Philippe Baptiste : "La technologie et l'IA doivent être au cÅ"ur des débats de la présidentielle" - Vidéo
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SpaceX, l'entreprise d'Elon Musk, a battu vendredi le record de la plus importante entrée en bourse de l'histoire. La société gère le plus grand programme spatial au monde. Et l'homme le plus riche de la planète ambitionne d'emmener des humains sur la Lune, sur Mars, voire plus loin. L'Europe peut-elle rivaliser ou est-elle à des années ? Lumière dans la course au spatial. Pour en parler, nous recevons Philippe Baptiste. Bonjour. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Espace. Et on est ensemble pour une interview en partenariat avec la presse régionale, représentée par Christelle Bertrand du groupe La Dépêche. Bonjour, Yann. Bonjour, Philippe Baptiste. Bonjour. Et on parlera de Toulouse et d'Airbus, Christelle, évidemment. On va d'abord commencer par un petit rappel. On était en 1983, en pleine guerre froide, et Ronald Reagan lançait le programme de la guerre des étoiles. Il visait à installer dans l'espace des nouvelles armes pour contrer contre les missiles que l'URSS pourrait envoyer contre les États-Unis. Est-ce que Donald Trump et Elon Musk sont en train de lancer une nouvelle guerre des étoiles ?
Je ne suis pas sûr. Mais par contre, ce qui est certain, c'est que votre exemple illustre parfaitement ce qu'on voit aujourd'hui. C'est-à-dire que... Les questions qui sont autour de l'innovation, de la science et de la technologie, elles jouent un rôle clé dans nos sociétés aujourd'hui. Elles sont au cœur des bouleversements géostratégiques qu'on voit aujourd'hui dans le monde. C'est vrai pour l'espace, c'est vrai pour l'IA, ce sera vrai demain matin pour le quantique. Donc on voit bien que ces questions-là, elles sont au cœur, et donc elles doivent être aussi au cœur de nos politiques publiques.
Et justement, alors vous l'avez vu, évidemment, vous l'avez suivi, cette entrée en bourse de SpaceX vendredi. Objectif à temps de lever le fonds à 75 milliards. Plus même, on est... On est à plus de 80. Est-ce qu'Elon Musk, il a plié le match et l'Europe aujourd'hui ne peut pas révaliser ?
Je ne sais pas ce que ça veut dire. Parce que déjà, dans le segment spatial, quand on parle d'espace, il y a plusieurs sujets, en fait, qui sont non pas indépendants l'un de l'autre, mais qui sont quand même les uns des autres, mais qui sont quand même relativement distincts. Aujourd'hui, je pense que quand on parle d'Elon Musk, quand on parle de ses projets spatiaux, tout le monde a en tête son idée d'aller demain matin sur Mars, d'aller... Voilà. Et je ne veux pas du tout doucher l'enthousiasme collectif, mais... Mais ça ne vous paraît réaliste ? Il faut déjà avoir conscience d'une première chose. C'est que les scientifiques, aujourd'hui, quand on leur demande est-ce qu'il faut envoyer des hommes sur Mars ? Leur réponse, elle est très simple. C'est non. Enfin, ils vous disent, en gros, aujourd'hui, ce dont on a besoin pour comprendre Mars, c'est des sondes, c'est des robots, voilà. Donc, on voit bien qu'en gros, l'idée d'envoyer des hommes sur Mars, ce n'est pas un enjeu de science, c'est autre chose. C'est un enjeu, quelque part, de puissance, de démonstration de puissance. Est-ce que l'environnement martien est un environnement qui est un environnement dans lequel on a envie d'aller vivre ? Alors là, je peux vous répondre assez simplement. La réponse est là aussi très simple. La réponse est non. Pourquoi ? Parce qu'en fait, c'est un environnement qui est extraordinairement hostile. Le voyage aussi est un voyage qui est extraordinairement dangereux, enfin, qui est compliqué. Vous passez des mois et des mois, voire des années, dans l'espace profond, sous le milieu des radiations qui sont extrêmement dangereuses. Extrêmement dangereuses. Enfin, l'environnement martien n'est pas un environnement, ce n'est pas du tout l'avenir de l'humanité. Je veux dire, quand j'entends ça, c'est un tissu d'ânerie. Je veux dire, il n'y aura pas...
Donc, ils vendent une utopie, en fait, à l'université.
Donc, je pense que c'est... Mais par contre, ils vendent aussi un rêve, ils vendent une nouvelle frontière. Et ça, je pense qu'il faut l'entendre. Et puis, derrière, à côté de ça, il y a, à côté de tout ce que j'ai pu dire d'un peu critique, il y a aussi, par contre, l'homme qui est capable, aujourd'hui, de faire une ingénierie qui est quand même extrêmement efficace, avec des méthodes et des techniques qui doivent être construites au sein de SpaceX, mais aussi au sein de Tesla avant, etc., qui sont extraordinairement efficaces. Et donc, on a un rouleau compresseur en face. Nous, notre enjeu, en tant qu'Européens, c'est quoi ? On n'est pas dans des budgets qui sont comparables à ceux, aujourd'hui, des États-Unis.
Mais c'est ce que j'allais vous dire. On va juste rappeler, l'Agence spatiale européenne, en novembre dernier, elle a décroché un budget auprès de tous les États, budget triannuel, alors en hausse de 30%, 7, mais à 22 milliards pour 2026-2028. On est loin, on est à des années-lumière.
Oui, alors, en plus de ça, on a le charme de la richesse et parfois un peu de la complexité européenne, parce qu'on a le budget de l'Agence spatiale européenne, il y a aussi des budgets qui sont des budgets nationaux, il y a nos budgets de défense, etc. Mais il faut avoir en tête que, grosso modo, on est quasiment à un ordre de grandeur en Europe 1, en dessous des États-Unis. C'est-à-dire à peu près, un peu moins, on va dire 8 fois moins.
Donc, à 27, on est à 8 fois moins qu'une seule puissance.
Voilà. Oui, oui, absolument. Aujourd'hui, c'est... Alors, historiquement, il y a toujours eu un écart. Il y a toujours eu un écart entre le spatial européen et le spatial aux États-Unis, parce qu'il y avait des très grands programmes qui étaient, là aussi, des démonstrations de puissance. La navette, etc. Mais on a des atouts. On a des atouts qui sont très forts aujourd'hui. D'abord, on est revenu dans la course sur les lanceurs. Aujourd'hui, j'entendais, il y a quelques années, quand je m'en occupais directement, des critiques nombreuses, diverses et variées sur le programme Ariane, qu'elle n'est jamais réussie, etc. Ariane 6 est là, et aujourd'hui, Ariane 6 a réussi tous ses premiers vols à une cadence et à une vitesse de montée en puissance qu'on n'a jamais connue dans le monde. Donc, Ariane 6 est de retour. C'est un atout. Ça permet à l'Europe de garantir son accès à l'espace. C'est essentiel. C'est la condition sine qua non de garder un programme spatial. Deuxième enjeu majeur, sur lequel il faut qu'on accélère très vite, c'est notre capacité à avoir une constellation de satellites en orbite basse pour faire des communications sécurisées pour notre défense et notre sécurité en européen. C'est le programme Iris Square, programme pensé initialement par Thierry Breton, et je loue sa clairvoyance, et repris aujourd'hui ici, collectivement, par la Commission.
Mais qui est prévu pour 2030.
Bien sûr, et ça c'est normal, parce que ça prend du temps de développer. Première vague en 2029-2030, c'est un programme clé, qui est porté aujourd'hui très fort par un certain nombre d'États. Je pense par exemple à la Belgique, je pense à l'Espagne, je pense au Siennes.
Les programmes européens fonctionnent encore aujourd'hui, parce qu'on voit ce qui s'est passé sur l'avion Scarf, où finalement la coopération n'a pas fonctionné. Avec qui on travaille aujourd'hui en Europe pour monter ces projets ?
Alors aujourd'hui, le programme Iris Square dont je parle aujourd'hui, c'est un programme qui est un programme de la Commission européenne. Donc ça veut dire que c'est un programme qui est porté par le collectif européen et qui doit fonctionner. Maintenant, c'est vrai, sur ce programme-là, un peu comme sur d'autres exemples que vous avez mentionnés, nos partenaires allemands, on développe à côté un programme national, qui est un programme national concurrence, qui pose un certain nombre de questions et de difficultés. Moi, je pense que ce que ça montre derrière, c'est qu'il faut qu'on soit très pragmatique et que quelque part, il faut que l'Europe soit une terre d'opportunités, une terre de projets, une terre de programmes où on se met ensemble quand collectivement, on a un intérêt à réussir ensemble. Et puis quand ça bloque, quand on se rend compte que ça ne marche pas, moi, je crois qu'il faut être très pragmatique. Il faut dire ça ne marche pas, mais ce n'est pas grave. On va trouver d'autres partenaires à côté. Et c'est vrai dans le spatial aujourd'hui. Moi, quand je discute, mais pardon, mais quand je discute aujourd'hui avec nos partenaires qui sont indiens, que ce soit des partenaires émiratis, que ce soit d'autres partenaires européens, le désir de travailler aujourd'hui avec la France, il est extrêmement fort. Et donc, je pense qu'il faut être très pragmatique aujourd'hui. On a envie d'avancer en Européens. C'est notre priorité. Il faut que ça marche. Moi, j'y crois vraiment. Et puis, si à un moment ou un autre, pour des raisons qui sont plutôt mauvaises, ça ne marche pas pour un programme donné, il faut dire qu'il faut passer à autre chose.
J'écoutais votre audition en mai 2025, audition que vous avez faite au Sénat. Vous disiez sur la question du spatial, nous sommes en situation de décrochage avancé et vous dénonciez un peu ce repli de chaque pays européen sur lui-même. Les choses ont évolué depuis mai 2025 ?
Alors, je pense que oui, il y a une prise de conscience qui est quand même assez forte aujourd'hui. Il y a des réinvestissements. Le programme Iris Square de Constellation dont je parlais précédemment, c'est un exemple. Il y a une prise de conscience des partenaires européens, aussi, du fait qu'il faut qu'on développe une industrie spatiale européenne et il faut arrêter la dépendance qu'on a aujourd'hui, qui est beaucoup trop forte vis-à-vis de nos partenaires américains. C'est la position de la France depuis longtemps avec les programmes Ariane, avec les satellites d'Airbus et de Thales Alenia Space. De plus en plus de partenaires européens sont avec nous sur cette ligne-là. Donc, le réinvestissement est là. Maintenant, il faut continuer à pousser et on n'est pas encore au bon niveau de budget. Je crois que c'est très clair aujourd'hui. Je pense qu'on s'en rend bien compte. Il y a un travail collectif à faire. Je crois que c'est pensé. C'est des sujets dont on va discuter. Vous savez que le président de la République organise à Toulouse, à Paris, excusez-moi, à Paris, le 9 et le 10 septembre prochains, un sommet spatial international. Et entre autres, il y aura évidemment nos partenaires européens plus les grands partenaires internationaux. Et on ne discutera pas de ces différentes questions.
Il y aura les Etats-Unis ?
On est en train de discuter aujourd'hui. Je n'ai pas d'annonce à faire sur le sujet.
Mais juste, on en revient, parce que vous parlez des satellites et du fait de la constellation que l'Europe souhaite envoyer. Elon Musk, il a 10 000 satellites environ en basse orbite. Nous, comment on place nos satellites ? Je crois que l'Europe, elle ambitionne d'en envoyer 440 en 2026. Comment on les place ? Est-ce qu'il est en train, pardon, juste de saturer l'espace et du coup de jouer sur notre souveraineté ?
Aujourd'hui, il y a deux constellations de satellites qui sont opérationnelles. Il y a celle d'Elon Musk, une gigantesque constellation essentiellement destinée à des clients qui sont des clients B2C, des clients des particuliers. Pardon, excusez-moi. Et puis, à côté de ça, il y a une deuxième constellation qui est opérationnelle et qui est une constellation qui est une constellation européenne avec une forte part française. C'est OneWeb, la constellation d'Hotelsat qui fonctionne, qui est opérationnelle avec moins de satellites. Mais vous savez, il n'y a pas simplement le nombre de satellites. C'est aussi la façon dont ils sont positionnés, leur orbite, la technologie qui est embarquée.
Donc, il n'est pas en train de saturer l'espace pour nous empêcher de placer nos satellites
comme on le veut ? Il n'y a pas d'enjeu. Alors, il y a des enjeux d'encombrement de l'espace, bien sûr. Il faut être quand même très prudent sur le sujet. C'est-à-dire qu'on est en train de parler aujourd'hui de milliers de satellites, de dizaines de milliers de satellites. OK, mais il faut le voir qu'ils sont placés au-dessus de la Terre, à 400 kilomètres au-dessus de la Terre, sur une surface. Vous voyez, qui est encore plus grande que celle de toute la Terre. Donc, ils ne vont pas… Enfin, il faut faire attention, il ne faut pas qu'il y ait de collision, il faut respecter un certain nombre de règles.
Mais notamment pour nos satellites d'observation militaire.
Bien sûr.
Il n'y a pas de problème. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, notre souveraineté, elle n'est pas mise en danger par Elon Musk.
Non, ce n'est pas la question de l'encombrement. Il y a des enjeux autour de ça, mais il n'y a pas de risque. Il peut y avoir des questions autour des fréquences. Et ça, ce sont des points qui sont des points parfois de friction et des points difficiles qu'on a avec nos partenaires américains. Pourquoi ? Parce qu'autant sur les encombrements et les collisions, on sait gérer, à peu près sur les fréquences, il y a un encombrement. Et évidemment, ils sont très gourmands. Et nos partenaires américains aimeraient bien, en particulier, mettre la main sur nos fréquences. Ça, évidemment, il n'en est pas question.
Et comment on les empêche ?
Parce que simplement, on est maître chez nous, on est maître au-dessus de l'Europe. Et donc, la question ne se pose même pas.
Christelle, juste un mot avant de parler de l'intelligence artificielle. Parce qu'on a… Alors… Évidemment, c'est Thomas Pesquet qui fait la fierté des Français. Arnaud Prost, les deux astronautes qui vont… Et Sophie. Et Sophie Hadenau qui est actuellement dans l'ISS. Mais juste Thomas Pesquet et Arnaud Prost, ils vont s'envoler à nouveau dans l'espace en 2027 dans deux missions distinctes, sauf que ce sont des missions menées par une entreprise américaine vaste. Est-ce que déjà, en soi, ce n'est pas un problème ?
Ben non, en fait, d'abord, ils vont partir dans l'espace pour mener des missions scientifiques pendant à chaque fois une quinzaine de jours ou un petit peu plus. Voilà, et donc travailler pour faire de la science. Ils étaient obligés de le faire
pour faire une entreprise américaine ?
Mais en fait, c'est de nouveaux partenariats qui aujourd'hui sont en train de se créer. On a une entreprise américaine vaste qui d'ailleurs va mettre son siège européen en France. Donc ça, c'est quand même une très très bonne nouvelle. C'est aussi des enjeux de développement conjoints. Ils sont en train de construire une station spatiale qui sera une station spatiale privée. Arnaud Prost sera pilote d'essai, donc il sera aussi justement dans le premier vol de cette station. Il va jouer un rôle clé. Donc c'est aussi extrêmement valorisant pour le savoir-faire, non seulement de nos astronautes, mais aussi le savoir-faire de nos équipes en France et je pense en particulier aux équipes du CNES. Donc tout ça est à la fois, je pense, très valorisant. Il y a beaucoup de science, beaucoup de technologie derrière. Donc c'est une bonne nouvelle et c'est quelque chose dont on peut être fier, je crois, aujourd'hui. On aura trois astronautes, trois jeunes astronautes qui sont aujourd'hui, qui portent aussi l'image de la science, l'image de la technologie et je pense vraiment que c'est un motif de fierté.
On va parler de l'intelligence artificielle puisque Sébastien Lecornu annonce donc ce matin que la France va investir 650 milliards d'euros supplémentaires, millions d'euros, pardon, supplémentaires dans l'intelligence artificielle. Alors il y a des choses très concrètes pour les Français, c'est-à-dire qu'ils pourront, pour des questions de santé, passer par l'intelligence artificielle pour faire un premier tri dans la pratique des soins. Il y a aussi une intelligence artificielle pour les agents de la fonction publique et puis il annonce également sélectionner une société française, en division par la DGSI en substitution à l'américain Palantir. Ça y est, c'est le réveil de la France ?
Mais je pense que ce réveil, la France le porte depuis un bon moment. Un bon moment. La question, c'est le réveil européen. Je pense que c'est ça la question aujourd'hui. Je pense qu'aujourd'hui, cette question d'avoir une forme d'autonomie sur nos différents sujets, c'est une position qui est une position historique de la France qui date d'il y a déjà quelques décennies. Et ça, c'est quelque chose qui est profondément porté. Il faut qu'on s'en donne les moyens. Et de ce point de vue-là, les annonces du Premier ministre vont vraiment dans le bon sens et je pense vraiment qu'on est dans une dynamique qui va dans le bon sens. Mais il faut aussi qu'on trouve des coalitions européennes et que ce soit pensé et porté européen. Et ça veut dire que derrière, c'est de nouveau les enjeux d'autonomie stratégique vis-à-vis de nos grands partenaires qui restent des partenaires. C'est vrai, c'était vrai pour le spatial, c'est vrai pour le numérique. Les États-Unis sont aujourd'hui notre premier partenaire et on a envie de continuer à travailler avec eux. Mais cette envie de travailler avec eux, ça ne veut pas dire pour autant que c'est la vassalisation heureuse. Ça veut dire aussi qu'on a une autre forme d'autonomie, notre forme d'autonomie stratégique, notre forme d'autonomie technologique. C'est absolument indispensable. Si on veut avoir un avenir, si on veut avoir un avenir de Français et d'Européens, il faut qu'on soit capable de développer ça. Sinon, et je pense vraiment qu'on est à un moment qui est un moment de rupture. C'est-à-dire qu'on voit bien qu'aujourd'hui, en fait, il y a des investissements dans la technologie, dans l'IA, partout dans le monde qui accélèrent à une vitesse absolument incroyable. Soit nous, on est capable effectivement de dire que oui, banco, on y va. On investit. Et investir, ça veut dire qu'on investit sur toute la chaîne de la recherche la plus amont. Parce que quand vous faites de l'IA, vous faites des maths. Ça veut dire que vous avez besoin de mathématiciens, de statisticiens et d'algorithmiciens. Donc, vous faites des maths et vous faites toute la chaîne qui va de l'amont jusqu'à l'aval, donc du laboratoire jusqu'à Mistral, pour faire simple. Soit on est capable de le faire, soit à un moment ou à un autre, eh bien, on va tomber dans une forme de... On va être relégué en deuxième division.
Excusez-moi, mais je vais vous ramener à la politique française. Mais là, vous parlez d'investissement. À long terme, quand nos partenaires européens observent l'instabilité qu'il y a en France politiquement et qui va être encore celle-ci jusqu'aux prochaines élections présidentielles, est-ce qu'ils arrivent à parler avec nous ? Est-ce qu'ils ont confiance encore dans la France ? Et est-ce qu'on peut faire des investissements aussi long terme quand on représente une instabilité comme celle de la France aujourd'hui ?
Vous savez, ce week-end, j'accueillais à Nice le Premier ministre Modi et j'avais le plaisir d'accompagner le Président de la République. Et je peux vous dire que cette confiance, elle est là. Cette confiance, elle est là. Et elle dépasse simplement les mandats des uns et des autres. Je crois qu'il y a une vraie confiance aujourd'hui.
Malgré l'inconnu qui pèse sur l'échéance présidentielle prochaine ?
Je crois par contre, ça vraiment, c'est ma conviction personnelle, il faut que ces sujets-là soient au cœur des débats de la prochaine élection. Parce que c'est l'avenir de notre pays sur le moyen long terme. On est à un moment de bascule. Soit on continue à investir sur notre modèle social en réduisant les dépenses d'avenir. Et à ce moment-là, je crois vraiment qu'on va dans le mur. Je crois vraiment qu'on va dans le mur. Soit on est capable de rééquilibrer les choses pour simplement garantir ce modèle social. On a besoin de science, on a besoin de technologie, on a besoin d'innovation, on a besoin d'entreprises innovantes. Parce que c'est ces sujets-là qui vont porter la croissance de demain. Et si on n'est pas capable de le faire maintenant, et si on se dit juste qu'on met des sparadraps et des scotchs sur notre modèle social, on va dans le mur. Donc il faut absolument que ces sujets soient au cœur du débat politique. Et je vais dire franchement les choses, je regrette que ce ne soit pas plus le cas, y compris au Parlement.
– Alors, c'est un peu le cas parce qu'en tout cas, dans les candidats à la présidentielle, beaucoup en parlent. Raphaël Guzman en a parlé ce week-end. Gabriel Attal, si on rate la révolution de l'intelligence artificielle, c'est l'appauvrissement généralisé de la France et de l'Europe de demain. Nos enfants, nos petits-enfants pour travailler auront le choix entre servir du café aux Américains ou du thé aux Chinois. Vous êtes d'accord avec lui ?
– Oui.
– On va vers un appauvrissement généralisé s'il n'y a pas de réveil de la France ?
– Non, mais je pense que c'est… Alors d'abord, le réveil, pardon, mais il a déjà eu lieu aujourd'hui en IA. Enfin, je vous passe la manière de calculer ça. Mais globalement, on est le quatrième ou cinquième pays au monde pour l'intelligence artificielle en termes de nombre d'investissements, en termes de qualité de la recherche. On a des atouts, on a des atouts qui sont très forts. Je vous en citerai deux. On a une électricité décarbonée, donc ça veut dire que derrière, on est capable d'accueillir des data centers, on est capable d'accueillir avec des coûts qui sont extrêmement compétitifs, stables, etc. Donc ça, c'est très attractif. Et puis, deuxième point qui me touche beaucoup plus, c'est qu'on a des ingénieurs qui sont de très très grande qualité et qui sont très prisés partout. Et puis, on a des chercheurs, on a la première école mathématique au monde. Donc, je veux dire, on a des atouts qui sont des atouts très forts. Mais par contre, il faut investir. On a déjà beaucoup investi depuis 2017. On doit être à 2,5 ou 2,6 milliards d'euros d'investissement sur l'IA. C'est comme ça aussi.
Vous allez faire appel au privé parce que, pardon, on est pour vous les 655 millions.
Mais bien sûr qu'il faut faire appel au privé. Et c'est pour ça, regardez Mistral. Mistral est là, c'est aujourd'hui la seule alternative européenne qui a été quand même beaucoup initiée par la France. Et moi, je salue tout le travail qui a été fait, qui a des modèles qui sont extrêmement efficaces. Il faut qu'il progresse sur toute la dimension argentique, etc.
Mistral entre en bourse aussi, comme SpaceX.
Mais c'est à Mistral de décider, ce n'est pas à moi de décider de ça. Mais par contre, en tout cas, c'est la seule alternative crédible européenne. Moi, j'y crois et je pense vraiment qu'il faut, à un moment donné, se donner les moyens pour avoir les succès de demain.
On vous dit trop investir dans la recherche. Début mai, l'Académie des sciences a exprimé sa vive inquiétude sur une cure d'austérité sans précédent qui touche notamment le CNRS et, disent-ils, plaçant les chercheurs dans une instabilité inédite. Les coupes budgétaires passées à venir, est-ce qu'on n'est pas en train de sacrifier la recherche française ?
Non, je pense qu'il y a un sujet qui est un sujet technique. D'abord, il y a eu une loi qui est une loi de programmation de la recherche. Cette loi de programmation de la recherche, elle a permis de faire quand même beaucoup de choses. Il ne faut pas l'oublier, on a nos tensions aujourd'hui, je vais les rappeler en 30 secondes. Première chose, on a très significativement augmenté les salaires au travers de l'indemnitaire. Il n'y avait quasiment pas d'indemnitaire. Et vous savez que dans la fonction publique, ça compte quand même pour les chercheurs et les enseignants-chercheurs. Il y a eu une hausse très significative. On parle de 7000 euros en moyenne, par exemple, pour des enseignants-chercheurs ou des chercheurs. Donc, il y a eu un vrai effort qui a été fait. Des salaires pour les doctorants qui ont été très significativement augmentés. Etc. Premier point. Deuxième point, qu'est-ce qu'on a fait aussi ? On a énormément travaillé sur l'Agence nationale de la recherche. C'est-à-dire qu'on a augmenté les taux de succès. Avant, on avait des taux de succès pour les chercheurs s'épuiser à déposer des projets qui avaient des avis négatifs. On est revenu à des taux de succès qui sont à peu près normaux. Grosso modo, un projet sur quatre. Donc, des gros efforts de financement. Il faut qu'on continue. Maintenant, il y a des difficultés ponctuelles. On est dans un budget qui est très contraint depuis quelques années, avec une instabilité aussi, évidemment, parlementaire qui est celle qu'on connaît aujourd'hui. Donc, évidemment, on contribue à l'effort. On a tapé dans la trésorerie des établissements pour utiliser quelque part la trésorerie qui était disponible pour faire vivre les établissements. On est au bout de cet exercice-là. Un mot rapidement, Philippe Baptiste,
parce que le temps file, vous parlez du Parlement. Un mot sur votre autre casquette. Vous êtes ministre de l'Enseignement supérieur. Votre projet de loi pour réguler l'enseignement supérieur privé a été voté au Sénat il y a quinze jours. C'est pour lutter contre certains abus qu'il y avait justement dans ces boîtes privées. Il serait examiné quand à l'Assemblée ? Est-ce qu'il pourra rentrer en vigueur à la rentrée 2027 ?
Alors, c'est absolument essentiel. Moi, je porte évidemment ce projet. Je voudrais en particulier saluer la qualité du débat qu'il y a eu au Sénat sur ce sujet-là. C'est un sujet, c'est un projet qui est essentiel. Pourquoi ? Parce qu'en fait, il permet de réguler par la qualité et donc de dire que l'apprentissage, c'est juste génial. Ça révolutionne un peu l'enseignement supérieur. Et c'est très bien, il faut continuer. L'enseignement supérieur privé, je n'ai aucun problème avec l'enseignement supérieur privé. L'essentiel des formations sont de très bonne qualité. Maintenant, le seul problème, c'est qu'il y a eu des moutons noirs dans cette histoire-là. Il faut s'en débarrasser. Il faut pouvoir les sortir en les régulant par la qualité. C'est le but de ce projet de loi. Ça a été rappelé aussi par la présidente de l'Assemblée nationale il y a quelques jours. Et je pense qu'il faut absolument qu'on travaille là-dessus. Moi, j'espère que ce texte sera inscrit au début septembre à l'Assemblée. Dès la rentrée, en cession extraordinaire, c'est ce que vous souhaitez. Maintenant, on sait tous que le calendrier parlementaire est embouteillé. Évidemment, je me battrai pour qu'il soit inscrit.
Merci beaucoup. Merci Philippe Baptiste. Merci d'avoir été notre invité.
Philippe Baptiste