Philippe Juvin : " Les écolos ont quasiment interdit la climatisation " - Vidéo
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La France sort tout juste d'une canicule et une nouvelle vague de chaleur est annoncée pour ce week-end. La France est-elle suffisamment préparée, notamment dans les hôpitaux ? Pour en parler, nous recevons Philippe Juvin. Bonjour, merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes le chef des urgences à l'hôpital Pompidou de Paris. Merci d'être avec nous. Vous êtes également député. On va revenir évidemment sur ces questions. Une interview en partenariat avec la presse régionale,
représentée par Fabrice Vesserredon du groupe Ebra, les journaux régionaux de l'Est de la France. Bonjour, Florian. Bonjour, docteur. La France va sans doute connaître un nouvel épisode de canicule à partir de ce week-end. C'est l'alerte de Météo France. Est-ce qu'on est prêt à y faire face, particulièrement dans les hôpitaux ? Ce qui est certain, c'est que les hôpitaux et le système de santé, plus généralement, ont appris de ces erreurs passées. On pense tous à la grande canicule de 2003.
Par exemple, on fait aujourd'hui quelque chose qu'on ne faisait pas et qui a sauvé des vies. C'est que les pompiers, la protection civile, la Croix-Rouge, le SAMU, se déplacent avec des baignoires portables dans lesquelles on déshabille. Les gens qui sont à 42 degrés de température et qu'on plonge avec des plaques de glace, avec plusieurs dizaines de kilos de plaques de glace. On met de l'eau à 5 degrés et ça permet de refroidir très rapidement le corps.
Et on voit des gens dans le coma, qu'on récupère dans le coma à 42 degrés de température, on les trempe et au bout d'une demi-heure, trois quarts d'heure, la température ayant baissé, ils sortent du coma et ils arrivent à l'hôpital déjà réveillés. Et donc, probablement, ce type d'activité qui n'existait pas avant, non seulement sauve des vies, mais désengorge le système hospitalier parce que quand vous prenez en charge aux urgences quelqu'un qui est sorti du coma,
c'est évidemment moins lourd que quelqu'un qui est encore dans le coma. Donc oui, on a appris de nos erreurs. Après, il y a toute la question, et vous en avez largement parlé, de la climatisation dans les hôpitaux. Il est très clair que la climatisation sauve des vies, mais pas seulement, d'ailleurs, il faudra en parler. Mais elle est là, la climatisation ? Vous, par exemple, à Pompidou, c'est climatisé ? Partiellement, c'est-à-dire le service des urgences,
celui dans lequel je travaille, est climatisé. Et ce qui, évidemment, facilite beaucoup les choses. Quelques services hospitaliers sont climatisés, quelques chambres individuellement, mais pas tout. Mais ça reste défaillant ? Honnêtement, je ne vais pas me plaindre, parce que nous sommes plutôt mieux lotis que la moyenne des hôpitaux en France, donc moi, je suis très content d'être... Parce qu'on a vu des hôpitaux, Philippe Juvin, avec des chambres à plus de 30,
des services d'urgence à plus de 30, des couvertures de survie sur les fêtes. Oui, j'ai vu vos reportages, bien sûr. Il y a des grosses défaillances, quand même, sur la climatisation dans les hôpitaux. Mais il faut se poser la question pourquoi. Il y a, je crois, deux raisons principales. La première, c'est qu'il y a des hôpitaux en France qui sont des hôpitaux des bâtiments du XIXe siècle, du XXe parfois, mais parfois du XIXe, et qui ne sont pas climatisés
pour des raisons historiques. Et puis, il y a aussi une deuxième raison, c'est une sorte d'idéologie qui, depuis 25 ans, fait que mettre la climatisation, c'est absolument... C'est le diable, ça tue la planète, alors que la climatisation, elle sauve des vies, et puis, pour ce qui est des bureaux, elle améliore la productivité, ça a bien été montré. – 30 000 climatiseurs dans les hôpitaux, c'est ce qu'a annoncé Sébastien Lecornu, c'est suffisant ? Et est-ce que vous savez, quand vous allez en voir la couleur,
je vois Pompidou, du coup, si vous êtes climatisé, vous n'en aurez peut-être pas ? – Non, non, on n'est pas climatisé, on est partiellement climatisé, et la direction est en train d'installer un certain nombre de climatiseurs mobiles, et d'ailleurs, je peux vous dire qu'un certain nombre de groupes privés nous ont aidés, et il faut vraiment les remercier, je pense à le roi Merlin ou Boulanger, qui nous ont aidés, qui nous ont fourni des climatiseurs très rapidement,
avec une agilité qui a un peu rappelé l'agilité qu'un certain nombre de sociétés privées avaient montré lors des masques, quand il avait fallu trouver des masques en toute rapidité, il y a une agilité dont la puissance publique est probablement… – Mais vous vous plaidez pour la généralisation de la climatisation dans les hôpitaux et ailleurs ? – Dans les hôpitaux, dans les bureaux, et madame, dans les logements, vous savez pourquoi ? La majorité des morts de cette canicule,
c'est à domicile. Ces gens, probablement, pour un certain nombre, ne seraient pas morts si les logements avaient été climatisés. Donc attention, le débat ne se termine pas au niveau des hôpitaux, c'est aussi les EHPAD, mais aussi les domiciles. – Et on va parler de la surmortalité. – Oui, exactement, justement, vous évoquez le nombre de morts, il y a un débat, ça ne vous a pas échappé, même une polémique autour du nombre de morts, est-ce que d'abord, il y a une fatalité,
une surmortalité dans ces épisodes de canicule ? – Tous les événements extérieurs, l'extrême froid, l'extrême chaleur, l'extrême pollution provoquent des pics de mortalité, mais en fait, la fatalité, ce n'est pas là, on peut la réduire, et on peut la réduire par des actions concrètes, une des actions concrètes, c'est la climatisation, une deuxième action concrète, ce serait l'expression de la fraternité, c'est-à-dire, levez-vous, arrêtez de regarder votre série Netflix,
et allez taper à la porte du voisin, qui est un patient âgé, qui est tout seul dans son coin, parce que 50% des gens dans nos villes vivent seuls, ils ne sont pas en état de se protéger tout seuls, parfois, quand ils sont agressés par la chaleur. Donc, ne serait-ce que ça, sauverait des vies. Ce n'est jamais une fatalité. Moi, je crois à une France où les gens s'occuperaient les uns des autres, et quand on a une France où les gens s'occupent les uns des autres,
on meurt au moins. On attend un deuxième pic de chaleur dans les prochains jours, est-ce que vous pensez que le chiffre, les chiffres de la surmortalité vont encore augmenter ? Tout dépendra principalement de la chaleur la nuit. Si la chaleur le jour, si ça tape fort, mais que la nuit, on peut récupérer en ouvrant les fenêtres et en se refroidissant, on peut amoindrir cette émotion. C'est fait. Combien de morts y a-t-il eu ? Vous savez qu'il y a eu une polémique entre les écologistes
et le Premier ministre. C'est sûrement pas 10 000, j'espère que non, mais d'abord, c'est honteux, les polémiques sur les morts, parce que les gens sont morts, et il faut aussi les accompagner dans leur tristesse. Je le dis à mes collègues, attention. Combien de morts y a-t-il ? D'abord, je ne sais pas. Santé publique France publie des chiffres en disant, en comptant un millier de morts supplémentaires sur les premiers jours, mais ils se réfèrent, ils le disent eux-mêmes,
au certificat électronique de décès. Alors les certificats électroniques de décès ne sont qu'une partie des décès, en particulier, le papier de Santé publique France publié avant-hier dit que c'est, je crois, simplement 25% des morts, représentent 25% des morts à domicile. Et donc, il y a probablement une sous-estimation de combien, je l'ignore, mais encore une fois, une des données que les gens doivent comprendre, c'est que la majorité des morts étant à domicile, et comme ce sont
ceux qui sont le moins dans les certificats électroniques, on a probablement une sous-estimation, mais pas du niveau de Mme Chatelain. Mais au-delà de cette sous-estimation, est-ce qu'on peut craindre d'autres morts liées à la précédente vague ? C'est-à-dire, un organisme, il met combien de temps à avoir les effets de la canicule ? Est-ce qu'il peut y avoir un effet sur plusieurs jours ? Oui, bien sûr. Alors d'abord, il y a plusieurs choses. On peut découvrir encore aujourd'hui des gens qui sont décédés
depuis trois jours et que personne n'a eu l'idée d'aller visiter. C'est toujours une possibilité, malheureusement. Deuxièmement, il est clair que des organismes en particulier qui ont déjà des pathologies chroniques, cardiaques par exemple, qui ont été très altérés durant la première vague, vont avoir du mal à encaisser la deuxième. C'est tout le problème de ce qu'on appelle la fragilité. Les anglo-saxons parlent de frail, F-R-A-I-L. Les patients âgés,
ils sont âgés, certes, mais ils sont surtout fragiles. La fragilité, c'est l'incapacité à revenir à un état de base après une agression. Vous, vous êtes jeunes tous les deux. Si demain vous avez un accident, vous allez être malade, ça ne va pas aller bien et puis vous allez être en convalescence et puis vous allez retrouver votre état antérieur. La personne fragile, sa caractéristique, c'est qu'elle ne retrouve pas l'état antérieur. Et il est là le risque.
Et les effets de la canicule sur un organisme, on les mesure sur combien de jours ? Au-delà des personnes fragiles ? Je ne sais pas vous répondre comme ça dans l'abstraction. Ce qui est certain, c'est que la fragilité des patients âgés en particulier, multipathologiques, fait que probablement certains ne retrouvent pas leur état antérieur jamais. Et donc, ils repartent à... Ils font face à la deuxième vague d'une manière un peu plus fragile. Et oui,
toute la question est là. Mais encore une fois,
aux uns et aux autres qui nous écoutent, allez voir vos voisins. Prenez soin d'eux et vous verrez, ça ira mieux. Vous, comment ça s'est passé aux urgences durant cette vague ? Est-ce qu'il y avait uniquement des personnes fragiles ou est-ce que vous avez aussi vu des jeunes en bonne santé ? Alors, on a eu une première vague traditionnelle du jeune imbécile et heureux et fier de lui qui se met à faire du marathon alors qu'il fait 40. On en a toujours. Les gens disent
« Ah bah oui, je me suis mis à faire du sport. Il a fallu attendre. » Ces gens-là, on les a eus au début. Après, quand même, c'était trop fort, donc ils ont arrêté. Après, on a eu une très grande vague de patients âgés. La majorité des décès, c'est des gens qui sont âgés, il faut quand même le dire, avec quelques sous-catégories, entre guillemets, des patients psychiatriques. En particulier, vous savez, il y a des médicaments qu'on donne à effet psychiatrique,
les neuroleptiques en particulier, qui altèrent les thermorégulations. Donc, on a ces patients-là et puis qui ont décompensé. On a eu des patients à Paris en particulier, je ne sais pas ailleurs, des SDF. Le SDF a malheureusement une caractéristique par rapport à vous, c'est qu'il ne peut pas se protéger de la chaleur. Donc, on avait des SDF à 42 degrés de température. Vous évoquiez à l'instant l'aspect psychologique. Est-ce que vous sentez que cette canicule,
qui est quelque chose d'exceptionnel, pour ne pas dire historique, est révélateur, peut-être même un symptôme très visible de l'éco-anxiété ? Toutes les crises sont des révélateurs de crises sous-jacentes. Et ce qu'on observe depuis le Covid, c'est une aggravation de l'état psychologique de la population. Il y a plus de maladies dépressives, anxio-dépressives, etc. D'ailleurs, quand vous regardez, c'est intéressant, il y a eu tout un débat, vous savez, sur les arrêts de travail,
les indemnités journalières. Vous regardez la liste des raisons pour lesquelles les gens s'arrêtent de travailler ponctuellement. Les questions psychiatriques et psychologiques sont désormais au premier chef, quand vous les additionnez tous, la dépression, l'anxiété, etc. Donc oui, tout ça participe. Maintenant, on a ne meurt pas d'éco-anxiété. Il faut quand même relativiser les choses. On meurt de canicule et d'isolement. On meurt parce qu'on a très chaud.
On a 42 et on meurt parce que personne ne s'est occupé de vous. Dans l'organisation des services, est-ce que cet été, vous vous préparez à ne pas prendre de vacances ? Est-ce que les médecins se préparent à ne pas prendre de vacances ? Écoutez, non, parce que ce n'est pas possible. Nous avons des métiers qui sont très exigeants. Il faut bien comprendre que le matin, on ne se lève pas en disant on va au bureau, on va faire trois tableurs Excel et puis à 18h, on va rentrer chez nous.
Nous, quand on arrive au bureau, on voit des gens qui sont malades, on voit des gens qui meurent, on voit des familles affectées. C'est une charge psychologique très importante. C'est une charge physique. Les soignants sont fatigués. Donc moi, je les ai remerciés, les soignants de mon équipe, hier. Je compte sur eux. Il faut qu'on tienne. Donc on a des systèmes où on se relaie. Moi, par exemple, sur mon téléphone, j'ai deux groupes WhatsApp. Un groupe WhatsApp pour les jours pairs,
un groupe WhatsApp pour les jours impairs en cas de plan blanc. Ça a été le cas. Et on mobilise un jour une équipe, le deuxième jour, la deuxième équipe, pour que les gens se reposent et prennent du repos, y compris psychologique. C'est vrai que si demain, tout le monde est en vacances, ça sera plus compliqué. Mais est-ce qu'il y aura moins de vacances que d'habitude en juillet ou tout le temps ? J'ai des médecins et des infirmières qui devaient partir en vacances samedi,
évidemment, qui ont arrêté leurs vacances, qui ont annulé et qui sont restés. Est-ce que ça peut tenir pendant deux mois ? Non, bien entendu. Il faut qu'on se repose. Ce n'est pas parce qu'on a un droit c'est que, simplement, c'est très éprouvant de voir des morts. Vous voyez ? C'est très éprouvant d'avoir un métier qui est face à la crise. Donc, j'ai besoin que les gens se reposent. Là où on peut compter sur des réserves qui sont les médecins, les infirmières,
les aides-soignants des autres services qui viennent nous aider. Et franchement, moi, j'ai travaillé dans un hôpital où tout le monde, du chirurgien hyper spécialisé au médecin hyper spécialisé, a pris en charge des patients lambda, entre guillemets, des urgences, des patients de médecine générale, des urgences. C'est cette mobilisation. C'est cette mobilisation qui nous sauve. Donc, les urgences sont assurées. Travaillez dans la chaleur, pardon, Rian.
Il y a des travaux académiques qui montrent que quand vous travaillez dans la chaleur, quel que soit votre métier, ça baisse votre productivité. Quel que soit votre métier. Vous êtes journaliste à Public Sénat ou vous êtes médecin ou infirmière dans un service d'urgence, s'il fait chaud, et si vous êtes écolier, ça baisse votre productivité, c'est prouvé. Donc, c'est pour ça aussi qu'il faut aider les soignants à travailler dans des bonnes conditions.
Et je pense au bloc opératoire. Il faudra aussi que les blocs opératoires soient tous climatisés. Il y a un débat politique, évidemment. Vous l'avez vécu au premier rang autour de la question de l'inaction, de l'impréparation du gouvernement. Les écologistes ont annoncé le dépôt d'une motion de censure. Est-ce que les Républicains vont la voter ? Écoutez, on n'en a pas parlé, mais c'est une... Enfin, je ne vais pas dire que c'est une... Ce n'est pas une plaisanterie, bien sûr,
parce que c'est un acte politique fort. Mais ce n'est pas le gouvernement qui est responsable de la chaleur, vous voyez. Bon. Et ce n'est sûrement pas le gouvernement actuel qui est responsable du fait que les hôpitaux ne sont pas climatisés. Moi, je demande aux écolos aussi de prendre leur part de responsabilité. Ça fait 25 ans qu'ils nous maudissent quand on parle de climatisation. Et il faut qu'ils voient leur part de responsabilité. Il y a toujours eu des gens dans la société,
de tout temps, qui ont expliqué qu'ils ont confondu la vertu et la punition. Alors voilà, les écologistes... Donc ils ont leur part de responsabilité ? Oui. Ils ont quasiment interdit la climatisation. Vous dites comme Sébastien Lecornu, ça va vous revenir en boomerang ? Mais ils ont quasiment interdit la climatisation pendant des années. Moi, j'ai été maire 25 ans. Chaque fois qu'on voulait construire un nouveau bâtiment en mettant de la climatisation,
on avait tout le monde écologiste, politique et administratif, qui fondait sur vous en disant « assassin du climat ». Oui, d'accord. Donc vous, vous ne la voterez pas, la motion de Chaudry ? Pour moi, non. Il y a aussi une commission d'enquête qui est en préparation à l'Assemblée. C'est une bonne idée ? Je ne l'avais pas vue. Il y a des commissions d'enquête en permanence. À quel sujet ? Sur l'impréparation, sur l'inaction, sur la gestion de la climatisation ?
Très bien. Non, mais le Parlement est dans son rôle de contrôle. Donc moi, je trouve ça très bien qu'il y ait des commissions d'enquête. Ça permet aussi de dire les choses. Donc, une commission d'enquête nouvelle, c'est une très bonne idée. On apprend toujours dans les commissions d'enquête. Mais parfois, on n'apprend pas ce qu'on voulait démontrer au début. C'est-à-dire ? En l'occurrence, peut-être que la commission d'enquête va montrer que toutes ces lois débiles
depuis 25 ans qui interdisent de mettre de la climatisation ont une part de responsabilité. Et là, peut-être que nos amis écologistes devront regarder un peu honteusement leur nombril. Donc, vous vous dites, on ne peut pas imputer ça à la gestion du gouvernement ? Non, parce que vous savez d'abord, un gouvernement, aujourd'hui, c'est quoi ? Ce sont des gens qui arrivent et qui restent six mois. Donc, la capacité d'un ministre... Mais il n'y a pas une inaction climatique
d'Emmanuel Macron depuis 2017 ? Il n'y a pas une responsabilité politique de sa part ? Non, mais la France est un des pays les plus vertueux en matière de CO2. Et évidemment, moi, j'aurais préféré que depuis dix ans, qu'on climatise les hôpitaux. Évidemment, j'aurais préféré qu'on climatise aussi les logements. Ça n'a pas été fait. Est-ce que c'est de la faute du ministre, de Mme Barbu, actuelle, qui est ministre de l'Écologie ? Non. Elle a dit des choses pas très intelligentes
sur la climatisation. Vous êtes en désaccord avec elle, sur ce sujet ? Il aurait mieux fait de se taire, honnêtement. Mais est-elle responsable de la situation ? Non. C'est déraisonnable de le prétendre. Elle vient d'arriver. D'ailleurs, elle vient d'arriver. Elle va repartir. Vous intéressez de près aux questions budgétaires. Évidemment, Philippe Juvin, est-ce que dans le budget 2027, on a les moyens ? Il faut augmenter le budget de l'écologie. Est-ce qu'on a les moyens ? D'abord, non, on n'a plus les moyens
puisque tout est financé à crédit. Ça, il faut bien le comprendre. Si vous voulez financer quelque chose, par exemple la climatisation, il faut diminuer la dépense ailleurs. Quelles sont les grandes dépenses sur lesquelles, en fait, on peut jouer ? Un, la première dépense, je rappelle, ce sont les retraites. La deuxième dépense, c'est la santé. La troisième dépense, ce sont les intérêts de la dette. Autrement dit, si vous n'avez pas une politique pour réformer les retraites,
vous ne pouvez pas mettre plus d'argent ailleurs. Dans la climatisation, dans l'écologie, dans la recherche. Donc, réformer les retraites, c'est quoi ? C'est travailler plus ? C'est augmenter l'âge de départ ? Oui, bien sûr. Il y a moins d'enfants dans les écoles pour payer les retraites. Donc, il va falloir, évidemment, travailler plus longtemps. Peut-être aussi sous-indexer les retraites. Peut-être aussi créer des fonds de capitalisation. En tout cas, celui
qui vous dira dans la campagne présidentielle... Sous-indexer les retraites, ce n'est pas ce que voulaient les Républicains. Il faut probablement faire un peu plus. Il faut changer ? C'est-à-dire que les Républicains, il faut qu'ils changent de logiciel ? Moi, je crois qu'il faut une donne intergénérationnelle. Il faut que chacun s'y mette. Chacun paye son écho. Ceux qui travaillent actuellement vont payer leur écho en travaillant plus longtemps. Ceux qui sont à la retraite
aujourd'hui, il faut qu'ils payent leur écho en étant sous-indexés par rapport à l'inflation. Encore une fois, celui qui sera invité durant la campagne présidentielle à ma place et qui vous raconte qu'il est candidat à la présidentielle, qu'il va rétablir les comptes publics, remettre de l'argent à l'éducation sans toucher aux retraites, en fait, il vous raconte des carabistouilles. Fabrice ? Il faut établir des priorités. Le climat change. Les politiques doivent s'adapter. Qu'est-ce qu'il faut
changer en priorité aujourd'hui pour accompagner le changement climatique ? Il n'y a pas de doute de votre point de vue. Il faut se redonner des marges de manœuvre financières. C'est-à-dire dépenser moins, dépenser mieux, travailler plus. Si vous ne faites pas ça, toutes les politiques publiques sont vouées à l'échec. L'augmentation de toutes les politiques publiques est vouée à l'échec. Vous ne pourrez même pas mettre plus d'argent dans le fond vert.
Vous ne pourrez pas mettre plus d'argent dans la recherche ou l'éducation si vous ne dépensez pas moins et dépensez pas mieux. Est-ce que la France peut le faire seule ? Vous parlez de la lutte contre le réchauffement climatique ? Bien sûr que non. Le CO2 qui a été mis en Allemagne, il nous affecte pareillement. En revanche, la France peut être vertueuse et intelligente. Elle est plutôt vertueuse, mais elle n'est pas intelligente. Elle est vertueuse parce qu'on n'émet pas de CO2,
mais elle n'est pas intelligente parce qu'elle est très punitive. Philippe Juvin, un mot sur la loi fin de vie qui a été adoptée hier à l'Assemblée et qui sera probablement rejetée au Sénat la semaine prochaine. Pourquoi vous y êtes opposé ? Parce que c'est une loi expéditive. Parce que quand j'entre en bouse blanche dans une chambre, je ne veux pas que le patient ait à se poser la question de la nature de ma venue. Et pour une dernière chose... Ça va créer une suspicion ?
Un doute, bien sûr. Un doute. Vous pensez qu'il y a des gens qui diront que le médecin vient là pour mettre fin à ma vie ? Ils ne pourront pas ne pas y penser. La Cour constitutionnelle allemande a montré qu'un certain nombre de citoyens hollandais, puisque c'est légalisé en Hollande, venaient déménager en Allemagne pour être certains de ne pas être soumis à une pression. Et puis il y a un dernier point. Moi, toutes les demandes d'euthanasie que j'ai connues
dans ma carrière, et je n'en ai pas connues autant que ça, et pourtant je suis à la fois réunimateur et urgentiste, toutes ont disparu quand on apportait une réponse aux gens. Donc la vraie question, c'est quelle est la réponse que j'apporte à des souffrances physiques, psychologiques et à un isolement ? Justement, sur ce sujet, puisque vous avez cette expérience très personnelle, si cette loi est adoptée définitivement au mois de juillet, qu'est-ce que vous répondrez
à un patient qui veut en finir avec les souffrances ? Je ferai comme aujourd'hui, c'est-à-dire que je lui apporterai les réponses que je lui apporte habituellement, et mon expérience, encore une fois, est simple. Chaque fois qu'on a réussi à apporter les réponses à des problématiques qui me soulevaient, des souffrances essentiellement physiques et psychologiques, la demande de mort se terminait. En fait, il faut bien comprendre que la demande de mort est fluctuante.
Or, dans cette loi, vous pourrez demander l'euthanasie et l'obtenir dans des délais très courts, au minimum même de deux jours. J'espère que ce ne sera pas le cas souvent, mais en deux jours, vous pouvez l'obtenir. Je pense que c'est une grave erreur, la demande de mort est fluctuante. Et puis, il y a un dernier point, c'est la question du suicide. Vous m'avez parlé de santé mentale. La prévention du suicide, c'est fondamental. Ça signifie que demain, il y aura deux types de suicides.
Il y aura les bons suicides, entre guillemets, qu'on va accompagner dans le cadre de la loi, et les mauvais suicides qu'on va continuer à essayer de prévenir et à traiter. Comment, en fait, on prévient le suicide aujourd'hui, quand on est psychiatre ? On essaye de montrer à la personne qui veut se suicider qu'il y a une alternative au suicide. Comment on va faire demain pour leur dire oui, il y a une alternative, mais en même temps, dans le bureau d'à côté, il y a un deuxième médecin
qui va vous accompagner vers le suicide ? Cette schizophrénie me rend très perplexe. Merci, Philippe Juvin. Merci beaucoup d'avoir été notre invité ce matin. La Une du Progrès, c'est le match des Bleus, Fabrice. Ah oui. Mbappé prend plus les Blancs en huitième. Quelle soirée.
Merci beaucoup.