Xavier Iacovelli, son combat pour les enfants placés - Vidéo
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Je vais te débarbouiller le visage, d'accord ? Je mouille le gant. Tu veux le faire ?
C'est une scène banale qui pourrait se passer dans n'importe quelle crèche. Sauf qu'ici, nous sommes dans une pouponnière, là où sont placés les enfants que la justice a sortis de leur milieu familial.
Là, on va aller dans la chambre ? Tu vas aller te coucher ? Allez, au-dedans !
Pour 7 enfants comme pour la trentaine qui sont accueillis ici, la pouponnière est leur lieu de vie 24 heures sur 24.
Bonne sieste ! Bonne sieste à l'âme !
C'est des enfants qui ont des situations particulières, parce qu'ils ont une histoire particulière. Ils ont été placés pour une raison qui peut être diverse. Ça peut être maladie psychique, alcoolisme, drogue, etc. Déjà, ils ont un vécu particulier. Ils ont un développement particulier chez nous, puisqu'ils ne vivent pas... comme les enfants en lambda, avec leurs parents en permanence. Donc, ils réclament beaucoup d'attention. Ils ont des développements un peu plus ralentis, généralement. C'est pour ça qu'il y a différents professionnels qui interviennent à la pouponnière pour les aider à évoluer au mieux, comme psychomotricienne, orthophoniste, kiné, un peu de tout.
La pouponnière du Plessis-Robinson est une des structures de l'aide sociale à l'enfance des Hauts-de-Seine. Aujourd'hui, Xavier Iacovelli, sénateur du département, est venu voir comment s'organise cette prise en charge d'urgence pour les plus petits.
Bonjour !
Bonjour !
Bonjour, mademoiselle ! Bonjour ! Ça va ? Alors, comment tu t'appelles ?
Normalement, l'accueil ici est limité à 4 mois, renouvelable une fois, mais la réalité est parfois différente, faute de solution.
Ce petit loulou, il vient d'arriver.
Oui.
Depuis novembre. Ça, ça fait depuis l'été dernier.
Et est-ce qu'il y a des prévisions de placement en famille d'accueil ?
Alors, on ne peut pas encore en parler, mais c'est prévu par ici. D'accord.
C'est une bonne nouvelle. C'est une bonne nouvelle.
Oui. Sur ce groupe, qu'un seul.
D'accord. Et en fait, c'est parce qu'on manque de famille d'accueil, c'est ça ?
Oui, tout à fait. Avant, on en avait beaucoup plus, et on en a de moins en moins.
Les spécialistes de la protection de l'enfance nous disent qu'en fait, le placement individualisé, entre guillemets, en famille, est le meilleur.
Si on préconise de nous en faire pour les enfants, c'est toujours mieux que la collectivité.
Bien sûr. Faute de familles d'accueil assez nombreuses, les Pouponnières ne désemplissent pas une mission essentielle pour les Hauts-de-Seine.
Aujourd'hui, on a deux Pouponnières dans le département, et avec une volonté aussi du président Sifredi, du président du département des Hauts-de-Seine, d'investir massivement dans la protection de l'enfance et aussi un retard qui avait été là depuis des années. Et donc tout ça, c'est un cadre qui coûte excessivement cher effectivement au département, et au département des Hauts-de-Seine en particulier, mais qui est aujourd'hui nécessaire pour protéger ces enfants qui sont sous notre responsabilité.
Si le département dépense aujourd'hui plus de 250 millions d'euros par an pour l'aide sociale à l'enfance, cette mission n'a pas toujours été une priorité, jusqu'à conduire à des mises en danger d'enfants placés.
J'en ai où ? Ici, on est rue de la Cerisay, à Surennes, à l'hôtel Savoie. En fait, c'était un hôtel, enfin, c'était un hôtel social. Et c'est là où, en fait, tout a commencé. Et c'est là qu'il y a eu le jeune Jess qui a été tué par un autre enfant de l'ASE. Et en fait, on s'est rendu compte, en creusant un peu, qu'il y avait 29 enfants de l'aide sociale à l'enfance qui étaient placés dans un hôtel social, sans encadrement, sans référent, et livrés un peu à eux-mêmes entre 15 ans et 18 ans.
Ce drame, survenu en 2019, servira de révélateur. Ils étaient, à l'époque, 10 000 à 20 000 enfants placés dans des hôtels d'urgence, faute d'investissements suffisants de certains départements.
Donc, ça a été un drame qui était, donc, en proximité de chez moi et qui m'a poussé, en fait, à m'engager complètement dans la protection de l'enfance et à faire de cette cause la cause de mon mandat, en fait.
En 2022, la loi Taquet a interdit l'hébergement d'enfants placés en hôtel depuis. Les Hauts-de-Seine investissent dans des structures pérennes. La plupart sont gérées par des fondations ou associations comme les apprentis d'Auteuil.
Bonjour, monsieur le sénateur.
Bonjour, madame, vous allez bien ?
Oui, bienvenue à Apprentis d'Auteuil.
Merci de votre accueil.
Vous êtes sur le site du campus Saint-Philippe des Apprentis d'Auteuil. D'accord. Et on va aller visiter la maison d'enfants à caractère social.
OK. Ici, à Meudon, les enfants placés ont entre 12 et 18 ans. Et pour les plus âgés, à partir de 16 ans, l'accent est mis sur la vie de l'enfant. C'est un des grands problèmes de la vie de l'enfant. Sur la préparation de la vie après le foyer.
Donc là, c'est des jeunes qui ont entre 16 et 18 ans. Et l'objectif, c'est de les préparer à la sortie. En tout cas, pas la sortie de l'aide sociale à l'enfance, puisqu'on a la possibilité de les accueillir jusqu'à 21 ans. Mais au moins la sortie du collectif.
D'accord, pour arriver dans l'autonomie. Ce qui est un peu compliqué aussi, c'est-à-dire que nous, quand nos enfants, on ne leur demande pas à 16 ans, entre 16 et 18 ans, de préparer déjà leur départ et leur autonomie. Donc c'est... Bonjour, ça va ? Salut. Je suis Gadi Akovelli, je suis vice-président du Sénat. Et comment ça se passe, Medline ? Ça se passe bien. Ouais ? On voit que t'as le sourire, en tout cas, quand tu te dis que ça se passe bien.
En plus, t'as une belle chambre, là, toute neuve, toute repeinte.
Il faut que tu nous la montres, la chambre. Oui.
Tu montres ta chambre, Medline ?
Allez.
Tu suis, par exemple.
Elle est grande, hein ?
Alors, t'as quoi comme vue, là ?
Ah, là, il y a une très belle chambre. Ah, là, il y a une très belle chambre.
Ah, génial ! La priorité pour Melvin, c'est de s'inscrire dans une formation. Lui se verrait bien dans l'animation.
Et après, tu veux travailler dans... Tu préférais quoi ? Dans les centres de loisirs ? Dans les colos ? Dans quoi ? T'as un truc ? Au foyer. Ouais. Au foyer aussi ? T'aimerais travailler dans les foyers ? Ouais, c'est bien. Ouais ? En fait, t'aimerais t'occuper des... Comme les personnes se sont occupées de toi, c'est ça ? C'est ça, tu voudrais reproduire ?
Ouais. Il faut à la fois réussir à prendre en charge un collectif, donc un groupe de jeunes de 12, et à la fois être en capacité de prendre en charge chaque jeune...
Individualiser.
Voilà, et individualiser la prise en charge.
Oui, et puis, en fait, c'est des individus, donc c'est de la dentelle, en fait. Chaque situation est différente, et il n'y a pas un modèle général qui s'applique à tous les enfants, quoi. C'est ça.
En plus de la formation, la priorité est de préparer leur vie hors du foyer à leur majorité. C'est le rôle du service d'accompagnement vers l'autonomie, le SAVA, aux côtés des jeunes de 16 à 21 ans.
Voilà, on arrive sur le SAVA, je vous présente l'équipe.
Voilà.
Bonjour.
Bonjour.
J'ai bien commis. Bonjour. Éducateur, psychologue, chef de service, une équipe pluridisciplinaire est aux côtés des jeunes pour les guider dans tous les domaines.
Parce qu'on les accompagne dans tout ce qui est droit commun, apprentissage droit commun, administratif, gérer un budget aussi, la santé. Et puis on a aussi ACETA qui est arrivé, ça ne fait pas très longtemps, dans notre service, qui les accompagne dans leur logement pour la gestion de leur organisation.
Faire le ménage, faire un manger. Exactement. Oui, bien sûr. Ça coûte cher, certes, mais ça coûtera encore plus cher si on ne les accompagne pas. Exactement. Parce qu'en fait, c'est souvent les mêmes publics. Ceux qu'on n'a pas accompagnés jusqu'à l'autonomie réelle, en fait, on les retrouve ensuite dans les bénéficiaires. C'est-à-dire des minima sociaux, parfois dans la délinquance, dans la prostitution. C'est-à-dire que si on ne les accompagne pas réellement dans cette autonomie, dans cette recherche aussi d'un emploi, d'un métier et d'une vie normale, en fait, ça coûte beaucoup plus cher à la société après.
Investir plus et mieux pour que les enfants de l'aide sociale réussissent leur vie, c'est le combat de plus en plus d'anciens enfants placés, comme Stéphane et Angie, qui militent au sein de l'ADPAP, une association qui fédère et accompagne les anciens de l'ASE. Ce jour-là, ils viennent exposer aux sénateurs les difficultés rencontrées.
Bonjour, bonjour, ça va ? Vous allez bien ?
Enchanté, Stéphane, Xavier, enchanté. Comme tous ceux passés par l'ASE, ils ont connu des obstacles, des freins qui empêchent d'avancer. Pour Stéphane, c'est le fait que sa mère biologique garde l'autorité parentale.
T'as été placé de tes 7 jours à tes 18 ans, mais que tu dépendais encore fiscalement de tes parents et de l'autorité parentale pendant 18 ans.
Oui, et j'ai eu ma carte d'identité non valable depuis mes 14 ans jusqu'à mes 18 ans. C'est-à-dire que j'avais un permis, j'avais un BSR. C'était compliqué d'avoir le BSR, de ne pas mettre en place le permis. Parce qu'en fait, il fallait toujours l'autorisation de tes parents alors que tes parents n'étaient plus dans ta vie.
Angie, elle, a eu un parcours chaotique, enchaînant des familles d'accueil et des foyers, jusqu'à connaître la rue, à sa majorité. T'as fait plusieurs départements sur toute la durée de ton classement.
J'ai énormément bougé, j'ai énormément été à droite, à gauche.
Mais donc, du coup, il y avait une rupture à chaque fois, en fait ? C'était pas les mêmes référents ? Tu repartais à zéro, en fait, tous les 6 ans ?
S'il n'a pas de recette miracle, Xavier Iacovelli pense que trop souvent, les droits des enfants placés ne sont pas respectés et veut désormais s'assurer que cela puisse être le cas.
L'avantage d'un avocat qui soit nommé dès le début du placement, c'est-à-dire qu'en fait, tu n'auras jamais le numéro de téléphone du juge, tu n'auras quasiment jamais le numéro du référent à zéro, d'ailleurs, mais par contre, tu auras toujours le numéro de téléphone de ton avocat. Et donc, en fait, c'est vraiment cette personne de confiance qui est là uniquement dans l'intérêt du respect de tes droits, en fait.
Cette idée de l'avocat obligatoire, Xavier Iacovelli la porte de longue date. En 2025, le sénateur a déposé une proposition de loi en ce sens, prise par une députée à l'Assemblée et votée en décembre 2025. Au Sénat, ce texte arrive enfin en ce mois de mai 2026, un jour important pour le sénateur sur un sujet trop souvent ignoré.
En fait, le problème de la protection de l'enfance, c'est que les enfants, ils ne votent pas. Les parents de ces enfants qui sont sous mesure éducative, généralement, c'est des gens qui sont très éloignés de la chose publique. Et donc, forcément, ce n'est pas électoraliste, en fait, comme... domaine. Et donc, c'est souvent les premiers sacrifiés.
Mais au moment du passage du texte, une partie des sénateurs et du gouvernement hésitent sur l'utilité d'un avocat pour les moins de 7 ans ou sur la capacité des avocats à assurer cette aide juridictionnelle. Mais les défenseurs du texte ne lâchent pas.
Mais quel adulte ici accepterait d'entrer seul dans un tribunal lorsque toute sa vie est en jeu ? Quel adulte accepterait ici d'être placé, séparé de sa famille, sans être défendu ? Alors oui, lorsqu'on parle d'un avocat obligatoire, en assistance éducative, nous ne parlons pas d'un luxe procédural. L'avocat n'est pas là pour décider à la place du juge. Il est là pour défendre les droits de l'enfant. Il sera le gardien de ses droits.
Après plusieurs revirements, l'entrée en vigueur de l'avocat obligatoire est fixée au 6 janvier 2027, avant d'être soumise au vote.
Qui est pour ? Qui est contre ? Qui s'abstient ? Le texte est adopté à l'unanimité. Merci.
Aux côtés d'Aïda Hadizadeh, la députée socialiste qui a fait voter le texte à l'Assemblée, Xavier Iacovelli peut savourer une victoire pour les enfants placés. Super, bravo.
Merci à vous. Donc là, c'est vraiment une victoire sur le fond et on est très contents du résultat. Et encore une fois, on attend avec impatience le vote de l'Assemblée nationale.
L'aboutissement d'une bataille pour Xavier Iacovelli, qui compte bien poursuivre son combat pour les jeunes confiés à l'aide sociale à l'enfance.
Xavier Iacovelli