. Vous avez auditionné le milliardaire conservateur Pierre-Edouard Sterrin. Pierre-Edouard Sterrin, Vincent Bolloré, Mathieu Pigasse sont-ils les nouveaux manias de l'influence ? La campagne présidentielle sera-t-elle bouleversée par des médias d'opinion et par l'influence de ces milliardaires ? D'abord un mot, Colomb Brossel, avant de revenir sur votre commission d'enquête. Sébastien Lecornu, cette semaine, a prévu de réunir les forces politiques sur les ingérences électorales. Ce qui s'est passé pendant les municipales, ce qui risque de se passer pendant la présidentielle, il souhaite faire le point. Est-ce que vous voulez redouter ces ingérences électorales pendant la présidentielle et les conséquences qu'elles pourraient avoir sur le scrutin ?
Bien sûr. Bien sûr parce qu'elles ont déjà existé à l'étranger. On se rappelle des élections en Roumanie. Parce qu'elles ont commencé à exister dans un certain nombre. De scrutins électoraux en France. Et donc bien sûr qu'elles doivent être redoutées et qu'elles sont redoutées. Qu'elles soient des ingérences étrangères, qu'elles soient des coalitions étranges qui se permettent de peser sur le scrutin. Nous avons aujourd'hui quelques armes au sens démocratique, notamment avec le travail qui est effectué par Virginium. Mais il faut aller bien au-delà si on veut que l'ensemble des Français, pour le scrutin à venir, qui n'est pas n'importe quel scrutin, aient en main toutes les clés, toutes les cartes pour faire leur choix de manière éclairée. Et aujourd'hui, on est dans une situation de fragilité.
Mais comment on lutte ? Parce que là, ce n'est pas rien que le Premier ministre réunisse toutes les forces politiques. Comment on peut lutter contre ces ingérences ?
Il y a évidemment le fait d'observer. C'est notamment le rôle de Virginium sur les ingérences étrangères. Observer tout ce qui se passe. Et ensuite, avoir les moyens de rétablir la vérité et de lutter contre ces formes de... Il y a un conglomérat qui existe sur le traitement des... Pardon pour l'anglicisme, des fake news. Là-dessus, on a besoin de contrôles démocratiques. On a besoin de médias qui effectuent ce travail. Et donc, on a besoin, par exemple, en France, d'un renforcement des moyens de l'ARCOM, qui doit pouvoir... C'est une proposition qui a été faite.
Qui est le gendarme de l'audiovisuel. Pardon.
Qui est pas à même aujourd'hui de lutter contre ces ingérences. Voilà. Exactement. Et donc, de rehausser le niveau d'interrogation. Et donc, on a besoin de l'intervention de l'ARCOM, notamment sur le traitement de ces fake news. Parce qu'elles peuvent être des ingérences étrangères, comme elles peuvent être des stratégies d'acteurs nationaux.
Parce que l'ARCOM est dépassée aujourd'hui ?
L'ARCOM, aujourd'hui, n'a pas tous les pouvoirs. Et l'ARCOM, par ailleurs, est en effet un peu dépassée par le nombre de sujets qui sont face à elle. Et puis, on a le sujet des GAFAM, parce qu'ils sont évidemment au cœur de ces fabriques d'accélération. Je pense aussi au travail qui est en train d'être fait par nos collègues Laurent Laffont, Sylvie Robert, Agnès Evren, sur ce qu'ils ont appelé les zones grises de l'information. On a des zones d'information qui sont très encadrées. Et l'ARCOM, on est le gendarme. Et puis, on a ces zones grises d'influenceurs autoproclamés qui ne répondent à aucune des marges de certification de la véracité des informations. Ils sont en train de finir leurs travaux. Je pense que c'est important qu'on regarde bien la chaîne. Parce que cette chaîne d'information, cette chaîne de fabrique d'information qui peut être de la fabrique d'opinion, elle aboutit à dévier, dériver la franchise, la transparence d'un scrutin aussi majeur que le scrutin présidentiel.
Pourquoi vous avez voulu cette commission d'enquête sur les mécanismes de financement des politiques publiques par le privé ? Quelles étaient vos inquiétudes et quelles sont vos attentes ?
Nos inquiétudes, elles étaient le fait que dans un certain nombre de politiques publiques, la baisse des financements publics ou sa complexité faisait rentrer dans le jeu beaucoup d'acteurs privés. Et on s'interrogeait sur le fait que ces acteurs privés aient ou non des stratégies qui ne soient pas uniquement celles de la philanthropie. Et puis, on s'interrogeait sur la transparence en termes de financement. Parce que la transparence, ça garantit le fait que tout un chacun puisse, à minima, savoir de qui on parle et de quoi on parle. Quatre mois après le début de nos auditions, on forçait de constater que 90% des acteurs de la philanthropie sont des acteurs formidables qui permettent dans notre pays l'innovation sociale, des projets qui font du sens, qui font des communs. Et puis, il y a d'autres acteurs. Et de ce point de vue-là, l'écosystème autour de Pierre-Edouard Sterrin est intéressant. Il y a des acteurs qui passent leur temps à être dans des stratégies d'opacité. Personne ne sait jamais de qui on parle et qui finance quoi. Avec manifestement un agenda politique. Et Pierre-Edouard Sterrin ne s'en est pas caché lors de son audition la semaine dernière. C'est peu de le dire. Et qui, pour autant, sous couvert d'activités de philanthropie, finance dans le champ de l'éducation, dans le champ de la culture et du patrimoine, dans le champ de l'ensemble de l'accompagnement des personnes en fragilité. C'est une question, pour le coup, purement démocratique.
Et justement, on va revenir sur cette audition de Pierre-Edouard Sterrin. C'est votre éclairage, Quentin. Pierre-Edouard Sterrin qui s'est montré, durant cette audition, calme et courtois. Assumant ses prises de position libérale et conservatrice, ce sont ses mots.
Effectivement, c'est un homme affable, très respectueux, qui a témoigné en visio jeudi devant votre commission d'enquête sur le financement privé des politiques publiques. C'est déjà une surprise en soi parce que, jusqu'à présent, Pierre-Edouard Sterrin avait refusé ce type d'audition. Il ne s'était pas présenté à l'Assemblée nationale après une convocation similaire. Et donc, globalement, on peut le dire, le ton a été très courtois. Mais dès le début de l'audition, l'homme d'affaires a mis les pieds dans le plat. Il est exilé fiscal depuis 2012, début de la présidence de François Hollande. François Hollande n'aime pas les riches et moi, je n'aime pas les socialo-communistes. C'est ce qui m'a donné l'occasion de déménager, a-t-il dit. Et Pierre-Edouard Sterrin a expliqué que l'argent qu'il n'avait pas versé aux impôts depuis cette date avait servi à financer en France des projets d'intérêt général ou des projets métapolitiques, je cite.
Et Pierre-Edouard Sterrin s'est défini politiquement lors de cette audition.
Voilà, Pierre-Edouard Sterrin qui a raconté son parcours. C'était assez intéressant. On découvrait aussi certaines informations sur son enfance, classe moyenne, des difficultés à l'école. Mais un homme qui a lancé des myriades d'entreprises, des projets pour faire fortune jusqu'à devenir milliardaire. Une fois cette fortune amassée, il dit avoir voulu essayer de faire le bien. Ce sont ces mots, là encore, avec des entités, le Fonds du Bien Commun et la Fondation Périclès, qui sont au cœur de votre enquête, Colombre-Brussels. Mais il a refusé d'être défini comme proche de l'extrême droite. On écoute un extrait de son audition jeudi matin.
Il fallait me définir politiquement. Je me définirais comme étant au centre de la droite. J'ai été militant RPR dans les années 80, bien que j'ai été très jeune à l'époque. Je suis au centre de la droite et j'ai essayé de contribuer à travers Périclès à la diffusion de ces idées qui me semblent être utiles et importantes pour la France.
Et Pierre-Edouard Sterrin s'est montré flou sur les flux financiers. De son empire philanthropique.
Cet argent, il est où ? Il va où ? Il sert à quoi ? C'est ce que vous avez demandé, Mme Brosselle. Quand la présidente de la commission d'enquête, c'est la centriste Sonia de la Provoté, elle a regretté de ne pas pouvoir regarder à l'intérieur du moteur. Pierre-Edouard Sterrin qui a décrit une organisation articulée autour de sa holding belge qui redistribuerait les profits de ses activités entrepreneuriales vers ses structures philanthropiques. Mais sur les aspects techniques, il a admis toutefois ne pas être en mesure de répondre. Donc précisément, écoutez un deuxième extrait de son audition.
Tout ce qu'on fait est parfaitement légal. On a un souci de transparence important dont je crois témoigne la participation de mes associés aux différentes réunions qui ont eu lieu sur les derniers jours. Si on voulait cacher quoi que ce soit, je ne m'embêterais pas à être en Belgique. Je serais parti beaucoup plus loin dans des juridictions plus exotiques. Ce qui n'est pas le cas parce que toutes nos structures juridiques sont en France et en Belgique. Et la Belgique fonctionne à peu près comme la France. Donc voilà, on a vraiment strictement. Rien à cacher sur quoi que ce soit.
Alors, Colombre, Bruxelles, qu'est-ce que vous avez pensé de ces réponses ? Est-ce que vous avez la garantie avec ces réponses de la parfaite légalité de ce que fait M. Sterrin ?
Ça ne m'appartient pas à ce stade de juger de la légalité. Nous, ce que nous regardons depuis quatre mois, c'est la transparence des financements. Parce que la transparence, elle garantit le regard démocratique, que ce soit celui des citoyens, des journalistes ou des élus. Force est de constater qu'au-delà, vous l'avez dit, du ton affable et courtois, tout le monde est affable et courtois dans une commission d'enquête, notamment sénatoriale. Au-delà du ton affable et courtois, il y a une opacité toujours aussi folle sur ce que j'avais qualifié au point de départ d'écosystème et en fait qui s'avère bien être un écosystème autour de Pierre-Édouard Sterrin, avec des structures qui se créent, puis qui sont défaites, puis qui en recréent d'autres, puis qui se mettent ensemble pour en recréer une troisième. Tout ce petit monde participant à financer, co-financer, des projets sous couvert de philanthropie et avec une forme d'impossibilité pour aucun de nos interlocuteurs d'être tout à fait explicite sur un certain nombre de sujets.
Et le fait qu'ils soient en Belgique, ça joue en quel sens ? Plus de transparence ou plus d'opacité ?
Plus d'opacité.
Contrairement à ce qu'il dit donc ?
Bien sûr. On peut sauter comme un cabri en disant je suis transparent, je suis transparent. Ça ne fait pas de la transparence pour autant. Aujourd'hui, on en est toujours au point où nous ne savons pas ce qu'il dit. Ça, c'est le fonds de dotation, le fonds du bien commun, qui est un objet administratif au service de la philanthropie. Ce n'est pas une création ex nihilo de Pierre-Edouard Sterrin et de son écosystème. Est-ce que le fonds de dotation est financé par des dons ou par des prêts ? Ce n'est pas anecdotique parce que ce n'est évidemment pas du tout la même dynamique. Écoutez, on ressort de ces auditions sans jamais le savoir avec Pierre-Edouard Sterrin qui dit écoutez, moi j'ai d'autres choses à faire, je ne sais pas.
Ça ne consomme que 10% de mes activités.
Oui, puis allez voir les gens. Les gens qui me dirigent, on les avait déjà vus, les gens qui me dirigent qui disent, nous on ne sait pas, on n'a pas les infos.
Mais qu'est-ce que ça change des prêts ou des dons à la fin ?
Je ne sais pas. Aujourd'hui, la loi, elle encadre strictement ce qui peut être mis au pot d'un fonds de dotation. Et nous, on a travaillé beaucoup par exemple sur cette affaire de fonds de dotation qui sont venus percuter le monde de la philanthropie. Ils s'en créent un par jour. Il y a des choses absolument formidables. Et puis, il y en a 30 à 40% qui sont dormants et dont l'administration dit elle-même qu'ils pourraient être soit des outils d'optimisation fiscale, soit des outils qui peuvent mettre en danger l'ordre public. Et donc nous, dans notre rôle pour le coup de commission d'inquiète, on s'intéresse à la légalité, c'est une chose, mais aussi à l'activité.
Il y a aussi une question politique. On l'a entendu, il assume lui son positionnement politique. Il est tout à fait respectueux des institutions parlementaires. Et finalement, est-ce que c'est un simple homme d'affaires assez riche qui finance des activités ? Des activités philanthropiques ? Ou est-ce que vous en faites un opposant politique sur l'autre côté de l'échiquier politique ? Est-ce que vous lui reprochez ses opinions politiques ?
Alors, le sujet n'est pas celui-là. Le sujet n'est pas celui-là. Pierre-Edouard Sterrin peut se définir comme au centre de la droite quand il affirme être en faveur d'un projet de remigration. Ce n'est pas un mot anecdotique dans l'histoire politique de notre pays. La remigration, c'est théorisé par les plus identitaires de l'extrême droite. Et donc, il peut se ripolliner de centrisme libéral, quand il adresse des signaux de cette manière-là. Personne ne lui demandait, c'est lui qui l'a posé. Quand il adresse des signaux de cette manière-là, à l'extrême droite, la frange la plus identitaire, c'est qu'il est bien en dehors du champ du centrisme libéral.
Donc, il n'est pas au centre droit comme il le revendique ? Bien sûr que non. Il est à l'extrême droite ? Évidemment. Et il est en dehors du champ républicain ?
Mais le sujet, ce n'est pas ses opinions politiques, ses opinions personnelles. Il a le droit d'en avoir comme tout le monde. Le sujet, c'est, est-ce qu'il met, en plus exilé fiscal, est-ce qu'il met sa fortune d'exilé fiscal au profit d'une forme d'orientation des politiques publiques en s'y introduisant et en les finançant largement ?
Mais quand il dit le centre de la droite, c'est l'union des droites ensuite qu'il vise, effectivement, la droite parlementaire et l'extrême droite.
C'est en tout cas ce qui était explicitement écrit au point de départ du projet Périclès. C'était la victoire de l'extrême droite dans différents moments électoraux et l'union de la droite et de l'extrême droite. Et quand on l'interroge en disant, mais est-ce que ce projet est toujours d'actualité ? Il sort sa carte magique en disant, ben non, c'est de la métapolitique, ce n'est pas de la politique. Bon, moi j'avais l'impression d'être au Uno quand vous sortez votre carte magique. En fait, ça n'arrête pas le jeu. La différence entre la métapolitique et la politique est un peu ténue. Et utiliser la philanthropie, dont je répète que notre pays a besoin pour un projet politique, c'est évidemment changer de dimension.
Mais il n'est pas le seul homme millionnaire, milliardaire à vouloir faire de la politique. Il y a aussi un banquier d'affaires. Propriétaire de Média, des Inrocks, de Radio Nova, qui s'investit de plus en plus en politique. Et qui ne se cache pas de mener un combat contre la droite et l'extrême droite, c'est Mathieu Pigasse. Est-ce que là aussi, c'est un problème ?
Que nous allons recevoir cette semaine dans la commission d'enquête, évidemment. Le sujet pour nous, ce n'est pas la question des personnes, même si cet écosystème autour de Pierre-Edouard Sterrin a vraiment, je pense, une valeur illustrative sur le manque de transparence et l'opacité. Le sujet, c'est est-ce que sous couvert d'actions en matière de philanthropie, de financement d'écoles, de financement de projets culturels, de financement de projets patrimoniaux, est-ce que vous êtes dans une stratégie, finalement, d'influence cachée sur un certain nombre de politiques publiques ? On n'a volontairement pas traité la question des médias dans notre commission d'enquête. Vous avez dû le voir, qu'aurait mérité une commission d'enquête à elle toute seule
et qu'aurait pu durer 12 mois. Vous sentez Vincent Bolloré, Mathieu Pigasse, de votre réflexion ?
Vous aurez remarqué que nous n'avons pas travaillé autour de la question de la prise de pouvoir par Vincent Bolloré, en l'espèce, dans un certain nombre de médias, que ce soit de façon verticale ou horizontale.
Mais est-ce que Mathieu Pigasse, c'est aussi un problème ? Ou est-ce que lui, qui ne se cache pas, il l'a dit ce week-end, il ne ferme pas du tout la porte à une candidature à la présidentielle, ça pourrait être le candidat de votre camp ? Alors, d'abord, on va distinguer la commission d'enquête,
ça ne servira pas à faire la primaire de la primaire de la primaire de la gauche. Et heureusement, d'ailleurs. On va le recevoir cette semaine pour justement voir avec lui. Nous, ce qui nous intéresse, c'est la transparence. Si les choses, sont transparentes, alors les uns et les autres, les citoyens, les élus, les journalistes, peuvent faire leur travail et leur choix en conscience. Si on est sur des stratégies opaques, si on est sur des agendas cachés, alors on se retrouve, comme on a eu avec, en audition, des maires absolument formidables, que ce soit sur la question du passeport du civisme ou le label les plus belles fêtes de France, qui nous disaient mais, enfin, nous, on est maire de nos villages et de nos villes, on n'a aucune idée, du fait que les gens qui viennent nous voir nous vendre, nous proposer de l'argent et un agenda caché, et on ne peut pas choisir, et du coup, avoir un rapport sain à la démocratie et à nos habitants. Et vous me faites une parfaite transition,
puisqu'on va voir, justement, comment les maires, les élus, peuvent agir contre la désinformation. On va dans les Yvelines. Bonjour Alexandra Rosetti, bonjour, merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes maire de Voisin-le-Bretonnet, vous êtes une élue très mobilisée contre la désinformation. Vous en avez été victime ?
Oui, comme beaucoup de mes collègues, en fait, la désinformation locale, c'est un défi quotidien, puisqu'il y a des sites, des réseaux sociaux qu'on ne maîtrise absolument pas, évidemment, où on peut dire tout et n'importe quoi, et aujourd'hui même, sous couvert d'anonymat. Donc nous, nous avons d'abord fait preuve de pédagogie avec les habitants, en décryptant la façon dont les réseaux sociaux étaient utilisés à des fins plus politiques, puisque c'est systématiquement, évidemment, contre les élus en place, ce qui ne serait pas un problème si ce n'était pas émaillé d'insultes et absolument pas modéré. Voilà, ça c'est le premier travail qu'on a fait auprès des habitants dans le journal local.
Vous avez organisé ce week-end, il y avait lieu chez vous, un festival sur le décryptage de l'info. Qu'est-ce qu'il en est ressorti ? Et est-ce que la démocratie locale est également en danger face à cette désinformation, à ces fake news ?
Oui, moi je pense qu'il y a un réel danger. Alors, la chance qu'on a eue, c'était de rencontrer des chercheurs de l'université Panthéon-Assas, qui participent à un programme européen qui s'appelle DeFacto. Et donc, Arnaud Mercier, qui est professeur dans cette université, vient à un voisin depuis quelques mois. On est devenus le labo DeFacto. Et on l'a mis en contact avec nos collèges, et nos lycées. Donc, il va avec les professeurs d'éducation aux médias. Et puis, il teste des kits de débiaisement sur les jeunes. Il a également fait des conférences dans la commune, par exemple, sur la façon dont Trump a instrumentalisé le Brexit, ou a utilisé Ebola à l'époque où le virus était sorti. Et nous avons voulu terminer par un point d'orgue qui était donc ce festival samedi dernier. Donc, en fait, c'est l'aboutissement de tout un travail qui a été fait localement. Donc, nous, nous avons beaucoup de chance parce que nous avons des universitaires de renom. Et puis, eux, ils ont un terrain académique assez diversifié. Et ils ont donc testé les jeunes avant les cours qu'on puait donner, et après, pour voir comment ils avaient évolué sur la question. Et en tout cas, les habitants de la commune sont vraiment très intéressés par ces sujets.
Un mot de réaction, Colombre-Salle, sur la mobilisation de ces élus, et de cet élu particulièrement ? Bonjour, Madame la maire.
Moi, j'ai vraiment un grand merci pour l'ensemble de ces actions. J'ai découvert tout le panel d'activités que vous aviez mis en place, le point d'orgue de ce week-end avec le festival. Moi, je trouve ça formidable que des élus se saisissent, y compris à l'échelle municipale, des outils pour permettre d'accompagner les futurs citoyens, collégiens et lycéens, mais aussi les citoyens. Ce que je trouve réconfortant dans le propos que vous tenez, c'est l'appétence des habitants. Parce que ça veut dire que les habitants de votre territoire, ils ont une appétence pour la vérité et pas la post-vérité ou l'absence de vérité. On voit bien à quel point on a besoin de continuer à avancer sur ce sujet, à quel point on a besoin d'outiller, pardon, le mot est pas très heureux, les élus locaux, pour qu'ils ne soient justement pas uniquement en première ligne avec les dangers, mais aussi avec les armes démocratiques. Et donc, merci beaucoup, parce que j'ai trouvé ça passionnant et ça donne surtout très envie de voir comment, à l'échelle nationale, on arrive à accompagner toutes ces démarches. Elles doivent être portées par le gouvernement, on en échangeait tout à l'heure, elles doivent aussi être portées localement. Merci, Alexandra.
Est-ce que je peux juste ajouter, il nous reste 10 secondes ? Très, très, très vite, puisqu'on parlait d'outils, c'est qu'on lance une appli qui va s'appeler Je vérifie l'info, et qui va permettre aux habitants de nous interpeller sur des sujets locaux, et on va les faire vérifier de façon transpartisane pour que les habitants aient des faits vérifiés et vérifiables.
Merci beaucoup, merci Alexandra Rossetti, maire de Voisin, le bretonneux d'avoir été avec nous, Colomb-Bruxelles. On va terminer, évidemment, en parlant de l'affaire Liana, qui provoque une onde de choc dans toute la France, et fait encore ce matin la une de la presse régionale. Regarde, trois titres, La Dépêche, Marche pour Liana, Les Mouvements, Adieu, plus de 6000 personnes qui étaient donc réunies hier dans le Gers, dans les rues de Florence. La une de Sud-Ouest, à L'Ande, mort de Liana, des larmes et de la colère, le journal qui rappelle la colère face au dysfonctionnement de l'État, et puis la une du Dauphiné, et cette phrase Plus jamais ça. Des mobilisations auront lieu aujourd'hui dans plusieurs villes de France. Est-ce qu'on est face à un énorme scandale d'État ? C'est ce que dit ce matin le Rassemblement national.
– On est face à un énorme scandale tout court. Et finalement, des larmes et de la colère, je crois que c'est ce qui traverse, bouleverse l'ensemble des Français, bien au-delà de la classe politique, et on a tous une pensée pour la famille de Liana. Mais finalement, le fait de pointer les dysfonctionnements réels, majeurs, avérés, ça met en lumière le fait qu'on est face à un énorme chantier pour l'État. – Pour arriver enfin à accompagner la parole des enfants lorsqu'ils sont victimes de violences sexuelles. C'est un sujet qui est porté, mais rappelons-nous, au moment de la civise, c'est un sujet qui est porté dans le milieu scolaire au moment de Bétarame, c'est un milieu qui existe dans le champ périscolaire, notamment à Paris, je suis bien placée pour le savoir, même si c'est bien au-delà de Paris. C'est un sujet qui, aujourd'hui, sur le traitement des plaintes, des plaintes sur violences sexuelles, est posé, c'est pour ça que, depuis des années, il y a plein de gens qui se battent en disant qu'il faut une loi intégrale sur la question des violences sexuelles parce qu'il n'y a pas des parts de marché, si vous me permettez de le dire ainsi, il n'y a pas les violences sexuelles contre les femmes, puis à côté, les violences sexuelles contre les enfants. En fait, on est sur un continuum de violences et donc il faut un plan d'action global. Enfin, et le Président de la République ne peut pas s'exonérer de la question des moyens en disant qu'on a augmenté les moyens de la justice, ça suffit. Parce qu'il en faut ailleurs aussi des moyens, et il en faut beaucoup.
Mais les questions, elles se posent suite au dysfonctionnement, au traitement judiciaire des plaintes contre le principal suspect. On va écouter ce qu'en disent les Républicains. François-Xavier Bellamy, ce matin.
Il n'y a aucune raison qu'il y ait un système qui échappe à la responsabilité personnelle. Tous les Français qui nous écoutent savent que s'ils font une faute, ils assumeront les conséquences. Si vous êtes chef d'entreprise, artisan, commerçant, vous êtes policier, vous commettez une faute, vous aurez à en répondre. Eh bien, il n'y a aucune raison que la justice échappe à ce principe de responsabilité. Et aujourd'hui, le grand drame, c'est qu'il n'y a jamais vraiment de sanctions.
Les sanctions ne sont pas assez sévères aujourd'hui ?
Le sujet, ce n'est pas celui des sanctions. Le sujet aujourd'hui, c'est 70 000 plaintes de violences sexuelles contre des enfants qui sont en souffrance, sur 3 millions de plaintes qui sont aujourd'hui en souffrance, parce qu'il n'y a pas assez de gens pour les travailler, puis ensuite les instruire. C'est ça, le sujet. Et donc, c'est ça. Mais c'est ça. C'est un problème de moyens, parce que le chef de l'État dit que ce n'est pas uniquement un problème de moyens. Mais c'est un problème de moyens quand aujourd'hui, dans les commissariats, il n'y a pas assez de policiers ou de gendarmes pour travailler sur les enquêtes.
Mais là, on est sur un problème de moyens où on est face à des personnes qui ont sous-estimé les plaintes, qui ont sous-estimé la parole d'une enfant.
Mais ce sujet-là, il arrive partout, tout le temps, sur le territoire. Quand des enfants doivent être entendus suite à... à un dépôt de plainte pour violences sexuelles et qu'on met six mois à entendre des enfants, ce n'est pas un sujet de responsabilité individuelle, c'est un sujet de personnes, d'enquêteurs qui ne peuvent pas. Et donc, il faut aujourd'hui vraiment une loi intégrale. Ce n'est pas uniquement un slogan des associations féministes de défense des enfants. C'est le fait que tout le monde s'y mette et que ce soit enfin une priorité.
Juste parce qu'il nous reste très peu de temps, les parlementaires vont se mobiliser. Est-ce qu'il faut une commission d'enquête ? Est-ce qu'il faut des auditions de Gérald Darmanin en une aide ?
Mais bien sûr qu'il faudra une mobilisation des parlementaires, comme il faudra...
Vous allez la porter, vous, au groupe socialiste ?
Rendez-vous dans les jours qui viennent. Mais il faudra aussi, par exemple, remettre la civise au centre du jeu. Comment se fait-il que dans ce pays, il y a trois ans, tout le monde était mobilisé sur l'accompagnement des enfants qui avaient été victimes de violences, et aujourd'hui, ça n'existe plus ?
Merci, Colombre-Sel. Merci beaucoup d'avoir été notre invité.
Merci à vous.
Colombe Brossel