Annick Billon : "Le monde du travail décrit par la gauche n'est pas ce que je vois sur le terrain" - Vidéo
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Vous êtes sénatrice unioncentriste de la Vendée et vous êtes à l'origine de ce texte sur le travail le 1er mai qui a été adopté, votre texte, dès juillet dernier. Face aux oppositions politiques et syndicales, le gouvernement a repris la main pour proposer un nouveau texte limité à deux professions, les boulangers et les fleuristes, texte adopté hier, on va y revenir, mais qui pose plus largement la question du travail, de la liberté de travail, du temps de travail. Faut-il travailler plus ? On va se poser toutes ces questions durant cette demi-heure. D'abord, Annick Billon, est-ce que selon vous, la France est suffisamment productive aujourd'hui ?
Écoutez, on peut se poser la question déjà, puisqu'on est passé aux 35 heures il y a déjà pas mal d'années. On a tout un tas de services, notamment hospitaliers, qui fonctionnent mal aujourd'hui. On a un temps de travail qui est nettement moins inférieur à nos voisins européens. On travaille 100 heures de moins, par exemple, que les Allemands, 300 heures de moins que les Américains. Donc il y a un sujet, forcément, sur le temps de travail, sur l'organisation du travail et sur cette réflexion qu'on doit avoir. On doit avoir aussi, par rapport à ce qui est proposé aux jeunes, la manière dont ils abordent le travail et leurs attentes. Donc il y a un sujet de réflexion qui est à venir. Et j'imagine que l'élection présidentielle sera forcément un moment où il va falloir faire des propositions sur le travail et les Français.
Et on va en parler, notamment de ces freins à l'emploi. Mais le taux de chômage aujourd'hui s'établit à 8,1%. Est-ce que ça, ça fait partie des réussites des quinquennats d'Emmanuel Macron ?
Je ne sais pas si on peut parler d'une réussite, puisqu'il n'a jamais été aussi haut que depuis 5 ans. Donc c'est... Mais il était pas...
Il était bien plus haut il y a encore quelques années.
Avec des chiffres à... un score à deux chiffres. Oui, tout à fait. Mais il était redescendu. Je pense qu'il y a un certain nombre d'emplois en France qui ne sont pas pourvus. Donc la question se pose, est-ce que les formations, est-ce que les alternances, est-ce que l'enseignement professionnel, toutes les filières sont adaptées pour trouver du travail ? Il faut toujours se poser cette question au moment de l'orientation. Les jeunes doivent être orientés. Vers des métiers d'avenir. Donc ça, c'est une question. À partir du moment...
Ça s'est pas un peu amélioré quand même sur l'apprentissage, qui est quand même beaucoup moins dénigré.
Ça s'est amélioré, forcément. Il y a eu des aides supplémentaires. On a mis énormément d'aides et d'argent pour améliorer l'apprentissage. Mais il reste quand même, dans certains secteurs, des filières qui ne sont pas des filières d'avenir. On disait à un moment, le codage, c'était l'avenir. Aujourd'hui, le codage, c'est plus l'avenir, par exemple, en informatique. Donc il faut adapter. Il faut suffisamment d'agilité aussi. C'est-à-dire que vous avez des territoires... Moi, je suis sénatrice de la Vendée. Il y a l'industrie nautique. C'est une grosse industrie. Il y a un certain nombre d'industries agroalimentaires. Il faut que les cursus qui sont proposés à nos jeunes soient adaptés à la demande. Et parce qu'aussi, en Vendée, il y a un certain nombre d'entreprises. On le voit lorsque on circule en Vendée, qui recherchent des salariés et qui ne trouvent pas de salariés. Alors, c'est pas uniquement le sujet de la formation. C'est aussi... Le sujet de la mobilité. C'est le sujet du logement. Il y a tout un tas de facteurs qui font que ces entreprises ne trouvent pas de salariés pour les postes qu'ils ont à pourvoir.
Et est-ce que ces entrepreneurs que vous rencontrez, ils vous disent aussi qu'aujourd'hui, il y a trop de freins à l'emploi en France ou pas du tout ?
Ah ben, il y a forcément des freins. Je pense qu'aussi, c'est pas adapté à ce que souhaitent et ce qu'attendent les jeunes. Les jeunes, eh bien, ils sont peut-être moins attachés au CDI, par exemple. Ils sont peut-être... Ils imaginent une carrière pas forcément dans la même entreprise. Donc, il faut flexibiliser plus le marché du travail ? Il faut probablement faire des propositions par rapport aux attentes des jeunes qui arrivent sur le marché du travail. Il y a ce sujet des jeunes. Il y a aussi le sujet des seniors. Aujourd'hui, il faut maintenir un certain nombre de seniors. On a voté des textes pour ce sujet. Donc, il faut les appliquer. Il faut réussir à maintenir les seniors dans une activité. Une activité professionnelle plus longue.
Et vous le disiez, il y a aussi la question de la durée, du temps de travail. Est-ce que, selon vous, il faut mettre fin aux 35 heures ? Ou est-ce que ça doit rester la référence légale du travail en France ?
Je ne m'interdis pas la réflexion. Et il faut absolument qu'on se la pose. Parce que l'hôpital public, je le disais à l'instant, si on a un problème aujourd'hui à l'hôpital public, c'est à la fois parce que vous avez une suradministration, de l'hôpital public, mais vous avez aussi les 35 heures qui ont fragilisé, voire plus, l'hôpital public. Donc, il y a un sujet sur les 35 heures. Il faut y mettre fin uniquement dans l'hôpital
ou il faut y mettre fin de manière générale ?
Je cite un exemple. Je reste persuadée qu'il faut avoir une réflexion sur le temps de travail et sur le travail en général. On a démarré la réflexion sur le travail avec les retraites. Les retraites, avec l'âge de la retraite, ça a été débat. C'est pas extrêmement houleux, mais c'est pas parce que c'est houleux qu'il faut s'interdire de débattre. Donc, la loi retraite, elle aurait dû être accompagnée d'une loi travail. Donc, il faut avancer sur l'organisation du travail, sur le temps de travail, sur les carrières longues, sur le travail des femmes, sur les retraites des femmes. Il faut réussir à remettre ces sujets-là qui ont été quand même un petit peu avortés pendant ce quinquennat.
Et la réforme des retraites, elle sera non pas doutée un sujet de la présidentielle, puisqu'elle est suspendue jusque-là. Pour vous, l'augmentation de l'âge de départ à la retraite, c'est inéluctable ou il y a d'autres leviers pour sauver notre système de retraite ?
Il y a forcément d'autres leviers. La seule chose, c'est qu'on a quand même une donnée démographique qui est que le nombre de naissances est en chute phénoménale. Et donc, par rapport à cela, il faut l'intégrer. Donc, à un moment, si on est beaucoup moins, il faudra travailler plus longtemps. C'est mathématique. En augmentant l'âge, forcément ? Alors, c'est pas forcé, je pense pas. Je pense qu'il y a plusieurs solutions sur la table. Mais toutes les solutions doivent être proposées et débattues. Et je reste persuadée que ce sera un des sujets majeurs pour les Français au moment de l'élection présidentielle. Mais c'est quoi les deux solutions ?
C'est remettre à plat le système ? C'est travailler sur la durée de cotisation ? C'est introduire de la capitalisation ? C'est faire une réforme par points ?
Alors, moi, je vois tout un tas de sujets sur la table. Certains penchent pour une solution ou une autre. Je ne suis pas candidate à la présidentielle. Et moi, absolument pas. Donc, je vais être candidate au sénatorial. Ce sera déjà pas mal. Et donc, il va y avoir le débat. Il y a des solutions. Il y a des solutions qui peuvent être mixées. Il faut qu'on avance. Mais il faut qu'on avance vite. Parce que la situation financière de la France, elle est catastrophique. Elle se dégrade.
Et la question du travail et de la liberté de travail, elle était en débat hier au Sénat. Faut-il autoriser les salariés à travailler le 1er mai ? Vous êtes à l'origine de ce texte que le gouvernement a repris à son compte. Mais à revue, on va en parler puisqu'il était donc examiné, adopté, style hier, par les sénateurs. Ce texte qui vise donc, désormais, à autoriser les fleuristes et boulangers artisans à faire travailler leurs salariés le 1er mai. Et c'est un texte qui cristallise beaucoup de tensions.
Oui, souvenez-vous, rien en avril, une proposition de loi avait été déprogrammée en catastrophe par le gouvernement sous la pression de l'opinion. Elle avait été sortie de la navette parlementaire. Cette fois, l'exécutif a dégainé son propre texte. Écoutez.
Le gouvernement n'a aucunement l'intention de revenir sur le caractère férié et obligatoirement chômé du 1er mai pour l'immense majorité des salariés de notre pays. Ce projet de loi est le résultat d'un intense travail de concertation au printemps. Il est le fruit d'un compromis associant les partenaires sociaux et les fédérations professionnelles.
Compromis, compromis. En tout cas, les syndicats sont vent debout contre ce projet du gouvernement. Ils mettent en avant le fait que le 1er mai est un jour particulier. On le rappelle, c'est le seul jour férié obligatoirement chômé en France. On peut travailler le 14 juillet, on peut travailler le 15 août, mais le 1er mai, pas touche. Il a un statut unique dans le code du travail. Aucun salarié ne peut en principe être employé ce jour-là, sauf cas très spécifiques comme dans les hôpitaux ou les transports. La gauche a insisté sur ce point hier en critiquant le projet du gouvernement. Écoutez.
Nous ne sommes pas dupes. C'est cela que vous voulez imposer. Un monde où le salarié est isolé, précarisé, soumis à l'ordre patronal. C'est bien cela que vous n'acceptez pas. Cette flamme qui subsiste malgré les attaques, face au terrible du libéralisme ces dernières années, cette flamme de la lutte, cette flamme de l'espoir, de l'émancipation, de l'amélioration de la condition humaine. Alors Sif, qu'est-ce que ce projet-là va changer ?
Il va régler un problème qui revient chaque année. Certains commerçants ont en effet du mal à savoir s'ils ont droit ou non d'ouvrir le 1er mai, car le code du travail ne précise pas les métiers concernés par l'exception. C'est notamment le cas des boulangers et des fleuristes. Pour les fleuristes, on voit bien l'enjeu. Le 1er mai, c'est le jour du muguet. Pour les boulangers, si le pain en a besoin, en a en tout cas envie tous les jours, résultat, chaque année, le 1er mai, il se retrouve dans une zone grise juridique avec parfois des contrôles de la police et parfois aussi des sanctions.
Et que prévoit concrètement le texte ?
Il vient créer une dérogation pour ces deux professions, les boulangers pâtissiers artisanaux, les artisans fleuristes. Plusieurs garde-fous sont prévus. D'abord, seuls les salariés volontaires pourraient travailler. Leur accord devra être donné par écrit. Des accords de branches devront ensuite encadrer les conditions de l'application. Et puis, enfin, comme aujourd'hui, les salariés travaillant le 1er mai seront payés double. A noter qu'aucun des amendements de la gauche n'a été adopté hier en séance. Madame la sénatrice, est-ce que, comme le dit la gauche, ce texte ne revient pas à remettre en cause notre héritage social ?
Je ne peux pas vous dire le contraire. Parce que, évidemment, ça ne remet absolument pas en cause cet héritage. On l'a dit, répété, depuis le 3 juillet 2025, date à laquelle nous avions débattu au Sénat de la proposition de loi que j'avais déposée avec le président Hervé Marseille, président du groupe Union Centriste. Notre volonté n'était en aucun cas de nous opposer au 1er mai. C'est un totem, c'est un jour férié, chaumier. Nous y sommes attachés. Depuis, nous sommes attachés à l'histoire sociale.
Mais vous reconnaissez comme qu'il y a une inflexion. Parce que le 1er mai, on l'a dit, c'est vraiment quelque chose de... C'est un pilier central du Code du Travail. Et là, vous venez insérer une inflexion dans le Code du Travail.
Alors, pour moi, ce n'est pas une inflexion. Depuis 1946, le 1er mai était travaillé par les boulangers, les fleuristes, sans que ça n'ait posé de problème à personne. En 1986, Martine Aubry avait écrit une circulaire pour donner la possibilité à ces professionnels d'ouvrir le 1er mai. Aujourd'hui, de quoi il est question ? Il est uniquement question de régulariser l'ouverture des artisans boulangers, des artisans... des artisans fleuristes, et de les autoriser à faire travailler leurs salariés sur la base du volontariat avec les conditions de rémunération.
Ça s'intéresse. C'est effectivement l'un des reproches de la gauche hier dans l'hémicycle. C'est de dire, sur la base du volontariat, est-ce qu'ils sont vraiment volontaires quand on a besoin d'argent pour arrondir les fins de mois ? On a souvent besoin de travailler. Est-ce que ça se fera vraiment sur la base du volontariat ?
Les discussions qu'on a pu avoir, on a entendu sur plus de 50 amendements les mêmes arguments, la description du monde du travail, la description de la subordination par une partie de l'hémicycle, la gauche, ce n'est absolument pas, moi, ce que je vois sur le terrain. Aujourd'hui, lorsque je vais dans une boulangerie, je rencontre des salariés qui me disent « Moi, je veux travailler le 1er mai ». Ils ne sont pas avec leur patron juste à côté en train de les menacer de travailler. C'est une vision passée, datée, du monde du travail. Alors, je ne dis pas que tout est formidable dans toutes les entreprises, mais dire que dans toutes les boulangeries et chez tous les fleuristes, on a des méchants patrons qui obligent et qui s'assoient sur le volontariat, c'est véritablement caricaturé. Et imaginer le monde de travail de la sorte, c'est quelque chose de totalement…
– Je peux juste vous regretter que ce soit limité aux boulangers et aux fleuristes. Certains, comme Gabriel Attal, auraient voulu que ce soit étendu à d'autres professions, les bouchers, les poissonniers. Est-ce que c'est regrettable ou est-ce que c'est déjà bien ?
– Merci pour cette question. Parce que, en avril 2025, avec le président Marseille, on dépose ce texte. Le 3 juillet 2025, on fait voter ce texte. Il met 9 mois avant d'arriver à être inscrit à l'Assemblée nationale. Qu'est-ce qui se passe à ce moment-là ? Un certain nombre de candidats, députés, candidats à la présidentielle, s'emparent de ce texte et le politisent. C'est de la politique, forcément, mais ça devient un espèce de totem politique. Qu'est-ce qui se passe ? Eh bien, l'organisation de l'obstruction, pour les débats, le Premier ministre décide l'inscription en commission mixte paritaire, grand mouvement des syndicats et finalement, on n'arrive à rien.
– Gabriel Attal, il a joué contre votre camp.
– Globalement, ces interventions ont fait que, là où on avait un texte qui était prêt à arriver à l'Assemblée nationale et qui devait être débattu, eh bien, on est arrivé à ce que ce texte, il disparaisse, qu'on ait le texte du gouvernement, le projet de loi. Alors, nous, qu'est-ce qu'on propose ? C'était quoi la différence ? Nous proposions la possibilité pour les salariés sur la base du volontariat, des artisans boulangers, des artisans fleuristes, des cinémas, des théâtres et des commerces de bouchers, poissonniers, globalement. Voilà ce qui était prévu. Là, aujourd'hui, nous sommes uniquement sur les artisans fleuristes, les artisans boulangers. Ce qui a été fait hier, uniquement sur ces deux professions, aura totalement pu être fait en commission mixte paritaire avec le texte que nous avions déposé. C'est le rôle de la navette, c'est le rôle du Parlement. Donc, aujourd'hui, on se retrouve avec deux professions. Eh bien, j'espère que le texte va prospérer, qu'il va être adopté à l'Assemblée nationale parce que nous avons quand même passé cinq heures, quelques amendements qui étaient quasiment tous identiques.
Oui, de la gauche notamment. Le texte en question, le texte adopté hier, ouvre la possibilité du travail le 1er mai aux entreprises jusqu'à 250 salariés. On est quand même très loin de l'artisanat, Madame la Sénatrice.
Avec, comme l'a précisé M. le ministre Jean-Pierre Farandou, des accords de branche et des négociations. Donc, on n'a pas dit open bar, on a juste dit, voilà, 11 salariés après accord de branche. Moi, je ne suis pas là pour dire jusqu'à 11, 12, 13, 14, 15. Moi, ma volonté avec le président Marseille, c'était de laisser tous ces commerces de proximité travailler un jour où ils ont du travail et où leurs salariés veulent travailler. Pour le 1er mai, vendre du muguet, ça me paraissait aussi un petit peu logique que des fleuristes puissent vendre du muguet le 1er mai.
Il faut que le texte passe maintenant à l'Assemblée nationale. Il n'y a pas d'inscription à l'ordre du jour prévue pour le moment. Est-ce que ce texte sera adopté d'ici, au moins d'ici le 1er mai 2027 ?
Bien, les promesses n'engagent que ceux qui y croient.
Vous avez eu des promesses du gouvernement ?
J'avais eu des promesses en 2025 par la ministre du Travail à l'époque. Notre texte devait prospecter, espérer très rapidement. On aurait réglé le problème avec notre texte avant le 1er mai 2026. On l'a vu, ça n'a pas été le cas. Donc, moi, je sais comment fonctionne l'Assemblée nationale. Je sais comment sont compliqués les débats à l'Assemblée nationale. Vous n'avez pas de garantie, quoi. Aujourd'hui, vous n'avez aucune garantie. Sans majorité, je le croirai lorsque je le verrai. C'est très clair.
Un dernier mot sur la question du travail et notamment de la santé au travail. Annick Guillaume, est-ce que vous avez remis un rapport sur cette question, notamment sur la santé des femmes ? 23 recommandations. Est-ce que ce sujet de la santé des femmes au travail est trop peu pris en compte aujourd'hui ?
Alors, il n'est forcément pas suffisamment pris en compte. Mais lorsqu'on parle santé des femmes au travail, je voudrais juste rassurer toutes les personnes et tous les hommes qui nous regardent. Lorsqu'on s'occupe de santé au travail dans les entreprises, on s'occupe de la santé au travail pour les hommes et pour les femmes. C'est-à-dire que toutes les avancées qui sont peut-être au départ fléchées pour les femmes, c'est des meilleures conditions de travail. Je pense à soulever des charges avec des instruments qui sont mis à disposition. Donc, je pense à la pénibilité. Donc, pour moi, oui, il faut prendre la santé des femmes au travail dans les paramètres du travail. Par exemple, avec certaines maladies aussi ou certaines époques de la vie des femmes qui sont plus ou moins impactantes. Je pense à la ménopause dont on parle assez peu. Je pense aussi à la femme enceinte, par exemple. Donc, la vie des femmes est rythmée par un certain nombre d'événements. Il faut en tenir compte. Il y a l'endométriose aussi, dont souffrent énormément de femmes. Eh bien, il faut réussir à intégrer et à adapter l'entreprise sans pour autant faire des manifestations féministes. Et donc, c'est oui pour la santé des femmes parce que ça améliore l'ambiance de la vie des femmes. Ça améliore l'ambiance au travail, la productivité et ça améliore les conditions de travail pour les hommes et pour les femmes.
Vous êtes l'ancienne présidente de la délégation sénatoriale aux droits des femmes. L'onde de choc de l'affaire Liana qui ne s'éteint pas dans le pays et cette question sur la loi intégrale. Le gouvernement, hier, lors des questions d'actualité, ne s'est pas engagé sur un calendrier. Il a dit qu'il attendait l'avis du Conseil d'État. Est-ce que, pour vous, cette loi intégrale, c'est la bonne réponse ? Est-ce qu'il faut qu'elle arrive vite au Parlement ?
Alors, il y a eu cette affaire Liana. Toute la France a été émue. Et moi, ce que j'ai pu noter dans les réactions, c'est qu'on n'était pas dans l'attente, forcément, d'une loi intégrale lorsqu'on discute dans la population. On veut déjà que les lois qui existent, elles soient appliquées. Il y a eu cette loi intégrale qui a été proposée, mais il n'y a pas que cette loi intégrale. Il y a un certain nombre de travaux, d'initiatives qui ont été menées depuis plusieurs années et qui méritent de s'y intégrer. Un exemple. Pour ma part, en novembre 2025, je crois, c'était bien la date, fin 2025, j'ai déposé un texte sur l'inceste et l'imprescriptibilité. Par exemple, l'imprescriptibilité ne fait pas partie de la loi intégrale. Moi, ce que je souhaite aujourd'hui, c'est qu'on mette toutes les propositions sur la table, c'est-à-dire la loi intégrale, les propositions de loi d'origine parlementaire, les travaux de la Civise, parce que la Civise avait fait 82, certaines sont législatives, d'autres sont réglementaires, mais il faut savoir que seulement 28% de ces recommandations sont mises en application. Donc, on reprend les travaux. – Seulement 3 des recommandations prioritaires ? – Oui, donc on reprend les travaux. Dans mon texte que j'avais déposé, il y a l'imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs, donc ça c'est une chose. Il y a l'inceste, je souhaite créer un crime spécifique d'inceste, parce que c'est un fléau terrible. La Civise avait démontré qu'il y a 160 000 enfants victimes chaque année, il y a plus de 7 millions d'adultes qui ont été victimes et qui n'ont pas été pris en charge et souvent même pas reconnus comme victimes. Et puis, la volonté, puisque je suis à l'origine de la loi du 21 avril 2021 sur le seuil de non-consentement qui avait été améliorée lors de la navette, eh bien je suis aussi favorable à ce qu'on inscrive les cousins, cousines dans la définition de l'inceste, puisque aujourd'hui, les agressions sexuelles, les viols dans le cadre de la famille, une sur cinq, c'est le cas des cousins, cousines. C'est le fait, pardon, des cousins, cousines. Donc, il y a beaucoup de propositions. Je pense que cette loi intégrale, elle a le mérite d'exister. Maintenant, il faut une volonté politique du gouvernement, il faut un cap, et il faut reprendre tout ce qui a été proposé et déposer un projet de loi, parce que l'avantage du projet de loi, c'est qu'il y aura quand même un avis du Conseil dessus et que le texte sera bordé de tous les côtés.
Et suite à l'affaire Liana, des mesures sont introduites dans la loi sur la protection de l'enfance. C'est une loi qui a pour origine les dysfonctionnements à l'aide sociale à l'enfance. Et on va en parler chez vous, en Vendée. Bonjour Thomas Savage. Merci beaucoup d'être avec nous, directeur départemental de Ouest France. Thomas, vous avez choisi d'évoquer une enquête réalisée par votre journal qui concerne justement l'aide sociale à l'enfance.
Oui, bonjour Auriane, bonjour Annie Billon. Je souhaitais effectivement vous faire réagir, Madame la Sénatrice, à une enquête publiée la semaine dernière par Ouest France. Mon collègue Sacha Martinez, il fait des révélations sur des dysfonctionnements importants au foyer de l'enfance de La Brossardière à La Roche-sur-Yon. C'est un établissement qui dépend de l'aide sociale à l'enfance de Vendée. On est à cinq minutes en voiture de votre permanence parlementaire en Vendée. Je vous livre cette phrase d'un éducateur de ce foyer que nous avons interrogé et qui nous dit « parfois je me dis que les enfants sont plus en danger ici que chez eux ». Terrible aveu. Parce que derrière cette phrase, et c'est ce que nous révélons, il y a effectivement des enfants, des mineurs placés, qui sont victimes de violences, qui sont parfois isolés, seuls, pendant des semaines à l'hôtel. Il y a aussi des éducateurs qui nous disent ne pas être formés pour encadrer des profils extrêmement complexes. Et c'est vrai que les parcours de vie de ces enfants sont dramatiques. Et puis il y a surtout des adolescentes qui sont confiées à la protection de l'enfance et qui malgré tout se sont retrouvées exposées à des réseaux de prostitution. Annick Billon, vous, vous l'avez rappelé, vous portez, vous avez porté plusieurs textes, sur la protection des mineurs. Quand des enfants sont confiés à une institution qui est censée les protéger, mais qu'ils se retrouvent de nouveau en danger, quand ils sont plus en danger dans un foyer que chez eux, pour reprendre les mots de cet éducateur, qu'est-ce qui doit changer dans la loi, dans les moyens, dans la méthode de prise en charge ? Très concrètement, comment faut-il faire pour que ces enfants soient protégés, et bien là où ils sont censés l'être ?
Alors le sujet, bonjour cher Thomas, merci d'être de bon matin avec nous ce matin sur le plateau de Public Sénat. Le sujet est grave et le sujet il concerne la Vendée comme tous les territoires. Ce matin on va avoir une commission culture et éducation, il est demandé une commission d'enquête par rapport au péri-scolaire. L'ASE est dans toute l'actualité nationale depuis un certain nombre d'années avec des reportages, des sujets extrêmement variés. Nous échouons aujourd'hui à protéger les enfants. Et moi, à partir du moment où on se dit il y a 160 000 enfants victimes d'inceste, mais il y a toutes ces agressions à la fois dans l'ASE, mais aussi dans l'école, mais aussi dans l'espace public. Donc le sujet est tellement large qu'il faut des contrôles, il faut de la formation et il faut modifier profondément la manière dont sont accueillis les enfants et dont sont écoutés les enfants. J'avais le juge Edouard Durand la semaine dernière qui intervenait lors d'un colloque que j'ai organisé au Sénat. Il y avait 150 personnes présentes. Et bien qu'est-ce qu'il dit le juge Edouard Durand ? Il dit que les enfants ont toujours parlé. La seule chose c'est que nous ne sommes pas armés pour les comprendre et les écouter. À partir du moment où les enfants parlent, il faut les croire. Un enfant a très peu de raisons de mentir. Enfin, il n'a pas de raisons de mentir, il n'invente pas des histoires. Et donc il faut repérer, il faut accompagner et il faut des condamnations. Et donc déjà ces trois thématiques, ça fait appel à un certain nombre de services de l'État. Repérer, ça veut dire qu'on a une médecine scolaire qui est à la hauteur, qui est en capacité de repérer un jeune. Ensuite, l'accompagnement, ça veut dire des personnels formés à l'accompagnement. Et moi je pense à ce moment-là aussi, un sujet que vous n'avez pas évoqué, c'est la prostitution des mineurs. Aujourd'hui, le nombre de jeunes enfants mineurs prostitués est considérable. Comment on le traite ? Et bien on ne le traite pas comme on traite un jeune qui a d'autres problèmes. Donc il y a eu des propositions là encore, la procureure Chanrenaud avait rendu un rapport, il faut s'en emparer. Il n'est pas admissible que des enfants confiés à l'ASE ou dans des structures qui dépendent de l'État, soient mis en danger. C'est totalement révoltant et c'est totalement incompréhensible.
– Merci beaucoup, merci Thomas. Merci Thomas d'avoir été avec nous, la Une de Ouest France, comme beaucoup de Unes. Ce sont les Bleus qui réussissent leur entrée dans le mondial. Et merci Anne Guillon d'avoir été notre invitée pendant cette première demi-heure. Steve, on se retrouve dans 20 minutes.
Annick Billon